Des maitres corniques se sont rendus à Touba pour défendre leur collègue arrêté à Ndiagne pour pratiques esclavagistes présumés sur les talibés pour montrer leur inquiétude au Khalife général des mourides, qui préfère attendre la décision de la justice pour donner sa position sur cette affaire.

Les images ont révulsé les cœurs sensibles, provoqué une réaction indignée de plusieurs personnes, poussé la justice à s’autosaisir. Face à cette situation, des maîtres coraniques ont rendu visite hier au Khalife général des mourides pour étaler leurs inquiétudes, affiner leur stratégie de défense. Ainsi, le porte-parole de cette délégation a fait le point de leurs préoccupations, par rapport à l’interpellation de Cheikhouna Guèye et ses présumés complices sur l’affaire dite pratiques «esclavagistes» sur des talibés, à Serigne Mountakha. Serigne Abdou Samat précise : «Nous sommes inquiets. Nous sommes perdus alors que nous travaillons pour vous et nous sommes vos talibés. C’est pourquoi nous sommes venus vous rendre compte tout en attendant le ndigël (recommandation) par rapport à cette situation.» Il parle d’une décision prise sous la dictée de certains organismes : «Les textes que le gouvernement veut que nous adoptions sont écrits par des organisations qui sont en mesure de les changer comme elles veulent et quand elles veulent. Donc, la communauté islamique ne peut pas prendre cela en compte. Ces lois et textes, qui indiquent qu’on ne doit pas frapper l’enfant ou encore lui faire subir des pratiques jugés «esclavagistes», nous viennent de l’étranger.» Il rappelle au Khalife général des mourides «que ce n’est pas facile d’arrêter ces pratiques qui vont de pair avec l’éducation islamique. Mais, nous sommes prêts à renoncer si vous le souhaitez. Il faut en parler pour mettre fin à cette situation et nous souhaiterions que ce maître coranique ne soit pas con­damné».
En écho, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké explique : «Je pense comme vous. J’attends juste la décision de la justice par rapport à ce cas précis et je saurai quoi faire. Soyez rassurés, ils vont faire ce que nous voulons ou on change de position parce que trop c’est trop. Pour le cas du maître coranique si la décision de la justice est clémente temps mieux au cas contraire nous allons prendre nos responsabilités.» Et si le verdict du Tribunal n’est pas en faveur des mis en cause ? «On va alors organiser une large concertation avec les acteurs de l’éducation coranique où nous dirons nos attentes. Des attentes qui seront respectées même si elles nécessitent d’être portées à l’Assemblée nationale ou à la Présidence. Parce que c’est une affaire de pays et nous sommes à 95% des musulmans donc il faudrait prendre en compte nos valeurs car nous n’avons que l’islam», soutient le patriarche de Touba.
Il faut savoir que Cheikhouna Guèye et ses présumés complices seront jugés en principe ce mercredi par le Tribunal de grande instance de Louga.