Du haut de leurs pyramides, les Pharaons ont dû contempler un peuple lointain fêter dans une allégresse générale, une victoire qu’il attendait depuis plusieurs décennies.
Unis dans une joie faite de patriotisme, les Sénégalais, partageant une foi profonde envers leur pays, ont vibré de tout leur cœur, libéré d’une profonde angoisse par un but inscrit par un Sadio Mané conquérant, dans une séance de tirs.
Ce que j’ai vu dans tous les quartiers de Dakar et à travers la télévision, dans tous les coins et recoins du pays, m’a édifié sur le besoin qu’éprouvaient, depuis de nombreuses années, les Sénégalais de trouver une raison de croire en leur pays.
Cette victoire est l’aboutissement d’un cheminement de longue haleine, qui nous a donné de nombreuses leçons dont nous devons tirer profit pour mettre, ensemble, notre pays sur la voie du vrai progrès.
Tout d’abord, nous devons rendre un hommage mérité à trois hommes que le destin a réunis pour porter notre football au sommet de la compétition continentale. Il s’agit de Me Augustin Senghor, Aliou Cissé et Sadio Mané. Qu’on ne pense surtout pas que j’exclus les autres membres du Onze national et toutes les personnes qui ont apporté leur précieuse contribution à cet exploit historique que tout notre Peuple espérait au plus profond de lui-même. Au demeurant, une victoire dans une compétition collective est toujours celle d’une équipe motivée et soudée dans l’effort et la détermination.
Ce que nos trois leaders ont apporté, c’est un engagement et une persévérance sans faille qui, ces dernières années, ont permis de construire une équipe dont la volonté de vaincre nous a ramenés aux plus beaux moments du début de ce siècle, quand, là-bas, au bout du globe, nous infligions à l’ancien colon une mémorable raclée qui avait surpris le monde du football. C’était en 2002, au Mondial de Tokyo. La France de l’arrogant Platini, tenante de la coupe, ne s’en est pas relevée et a cherché à prendre sa revanche en invitant les Lions à un match dit «amical», dont le rusé Wade n’a jamais voulu.
Dans le cas particulier du coach national, il faut rappeler qu’après les tentatives avortées de ses prédécesseurs, dont certains venus d’ailleurs, nous ont coûté des sommes faramineuses, il a marqué de son empreinte l’histoire du football sénégalais en nous offrant, malgré de vilaines adversités, une victoire aussi éclatante.
Et l’homme ne manque ni de leadership, ni de grandeur d’âme, en tenant ces nobles propos : «Cette Equipe nationale appartient aux 17 millions de Sénégalais et je comprends parfaitement les critiques.» Il démontre ainsi la grandeur de son cœur qu’il a offert au Sénégal, et celle de son esprit qui lui a permis de se mettre au-dessus de tout ressentiment personnel. Cette dimension de Aliou, au-delà de sa compétence qui a fait de lui le meilleur entraîneur du tournoi continental, doit être appréciée à sa juste valeur. Il a ainsi, fort heureusement, donné raison à Me Augustin Senghor, qui avait dû lutter becs et ongles pour le maintenir au poste de coach de l’Equipe nationale.
Aujourd’hui, sous la direction de Aliou Cissé, en remportant le titre continental devant le onze égyptien auréolé de sept victoires dans cette compétition, les Lions ont, non seulement honoré leur pays et leur Peuple, mais démontré à la face du monde qu’il n’y avait qu’un moyen d’être grand, c’est de chercher à l’être.
C’est assurément une belle leçon pour ceux qui se demandent, à tout instant, pourquoi nos pays stagnent et se posent, plusieurs décennies après les indépendances, en mendiants sans frontières réduits à quémander, pour survivre, des subsides d’autres pays qui étaient au même niveau de développement (ou de pauvreté) qu’eux il y a un demi-siècle.
Nos joueurs donc, devraient nous ouvrir les yeux puisque leur victoire à la Can, la première de notre histoire, a amené une bonne frange de la population à rêver du titre mondial dans moins de deux ans. Cet espoir est le meilleur moyen de fouetter l’ardeur de Aliou Cissé et ses poulains, puisque «si vous voulez élever quelqu’un, c’est à ses propres yeux qu’il faut l’élever».
L’Afrique a aussi sa part de mérite, puisqu’il lui a fallu beaucoup de ténacité et de fermeté pour résister aux pressions de ceux qui voulaient, à tout prix, annuler l’organisation de la Can.
En voyant la ferveur qui avait saisi des dizaines de milliers de Sénégalais de tout âge et qui s’amplifiait à mesure que l’heure du retour des Lions approchait, j’ai été pris par une très forte émotion qui n’avait pas émoussé ma lucidité. Je ne cessais de me répéter : «Toute cette force, mise à contribution au profit du pays, nous ouvrirait largement les portes du progrès et de la dignité…».
Mais, je ne pouvais enlever de mon esprit ce que nos politiciens à la petite semelle, sans vision ni projet de société, faisaient de cette jeunesse en la mobilisant, à longueur d’année, à des manifestations et rassemblements stériles. Le résultat est là, on offre à nos jeunes une affreuse alternative : devenir nervis ou casseurs.
Si nous voulons offrir à notre pays des chances d’être au premier rang, dans le sport comme dans d’autres secteurs, il nous faut choisir entre l’engagement et la persévérance d’un côté, la facilité et la tricherie de l’autre. Notre Onze national, amené par le trio cité plus haut, vient de nous en donner la preuve d’une façon exemplaire.
« Quand sur une personne on prétend se régler, c’est par les beaux côtés qu’il lui faut ressembler ». Les lampions éteints, la clameur s’est tue. Il reste à tirer, pour l’avenir de notre pays, les leçons que nous offre cette victoire éclatante et historique qui a rassemblé, ces derniers jours, les cœurs et esprits dans un élan patriotique et qui pourrait déclencher un mouvement inespéré pour l’unité et le progrès du Sénégal.
Vive l’Afrique, vive le Sénégal, vive la jeunesse, vive notre Onze national.
Mamadou DIOP