Ibrahima Mballo a rejeté toutes les accusations portées à son encontre. Il explique cependant sa présence au Nigeria par le besoin de trouver du travail et de parfaire son apprentissage du Coran.

L’accusé Ibrahima Mballo était bien au Nigeria, dans le fief de Boko haram. Mais d’après ses déclarations, c’était dans le but de trouver du travail, à la suite des suggestions de son ami d’enfance Omar Yaffa. «C’est un ami d’enfance que j’avais perdu de vue depuis très longtemps. Quand je l’ai rencontré, il m’a dit qu’il s’apprêtait à se rendre au Nigeria parce qu’on lui avait dit qu’il y avait du travail là-bas. Comme j’étais à la quête d’un boulot, j’avais décidé de voyager avec lui. Ce, pour poursuivre mes études et chercher du travail», a-t-il expliqué devant la barre.
Après avoir obtenu la bénédiction de sa maman, il s’est rendu avec Omar Yaffa chez Ibrahima Ba qui leur a remis chacun 150 mille francs Cfa pour financer leur voyage, dit-il. «Nous avons fait le voyage avec Omar Yaffa, Bella Diallo (il est au Nigeria) et Mouhamed Ndiaye. Arrivés à Diffa (frontière entre le Niger et le Nigeria), Mouhamed Ndiaye a appelé ses contacts qui sont venus nous prendre. Ils étaient à bord de deux motos. Ils nous ont conduits à Ibadan où nous avons fait deux mois avant d’être transférés à Fatkhoul Moubine où nous avons été accueillis par le nommé Abu Amir, un ressortissant nigérian. Nous étions partis à Fatkhoul Moubine parce qu’on nous disait que c’était la grande ville et il était facile d’y trouver du travail», retrace-t-il leur itinéraire.
Cependant, il précise n’avoir jamais connu ce dernier et posé de questions à Omar Yaffa sur la provenance de l’argent que Ibrahima Ba leur a remis. A l’en croire, on leur a fait quitter Fatkhoul Moubine parce qu’il y avait des bombardements. «On nous a emmenés à Sambissa. J’étais avec Omar Yaffa, Ibrahima Diallo, Cheikh Ibrahima Ba. Là-bas, on a été reçu par un Camerounais et un Nigérian. J’avais senti une ambiance de conflit. J’entendais des bruits de guerre, mais je n’ai pas participé aux combats contre l’Armée nigériane. Je n’ai pas appris le maniement des armes. Je n’ai pas appris à faire des explosifs. Je faisais du sport naturellement», se défend-il.
L’accusé indiquera aussi à l’intention de la Chambre criminelle qu’il n’a jamais rencontré le chef de Boko haram, parce qu’étant malade et ne sachant pas ce qui se passait dehors, mais que c’est Omar Yaffa qui lui a dit qu’il l’a rencontré.
A Sambissa, il ne sortait que pour faire la prière dehors parce qu’il n’y avait pas vu de mosquée. Mais comme il tombait souvent malade et qu’il y avait aussi la guerre dans cette zone, il a décidé de rentrer au bercail, souligne-t-il. Avant de poursuivre : «A Andak, nous étions au daara de Makhtar Diokhané. Il était le seul dans ce daara. Il y avait des femmes, y compris celle de Makhtar Diokhané. Parmi les Sénégalais, il y avait Moustapha Faye, Moussa Aw, Ibrahima Diallo, Cheikh Ibrahima Dieng. C’est de là que nous sommes retournés vers le Sénégal. On avait formé trois groupes. Je faisais partie du groupe de Moussa Aw. Et Makhtar Diokhané a remis une somme à ce dernier, mais j’ignore le montant. L’argent était en naira.» Et Ibrahima Mballo alias Abu Moussa d’affirmer : «A notre arrivée à Zinder (frontière entre le Niger et le Nigeria), nous avions fait le change. On a été arrêté pour détention de faux billets. On a été conduit à la police où nous étions en régime de garde à vue pendant trois jours. Ensuite, on nous avait présentés au procureur qui, après interrogatoire, nous a placés sous mandat de dépôt à la prison de Zinder (Niger)». Avant d’ajouter : «Nous avons joint Makhtar Diokhané pour lui dire qu’on a été arrêté. Il avait promis de joindre le procureur pour négocier notre libération, mais nous ne l’avons jamais revu. Au Niger, nous avons subi des conditions carcérales très difficiles.»
L’accusé soutient n’avoir jamais su que Aboubacar Shekau, chef de Boko haram, leur avait offert de l’argent. Il dit n’avoir jamais été au Nigeria pour faire le Hijiera (Hégire), mais plutôt pour apprendre le Coran et trouver du travail.
Pourtant, devant les enquêteurs, il avait déclaré : «Je n’ai pas subi la formation parce que j’étais alité. Les autres Sénégalais en avaient subi. Je ne pouvais que démonter et remonter le chargeur.» Des propos qu’il a niés avoir tenus.
Mais d’après le procureur, il aurait dit à l’enquête qu’il y avait des difficultés de deux ordres : d’abord entre les Sénégalais et ensuite entre les Sénégalais et Boko haram. «Le problème entre Boko haram et les Sénégalais a été accentué par le manque de culture de la majorité de nos frères de Boko haram. Le problème entre les Sénégalais, c’est que les uns pensaient qu’il fallait rester et combattre contre tous ceux qui sont contre la Charia (l’Etat nigérian, l’école occidentale) et les autres pensaient qu’il fallait rentrer au Sénégal, car ils n’étaient pas d’accord sur le principe d’interdire l’école occidentale à tout le monde.» Mballo nie avoir fait de telles déclarations devant le prétoire.
justin@lequotidien.sn