2018 est une année particulièrement meurtrière pour les journalistes dans le monde. Selon Reporters sans frontières (Rsf), ce sont 80 d’entre eux qui ont été tués cette année tandis que 348 sont en détention et 60 retenus en otage.

Un des faits majeurs de cette année 2018 restera sans doute l’enlèvement, puis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie et le retentissement international qu’aura eu cette affaire. Mais en fin de compte, le journaliste saoudien n’aura été qu’un cas parmi d’autres. En effet, en 2018, Reporters sans frontières (Rsf) compte 80 journalistes tués, 348 en détention, 60 pris en otage et 3 disparus. Une année particulièrement meurtrière pour les journalistes donc. Et selon Reporter sans frontières (Rsf) qui vient de rendre public son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde, ces chiffres «traduisent une violence inédite contre les journalistes». Le nombre de journalistes professionnels tués est en hausse de 15%, en passant à 63 contre 55 l’an dernier contre 13 journalistes non professionnels et 4 collaborateurs des médias. En 2018, plus de la moitié des journalistes tués ont été sciemment visés et assassinés, note l’organisation. «Au total, 49 journalistes, soit 61%, ont été assassinés ou sciemment visés au motif que leurs enquêtes dérangeaient les intérêts de telle ou telle autorité politique, économique ou groupe religieux ou mafieux. Les cas des journalistes slovaque et saoudien, Jan Kuciak, tué le 21 février, et Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul le 2 octobre, illustrent la détermination de ceux qui veulent faire taire à tout prix les journalistes qui dérangent», indique l’organisation. En avril dernier déjà, Rsf s’inquiétait de cette haine affichée envers les médias de la part de responsables politiques et de la volonté des régimes autoritaires d’exporter leurs contre-modèles. «La haine contre les journalistes proférée, voire même revendiquée par des leaders politiques, religieux ou des businessmen sans scrupule a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l’égard des journalistes. Démultipliés par les réseaux sociaux qui portent à cet égard une lourde responsabilité, ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent un peu plus chaque jour le journalisme et, avec lui, la démocratie», estime Chris­tophe Deloire, secrétaire général de Rsf.
Autre constat de Rsf, «la moitié des journalistes ont été tués dans des pays en paix». C’est le cas au Mexique classé parmi les six pays les plus meurtriers au monde pour les journalistes avec neuf journalistes assassinés cette année, souligne Rsf. Ce pays est suivi de l’Inde et des Etats-Unis avec 6 journalistes tués. Les Etats-Unis font ainsi leur entrée dans le cercle des pays les plus meurtriers au monde après la fusillade sanglante qui a visé la rédaction du Capitol Gazette à Annapolis dans le Maryland tandis que la Centrafrique est indexée pour l’assassinat de 3 journalistes russes en juillet dernier.

L’Afghanistan reste le pays le plus meurtrier
Au palmarès des pays les plus meurtriers, l’Afghanistan occupe la première place. Selon Rsf, la recrudescence des exactions contre les journalistes dans ce pays s’explique en partie par le nombre d’attentats contre la profession. «Le pays devient en 2018 le plus meurtrier avec 15 journalistes et collaborateurs des médias qui ont perdu la vie dans ces attaques», constate le rapport. La Syrie est également un terrain de travail dangereux pour la presse. Selon Rsf, 11 journalistes syriens ont été victimes de ce conflit cette année. S’ensuit le Yémen ou 8 journalistes ont été tués. L’Afrique se signale particulièrement dans ce tableau macabre par le nombre élevé de journalistes en détention, l’Egypte étant le principal geôlier, selon Rsf qui parle de «chasse aux journalistes». Ailleurs en Mauritanie, Rsf évoque le cas du bloggeur Mohamed Cheikh Ould Moha­med qui aurait dû recouvrer la liberté depuis plus d’un an, mais qui est toujours détenu dans un lieu secret. En outre, Rsf constate que 59 des 60 journalistes retenus en otage le sont au Moyen Orient.
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