Questions d’actualité à l’Assemblée : les eaux du Jourdain pour Ousmane Sonko

Le Pm nous prend pour des enfants ou il ne se prend pas au sérieux. Prétendre que toutes ces insultes, toute cette virulence, toute cette défiance réciproque entre camps, c’était pour clarifier les positions, c’est R-I-D-I-C-U-L-E. Ainsi donc, le Président et le Pm sont obligés de laver le linge sale sur la place publique. Ce n’est évidemment pas vrai, et c’est même manquer de respect aux Sénégalais que de faire une telle allégation. Vous pouvez berner les gens qui le souhaitent, pas ceux qui pensent. Ousmane Sonko nous dit qu’il n’y a pas de problèmes insurmontables et qu’il travaille en parfaite intelligence avec le Président. Je vous répondrais : veuillez parler à vos militants sulfureux, insensés et impudiques qui inondent la page de la Présidence d’insultes. C’est le monde à l’envers avec ce monsieur : alors que ses Dg, députés et proches accablent le Président et l’accusent de trahison, vous trouvez un moyen de chercher des coupables qui souhaitent des bisbilles entre vous et le Président !
Je pense qu’il est temps qu’on change la Primature en la transformant en lieu de lamentations et de prières. Car c’est la énième fois que le Pm vient nous demander de prier pour que les accords signés lors de ses interminables et stériles voyages soient concrétisés. Alors même que personne ne sait ce qu’il était allé faire à Abu Dhabi, le Pm nous demande de prier. Un mandat pour prier !
Je comprends pourquoi le Pm est obligé de changer de registre : ses accusations contre la terre, le ciel, l’air et l’eau s’étant révélées absurdes et sans fondement, il se tourne vers les valeurs. Le fleuve musculaire et inépuisable des valeurs (pour parodier René Depestre) pour assurer la sortie de l’aporie politique et économique dans laquelle il a mis son pays. Ousmane est dans une opération de rédemption, mais je me demande si ce n’est pas trop tard. En l’écoutant parler et en le regardant gesticuler de façon quasi mécanique, je me suis fait une religion : cette séance à l’Assemblée n’obéit pas à une exigence démocratique, c’était une manœuvre de rattrapage. Ousmane a trouvé ses eaux du Jourdain pour se laver, se faire rebaptiser et redevenir quelqu’un. Le camouflet reçu de Diomaye est tellement frontal qu’il lui fallait trouver une perche. Le semi-intellectuel lui a donné une chance de trouver son fleuve du Jourdain. Le président de l’Assemblée nationale avait assuré que le Pm est allé à Abu Dhabi chercher de l’argent, alors que tout le monde se demandait qu’est-ce qui se passe avec un PM qui sort du pays en catimini. Qui est dupe ?
Sur la dette, on sait qu’il est désormais plus souple, voire modéré. Dette cachée, données erronées, ingénieries budgétaires : suivez le glissement sémantique, car elle traduit une évolution de la conception de la réalité. Le jour où Ousmane Sonko prouvera l’existence d’un compte de mille milliards appartenant à un particulier, les Sénégalais reverront Bob Marley en chair et en os. Ce monsieur ne sait presque jamais ce qu’il dit, il surfe sur l’ignorance et les passions. Mais le plus inquiétant dans le spectacle produit par Sonko à l’Assemblée nationale, c’est son propos sur la Guinée-Bissau. Il parle de combine alors que le Président déchu est en exil chez nous. La posture de l’homme d’Etat serait plutôt la prudence et la retenue, d’autant plus qu’il s’agit d’une prérogative du président de la République.
Sur les rapports, c’est toujours la même rengaine : Ousmane Sonko sait qu’il est limité dans la recherche de solutions. Aussi a-t-il besoin, pour animer la galerie, de pérorer sur des rapports qu’il est incapable de produire. Ousmane Sonko est dans le spectacle, pas dans la gouvernance. La preuve est ce mystère insolent qui entoure son voyage onéreux à Abu Dhabi. Dans quel pays un Pm peut-il se permettre une liberté par rapport aux règles républicaines ? Ousmane Sonko croit que le Sénégal doit lui être assujetti, il n’a pas la carrure d’un homme d’Etat. Ses déclarations sur la renégociation des contrats sont une grave contre-vérité.
Alassane K. KITANE

