Cinéma – Projections de films, poèmes : Le festival Films Femmes Afrique exprime sa solidarité à la Palestine

Dans une salle qui a refusé du monde, les cinéastes et les cinéphiles du festival Film Femmes Afrique ont exprimé, ce lundi, leur solidarité au Peuple palestinien. Une soirée de projection de films et de poèmes a eu lieu au Cinéma de la Médina.
De projection en projection, la 6e édition du festival Films Femmes Afrique, de l’Association Trait d’Union, déroule une belle programmation. Mais la séance de ce lundi était différente. C’est un cinéma venu de l’autre bout du monde qui était montré. Et l’intérêt du public s’est manifesté à travers une salle qui refusait du monde. Des bancs et même des nattes sont rajoutés vite fait pour permettre aux spectateurs de faire le voyage vers cette terre martyre de la Palestine. A travers des films, ce sont toutes les souffrances de ce Peuple qui sont partagées. Et dans la salle, l’émotion était toujours présente tout au long de cette soirée qui démarre d’abord poétiquement. Basila Abou Amed, réalisatrice palestinienne née dans le plus grand camp de réfugiés palestinien en Syrie, Yarmouk, partage une parcelle de sa vie d’exilée à Marseille. Elle déclame un poème en arabe qui est traduit en français. Ce moment de forte émotion donnera le ton d’une soirée où l’empathie et la solidarité, mais aussi l’indignation et le désespoir ont été les maîtres-mots. L’émotion accompagnera encore le spectateur dès les premières images de la série de courts métrages qui vont précéder la diffusion de Bye Bye Tibériade, le documentaire de Lina Soualem qui raconte le retour à Tibériade de sa mère, une célèbre comédienne installée en France. Entre le retour de sa mère, la séparation de sa tante avec sa famille, les épreuves de la grand-mère, Lina Soualem suit le destin de quatre générations de femmes de sa famille dans la Galilée. «Ma mère est née à une époque où il était interdit de prononcer le nom Palestine», indique la réalisatrice dans le film. Mais à travers des archives sonores ou filmées, elle retisse les liens familiaux et ramène à la lumière des souvenirs de familles qui racontent aussi le drame de cette «première» Nakba, quand des centaines de villages palestiniens sont annexés par l’Etat sioniste au moment de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Ces quatre générations de femmes qui se retrouvent dans le film, renouent petit à petit le fil de cette histoire tragique du Peuple palestinien.
Une deuxième «Nakba»
Comme durant cette période où les familles palestiniennes ont dû tout abandonner, le drame de Gaza est aujourd’hui une «deuxième Nakba», souligne un diplomate palestinien présent dans la salle. Les deux courts métrages présentés en début de soirée font raisonner une douleur commune à tous ces artistes palestiniens. «Un groupe d’artistes gazaouis a risqué sa vie pour documenter et produire ce film sous les bombardements à gaza», prévient-on dès le début du film, qui montre cette troupe de danse qui se retrouve à esquisser des pas de danse au milieu des ruines, comme un rêve à jamais perdu. Dans les ruines de Gaza, ils partagent les moments les plus douloureux, l’absence, la disparition des êtres chers, l’exil, l’incertitude et la solitude. Basela Abou Hamed, elle, se remémore les odeurs, les saveurs et la chaleur de Yarmouk avant sa destruction par les troupes de Bachar Al Assad. «Je suis sans mot. Nous les Palestiniens, on souffre depuis 1948. Aujourd’hui, il y a une nouvelle Nakba, un nouveau projet colonial d’Israël. 500 villages avaient été rasés en 1948 et 900 mille palestiniens exilés. Ils sont aujourd’hui 2 millions. Les Israéliens ont essayé d’effacer notre identité. Tout le monde doit agir pour arrêter les bombardements à Gaza qui ont fait 34 000 martyrs et 500 tués en Cisjordanie», rappelle le diplomate palestinien dans une salle silencieuse. Au moment où les campus américains se distinguent par des mouvements de protestation, en Afrique, au Sénégal, l’on cherche aussi à montrer sa solidarité au Peuple palestinien. Un groupe formé sur WhatsApp a décidé de faire des actions, des t-shirts ont été distribués lors d’un marathon. Le début d’une action plus importante sans doute.