Abdoul Injai (Ndiaye), le chef de guerre wolof qui voulait se tailler un royaume en Guinée Bissau au début du 20ème siècle

Allié, ensuite ennemi des colons portugais, le chef de guerre wolof Abdoul Ndiaye essaya de créer un royaume au nord-est de la Guinée Bissau dans les provinces d’Oio et de Cur entre les années 1895 et 1919.
Beaucoup de Bissau guinéens placent Abdoul Ndiaye dans la galerie de leurs héros nationalistes, aux côtés des «combattants de la liberté de la patrie» comme Amilcar Cabral.
Originaire de la province sénégalaise du Saloum, Abdoul Injai (Ndiaye), descendant de la famille des Boumy Kaymor Mbagne Fabor Ndiaye, avait émigré en Guinée Bissau à la fin du 19ème siècle.
Rattrapé par son ascendance guerrière, il s’engagea vers 1890 dans les troupes coloniales portugaises et devint l’un des plus brillants officiers lors de la campagne de pacification de la Guinée Bissau.
Le 25 novembre 1914, Abdul Injai fut nommé lieutenant des forces de 2e ligne «pour avoir toujours amplement témoigné de son dévouement au gouvernement et avoir fait preuve du courage le plus héroïque», en tant que chef dans la campagne d’Oio, sous le commandement du capitaine portugais Teixeira Pinto.
Pour le récompenser de ses faits de guerre, l’autorité coloniale portugaise nommera Abdul Injai «Regulo», chef des provinces d’Oio et de Cur, situées au nord-est de la Guinée Bissau.
Cependant, la condition de «Regulo» n’était pas conforme au pouvoir recherché par Abdul Injai, car elle évoquait la soumission à l’Administration coloniale portugaise. Et le chef de guerre avait commencé à gérer ces provinces comme un royaume de façon autonome.
Ce qui ne tardera pas à créer une hostilité entre lui et les autorités coloniales portugaises.
Dans une correspondance en date du 18 novembre 1915 que l’administrateur de la province de Farim a adressée au gouverneur de Guinée Bissau, il indiquait que «…Abdul Injai dans la région d’Oio a été le plus néfaste pour nos affaires ‘‘indigènes’’, la richesse de la région et surtout notre prestige aux yeux des indigènes. Il a installé un pouvoir de domination personnelle par la terreur en essayant de convaincre les peuples autochtones que lui seul les a conquis. Son autorité et son prestige sont énormes, car depuis la soumission d’Oio, il a fait tout ce qu’il voulait en pratiquant des crimes et des abus majeurs dans la totale impunité…»
Les autorités coloniales du Sénégal limitrophe signalèrent aussi la nouvelle rébellion de Abdul Injai. Ainsi, le lieutenant-gouverneur du Sénégal adressa cette correspondance à William Ponty, gouverneur général de l’Aof : «…La situation politique dans la colonie portugaise voisine où deux administrateurs, un dans le Cacheu et un à Mansoa, ont été assassinés… est totalement à la merci du chef wolof Abdou Ndiaye qui, pendant plusieurs années, a recruté de nombreux partisans et profité des perpétuels troubles en Guinée pour essayer de créer un royaume pour lui-même». (Archives nationales du Sénégal 13 G 67).
En avril 1919, Abdul Injai commença à défier les autorités portugaises en prélevant des impôts à son compte et en désarmant les auxiliaires indigènes. En raison du refus de Abdul Injai de se conformer à leurs ordres, les autorités portugaises décrétèrent le 8 juillet 1919 l’état de siège dans les provinces de Bissorã et Farim.
Une colonne militaire portugaise s’attaqua aux troupes de Abdul Injai, lui infligeant de grandes pertes s’élevant à des centaines de morts avec des tirs d’artillerie.
Encerclé à Farim le 16 août, Abdul Injai se rendit aux forces coloniales portugaises qui, dans cette opération, perdirent l’enseigne Afonso Figueira et 9 de ses soldats.
Abdul Injai sera déporté aux îles de Madère pendant 10 ans, et mourra plus tard en exil au Cap-Vert.
Voici racontée l’histoire du guerrier Ndiaybé qui fut certes un mercenaire des forces coloniales portugaises, mais aussi un résistant armé et surtout un preux digne descendant du Boumy Kaymor Mbagne Fabor Ndiaye et du Bourba Diolof Birame Ndiémé Coumba Ndiaye.
Amadou Bakhaw DIAW