Etouffée dans une superficie de 310 ha où vivent 30 mille âmes, la commune de Mboro vient de bénéficier d’un projet d’extension de son périmètre communal à travers le rattachement de villages de la commune de Darou Khoudoss. Mais ledit projet est rejeté par les populations des villages ciblés. Une situation qui risque de créer une vive tension dans cette localité, ceinturée par la commune rurale de Darou Khoudoss.

Mboro est la seule commune urbaine de toute la zone des Niayes. Une localité nichée sur le littoral atlantique, au nord-ouest de la région de Thiès, souffre de son isolement à l’intérieur de la commune voisine de Darou Khoudoss qui la ceinture de partout. Erigée en commune à la faveur du découpage administratif intervenu en février 2002, la localité, auparavant chef-lieu de la communauté rurale du même nom, étouffe sur une superficie de 310 ha dont 207 ha de surface urbanisée. Et selon la plateforme citoyenne Mboro Sos, l’exiguïté de l’espace communal et l’épuisement des réserves foncières font que ses populations vivent dans «des conditions exécrables, marquées par un dénuement quasi-total en infrastructures de base, une absence d’unités de stockage et de conservation de produits agricoles adéquates pour une zone largement connue pour ses productions maraîchères conséquentes, une absence de structures de sécurité en dépit de la présence d’entreprises particulièrement polluantes, parmi les plus géants du pays voire de la sous-région». Une situation jugée «déplorable» par Mboro Sos qui rappelle que «c’est ce qui nous avait poussés à exiger un nouveau découpage». Parce que, argumente la plateforme citoyenne, «face à une croissance urbaine de 8,34% liée à la présence des entreprises, à l’attractivité de la zone maraîchère, combinée au dynamisme des activités touristiques et maritimes, Mboro peine à supporter ses 30 mille âmes à cause d’un découpage qui ne lui dote que de 3,1 km2 de superficie. Depuis le découpage de 2002, l’ancienne communauté rurale qu’elle a été s’est vu soustraire une bonne partie de son espace. Ainsi, d’une superficie de plus 324 mille ha, aujourd’hui la commune de Mboro évolue injustement sur une superficie de 310 ha». Elle poursuit : «C’est pourquoi nous avions demandé, avec l’Acte 3 de la décentralisation instaurant la communalisation intégrale et notamment la Phase 3 de cet acte, une correction de toutes les incohérences territoriales constatées dans ce triste découpage. Nous avions demandé la réparation de cette injustice qu’elle subit depuis plusieurs années.» Un dossier qui, selon la plateforme, vient d’être diligenté avec un projet d’extension du périmètre communal à travers le rattachement de villages de la commune de Darou Khoudoss. Lequel projet, piloté par les autorités administratives, va certainement affecter à Mboro une superficie à la hauteur de son poids démographique. A en croire Mboro Sos, «la forte croissance de la population appelle impérativement à la révision des limites actuelles jugées restreintes et non conformes aux perspectives de développement de la commune notées déjà dans le Plan d’investissement communal (Pic) de 2006-2008». Et pour elle, «ce découpage urgent que nous avions demandé à l’Etat doit nécessairement intégrer les localités de Touba Ndiaye, Khondio et Benau afin de permettre à notre commune un débouché maritime lui redonnant un bol d’air».

Niet des villages ciblés
Seulement, les villages ciblés ne l’entendent pas de cette oreille. Coachés par le maire de Darou Khoudoss, ils ont opposé un niet catégorique à ce projet. Pour eux, «il n’est pas question que leurs localités soient rattachées à la commune de Mboro». A leur avis, «cette volonté de rattacher ces localités à la commune de Mboro ne vise qu’à mettre la main sur les terres des pauvres paysans». Pour le maire de Darou Khoudoss, Magor Kane, «le projet de redécoupage date en vérité de 2009 et ce n’est que récemment que le sous-préfet a convoqué pour annoncer que le dossier va être réactivé pour procéder à l’extension de la commune de Mboro». Il renseigne qu’un petit briefing a été d’abord fait à Darou Khoudoss avant une descente sur le terrain pour identifier les villages pouvant intégrer la commune de Mboro. Mais, signale-t-il, «il ressort des échanges sur place que toutes les populations des villages ciblés ont opposé un niet catégorique au projet. Il n’y a pas un seul village de la commune de Darou Khoudoss qui souhaiterait rejoindre le périmètre communal de Mboro. J’ai demandé aux populations de ne pas trop s’inquiéter par rapport à cette question, un redécoupage administratif obéit à des normes comme le recueil de l’avis des populations et la délibération de la collectivité territoriale», relève l’élu qui ajoute : «Le problème de terres agité au niveau de la commune de Mboro pour justifier une telle mesure sévit exactement dans les mêmes proportions au niveau de Darou Khoudoss. C’est parce qu’il y a le domaine public maritime, la bande des filaos, la zone de restauration et le domaine des industries.» Et tout cela, à ses yeux, fait que «Darou est également confrontée à un problème de terres». Magor Kane note : «Il y a d’ailleurs quelque temps, la commune a éprouvé des difficultés pour implanter des infrastructures scolaires et sanitaires et il a fallu l’autorisation du ministre de l’Environnement pour régler cette question.» Selon lui, «si Mboro a un besoin en terres, la carte de l’intercommunalité peut être jouée pour la satisfaire».