Affaire Astou Sokhna – Hausse de la température : 4 sages-femmes sous mandat de dépôt

Les choses sont allées trop vite : déférées hier au Parquet de Louga, 6 sages-femmes, soupçonnées de négligence ayant provoqué le décès de Astou Sokhna à l’hôpital de Louga, ont été inculpées dont quatre ont été placées sous mandat de dépôt pour non-assistance à personne en danger. Elles seront jugées en flagrants délits le 27 avril prochain. Par Ousmane SOW
– Cette fois-ci, les mesures ne sont pas cosmétiques. Déférées hier, quatre des six sages-femmes de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye ont été placées sous mandat de dépôt pour non-assistance à une personne en danger. Et elles seront jugées le 27 avril par le Tribunal des flagrants délits en même temps que les deux autres sages-femmes inculpées et remises en liberté. Cette inculpation des agents de la maternité de l’Hôpital régional de Louga montre la diligence accordée à ce dossier par le Parquet de Louga. Dès l’éclatement de ce dossier, le procureur près le Tribunal de grande instance (Tgi) de Louga avait promis que «la loi sera appliquée dans toute sa rigueur» dans l’affaire Astou Sokhna, décédée suite à une présumée négligence médicale, à la suite d’une plainte du mari de la défunte, Modou Mboup.
Il avait confié l’enquête au Commissaire central de Louga, qui devait sérier les responsabilités des personnes mises en cause directement «pour n’avoir pas apporté assistance à une personne en danger et, indirectement s’il y a lieu, pour tout acte de négligence qui ressortirait des éléments de l’enquête et qui serait susceptible de revêtir la qualification d’homicide involontaire». Selon le ministère public, «au regard de l’extrême gravité des faits dénoncés, la plainte déposée est actuellement traitée avec toute la diligence requise et, s’ils sont avérés, la loi sera appliquée dans toute sa rigueur en vue de traduire le ou les présumés auteurs devant la juridiction compétente».
Hier matin, la police judiciaire a déféré six agents de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye devant le Parquet de Louga, qui considère que les sages-femmes auraient commis quelques négligences qui ont été fatales à la dame. Son décès avait provoqué l’émotion à travers le pays, poussant le Président Sall à limoger le directeur Amadou Guèye Diouf qui a été remplacé par Abdallah Guèye. Abdoulaye Diouf Sarr avait publiquement soutenu que le décès de la dame «pouvait être évité». «Sur la base des éléments du dossier, le décès de madame Astou Sokhna est considéré comme un décès maternel qui était évitable à travers une bonne évaluation du risque et une surveillance optimale durant son séjour à la maternité», avait assumé le ministre de la Santé, qui avait mené trois missions distinctes afin de «connaître les circonstances du décès, de situer les responsabilités et prendre les mesures appropriées». La première «est une mission d’inspection administrative conduite par l’inspection interne dudit ministère, la deuxième, composée de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant, de la Direction des établissements publics de santé et de la chaire de gynécologie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, est chargée de faire l’audit technique du décès de la patiente. La troisième, conduite par la Directrice générale de l’action sociale, s’est rendue à Louga pour apporter à la famille de la défunte, l’accompagnement psychosocial nécessaire.
Astou Sokhna, arrivée au terme de sa grossesse, avait été admise à la maternité de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye de Louga, le 31 mars dernier. Elle y décède en couches, plusieurs heures après son arrivée. Sa famille a déposé une plainte auprès du procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Louga, pour négligence médicale présumée. Mme Sokhna n’aurait pas bénéficié d’assistance médicale alors qu’elle devait accoucher par césarienne.
Le président de la République, qui s’est prononcé sur cette affaire à travers les réseaux sociaux, informe avoir «donné des instructions aux autorités compétentes de faire toute la lumière sur les causes du décès, afin de situer toutes les responsabilités». Macky Sall assure qu’aucun «manquement ne sera toléré», tout en soulignant avoir «à cœur» le secteur de la santé et d’insister «tous les jours sur l’amélioration de la prise en charge des populations».