Dans le cadre du mois du cinéma au féminin,  L’Association sénégalaise  des critiques de cinéma (Ascc) a invité ce samedi, deux réalisatrices : Ndèye Maram Guèye et Fatou Touré à projeter leurs films respectifs, Une Africaine sur Seine et La promesse, au Raw material company. La projection a été suivie d’un débat passionnant autour de la condition des femmes en général et des femmes réalisatrices en particulier.

Le mois du cinéma au féminin a fait ce samedi, un gros plan sur deux réalisatrices : Fatou Touré et Ndèye Marame Guèye. La première, auteure du film La promesse, a peint la condition des femmes vivant la polygamie. J’ai essayé de raconter l’histoire de la polygamie, vécue par les femmes, et racontée par une femme. Ayant elle-même évolué dans une famille polygame, Fatou Touré, s’était toujours fait la promesse que son premier film traitera de la polygamie. Mais quelle poly­gamie ? «Il y a les bons et les mauvais cotés de la chose J’ai choisi de traiter ce sujet parce que je suis femme et je trouve que c’est un sujet qui mérite d’être dévoilé au grand public ». La réalisatrice qui a donné son point de vue par rapport à ce sujet, juge que la polygamie ce n’est pas une obligation, pourtant la société nous l’impose même si ce n’est pas forcément obligatoire dans la religion.
Fatou Touré n’aime pas partager son homme, elle est très claire sur ce point, d’ailleurs elle remarque qu’aucune femme n’aime partager son homme. Mais les femmes ont-elles toujours le choix ? «Je n’aime pas la polygamie, je n’aime pas partager un homme. Quand on trouve une coépouse à une femme, si elle supporte elle reste, sinon elle n’a qu’à quitter. Mais comment quitter. Si elle ne travaille pas, elle ne peut pas quitter», analyse la réalisatrice. Pour elle, être une femme au foyer, sans aucune source de revenus, c’est difficile. «C’est de là que naissent beaucoup de problèmes», dit-elle, mentionnant que dans ce cas précis, «la femme est obligée de rester à la maison, et souffre en silence». Au Raw material Company la rencontre prend les allures d’une de ces émissions de confidences nocturnes : «Dioyyou xol». Pourtant, c’est juste Fatou Touré qui donnait son point de vue après la projection de son court métrage La Promesse.
Même si c’est la polygamie qui l’a poussée à réaliser a fiction, d’aucuns l’interprètent comme une histoire d’amour, de trahison, de promesse non tenue. Toujours est-il que pour la réalisatrice, l’essentiel est de comprendre le message tapis à l’ombre de La promesse. «Je lance un avertissement à toutes les femmes. Ce n’est pas parce qu’on a des enfants à la maison qu’on va se laisser aller. Qu’on ne prend plus le temps de bien se maquiller, de bien s’occuper de soi. Quand ton mari sort, il regardera les femmes qui en portent. Essayons de rester femmes modernes. On peut être une bonne épouse, une bonne mère, mais tout en ne délaissant pas son travail. Une femme doit avoir une autonomie financière», plaide la jeune réalisatrice. Elle-même en est la parfaite exemple et tente tant bien que mal de gérer son foyer, tout en traçant son sillon dans le cinéma.

L’hommage de Ndèye Marame Guèye à P. Soumanou Vieyra
Réalisatrice du court-métrage Une Africaine sur Seine, Ndèye Marame Guèye suit les traces de Paulin Soumanou Vieyra, à qui elle rend hommage à travers son film qui porte presque le même titre qu’un des films, Afrique sur Seine, de cet illustre père du cinéma. Réalisée en 2015, Une Africaine sur Seine s’intéresse au vécu des  Africains à Paris. Des décennies après le film de Paulin Soumanou Vieyra réalisé en 1955, Ndèye Marame Guèye s’est aussi dit : «Pourquoi pas moi, une Africaine sur Seine, pour raconter le vécu des Africains à Paris et voir la différence qu’il y a entre l’Afrique que Paulin Soumanou Vieyra avait peint en 1955, et moi l’Afrique que j’ai trouvé à Paris en 2015. Est-ce qu’il y a eu des différences ? Est-ce que la situation des Africains s’est améliorée ? ». A travers son documentaire, la jeune réalisatrice, voulait également rendre un hommage à un pionnier du cinéma africain et sénégalais, Paulin Soumanou Vieyra qui en 1955 avait fait son film à Paris parce que justement le colon lui avait refusé le droit de le faire en Afrique.
En réalisant ce film en 2015, c’était pour Ndèye Marame Guèye, une façon de montrer sa part de liberté de filmer à Paris. Partant des contraintes à la liberté, elle opère le link, et s’inspire autant de la poésie de Paulin S. Vieyra, que de sa part de sensibilité en tant que femme. Dire que les femmes ont plus de sensibilité que les hommes, revient, selon la réalisatrice, à faire une tautologie. Le technicien Makhatte voit en elle déjà, une vigoureuse Safy Faye. Et le critique, Baba Diop d’inviter la société à accepter l’évidence. «Les femmes au cinéma,  ne sont plus confinées dans les rôles secondaires.  Elles sont beaucoup plus en­tre­­prenantes que les hommes et sont compétentes dans plusieurs domaines». Après ces moments de partage intéressants, rendez-vous est pris, toujours dans le cadre du mois du cinéma au féminin, samedi prochain au Raw material company, pour aborder la représentation du corps féminin dans le cinéma africain.
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