C’est dans un mois que l’imam Aliou Ndao et ses codétenus pourraient espérer un jugement. Le procès qui a connu un changement de composition a fait l’objet d’un renvoi au 14 mars prochain.

C’était un intermède au procès de Khalifa Sall, qui reprend ce matin. L’audience spéciale pour le jugement de l’Imam Aliou Ndao et ses 28 co-accusés, n’a pas pu se tenir hier. La raison ? Le dossier, qui devait être jugé par Malick Lamotte, retenu par l’affaire du maire de Dakar, est passé entre les mains du juge Samba Kane, qui n’a pas  retenu cette affaire. Les prévenus devraient s’armer encore de patience. Car le juge Samba Kane  a décidé de renvoyer le procès au 14 mars prochain afin de mieux s’imprégner du dossier.
Suite à cette décision, les avocats de la défense ont sollicité la liberté provisoire pour Ibrahima Ly, Assane Camara et Omar Keï­ta. «Mon client n’a jamais eu maille à partir avec la justice. Il a toujours contesté les faits. Aucun élément factuel du dossier ne peut dire qu’il a eu à commettre les faits qui lui sont reprochés. Sa détention remonte à plus de 2 ans. Nous sollicitons sa demande de liberté provisoire», a sollicité Me Pouye, conseil de Ibrahima Ly.  Mais de l’avis du procureur Aly Ciré Ndiaye, les faits pour lesquels le prévenu comparait sont graves. Il est impliqué, rappelle-t-il, dans une autre procédure ouverte en région parisienne pour des actes similaires. Il demande de rejeter cette demande. Car, selon lui, Ibrahima Touré peut être un trouble à l’ordre public.
La même requête a été aussi formulée pour Assane Camara. «J’ai été obligé de quitter mon lit d’hôpital pour venir plaider en faveur de Assane Camara. Quand j’ai appris le changement de la composition, je me suis dit tant qu’il me reste un souffle, je vais aller défendre mes clients», a dit Me Ciré Clédore Ly, très mal en point. Selon la robe noire, c’est la maman du prévenu qui est à l’origine de tous les ennuis que traverse son client, pour avoir sollicité les services de la police contre son fils parce qu’elle commençait à l’inquiéter. «Est-ce que ce garçon inspire la peur», demande-t-il en le désignant de la main. Me Ly qui se dit peiné, le voit comme un fils. Il a demandé de le permettre de retrouver ses parents. Un avis que ne partage pas le Parquet. «Il est poursuivi pour les délits d’association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste et de financement de terrorisme», a rappelé le procureur. Avant de soutenir qu’il été jusqu’en Tunisie où il a été refoulé par les autorités tunisiennes.  Estimant qu’il ne présente pas de garantie de représentativité devant la justice, Aly Ciré a invité le juge Samba Kane à rejeter la demande introduite par les avocats.

Le terrorisme est un fonds de commerce pour certains pays
Cette plaidoirie du procureur n’agrée pas Me Ousmane Sèye, qui essaie de rétablir la vérité. «Vous nous avez servi une somme de théories devant le Tribunal. Il manquait de moyens de survie. C’est pourquoi il a été refoulé. Il est arrivé en Tunisie. On l’a contrôlé et il n’avait pas d’argent et c’est pourquoi il a été refoulé. Et voilà qu’on lui reproche d’avoir financé le terrorisme. C’est sa mère qui l’a amené à la police. L’ordre public n’a pas été troublé, sa liberté provisoire ne va pas troubler l’ordre public. N’ayant rien sous la main pour le garder, on a retenu le financement. Il est indiqué que lorsqu’il allait en Tunisie, il n’avait acheté qu’un billet aller simple. Ce qui est faux ! Il avait un billet aller/retour. On dirait que le terrorisme est un fonds de commerce pour certains pays. On liste des présumés terroristes pour être récompensé. Je connais Assane Camara, il venait chez moi voir mes enfants, il n’a rien d’un terroriste. Quelqu’un qui prie, est-il un terroriste ? Quelqu’un qui dit le nom d’Allah, on dit qu’il est terroriste», se désole-t-il en informant que leur client dirige la prière dans certaines mosquées comme la mosquée de Liberté 6 et à Edmonton (Cana­da).  Et  «c’est parce qu’il priait assidûment, parce qu’il lisait le Coran qu’on l’accuse de terrorisme», déplore Me Sèye. Selon lui, «Assane Cama­ra ne mérite de rester en prison.  C’est un étudiant. Il a droit à une liberté provisoire», dit-il.

Comparution du commissaire Diop et du commandant Diack réclamée
Le coordonnateur du Pool des avocats de la défense a émis  le souhait de faire comparaitre  le commissaire Diop et le commandant Issa Diack. «Nous souhaitons que le Tribunal les entende à titre de simple renseignement car nous avons des questions à leur poser pour éclairer  la lanterne du Tribunal», a dit Me Moussa Sow. Selon Me Massokna Kane, ils ont imputé des faits à leurs clients. Les avocats souhaitent aussi que le Tribunal amène aussi les scellés. En se prononçant sur ces demandes, le juge a rejeté les demandes de liberté provisoire sous prétexte qu’ils ne présentent pas tous des garanties suffisantes de représentation devant la justice. A propos de la comparution du commissaire Diop et du commandant  Diack, le Tribunal estime en l’état actuel de la justice qu’il n’est pas op­portun  de les convoquer. Il a renvoyé le procès au 14 mars.
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