La concurrence déloyale constatée dans la commercialisation de la pomme de terre par la société Sen India de Mbane au détriment des producteurs de la zone des Niayes, ulcère ceux Cayar. Ils ont manifesté leur indignation samedi, à la faveur d’un point de presse.
Par Ndèye Fatou NIANG
Correspondante
Colère à Cayar. La commercialisation de la pomme de terre au profit des producteurs indiens de Mbane, a irrité les producteurs maraichers de la zone des Niayes qui, dans une colère noire, ont jugé nécessaire de faire face à la presse, pour dénoncer «la concurrence déloyale de l’entreprise Sen India au détriment des producteurs nationaux». Selon Mbaye Ndoye, «les producteurs horticoles de la zone des Niayes sont victimes de la concurrence déloyale et malsaine des producteurs indiens qui, en plus d’avoir accaparé les terres fertiles de Mbane et transformé les populations en une main d’œuvre corvéable et malléable à souhait, se sont emparés du marché local, qu’ils inondent avec une surproduction de 6 000 tonnes. Et ce, sous le regard complice de l’Etat du Sénégal qui, au lieu de protéger et encourager les initiatives des producteurs nationaux, préfère assister les firmes étrangères comme Sen India». Très remonté, le porte-parole des producteurs maraichers de la zone des Niayes martèle : «Cette dite firme étrangère bénéficie de l’accompagnement de l’Etat à hauteur de 9 milliards de francs Cfa pour la construction de chambres froides d’une capacité de plus de 40 000 tonnes l’unité. Ce qui lui permet de produire à volonté pour faire chuter le prix, afin de décourager les producteurs locaux, assurant ainsi à la longue, le monopole de la filière». Alors que, ajoute Mbaye Ndoye, «la mission de Sen India devrait être de combler le gap de production, si gap il y a». Et d’exiger ainsi de l’Etat, «dont la responsabilité première est de veiller à l’intérêt exclusif de ses citoyens, de demander à Sen India de retirer immédiatement et sans conditions du marché, le surplus de production qu’il est en train de bazarder». Mais aussi, de «mettre fin à sa politique protectionniste à l’égard des producteurs étrangers au détriment des vaillants producteurs sénégalais».
L’Apmk interpelle
le chef de l’Etat
Le président de l’Association des producteurs maraichers de Kayar (Apmk), lui, se dit surtout choqué par «le non-respect des engagements des autorités de l’Agence de régulation des marchés (Arm)». Il renseigne : «Nous avons tenu une rencontre avec les responsables de cette dite structure. Ils nous ont dit de laisser les Indiens vendre leur production jusqu’au mois de février pour qu’ensuite les producteurs nationaux puissent écouler leurs produits.» Mais, regrette-t-il, «à notre grande surprise, ils nous signalent que les Indiens ont une surproduction qu’ils continuent d’écouler sur le marché, alors que nous devrons démarrer la vente de notre production en ce début du mois de mars pour trois à quatre mois avant que les Indiens ne reprennent le marché». «C’est inacceptable. Ils veulent nous éliminer du marché», crache le producteur, qui interpelle directement le président de la République et le ministre de l’Agriculture. «Nous pensons qu’ils ne sont pas au courant de cette situation que vivent les producteurs nationaux. C’est le président de la République qui nous a vanté son programme plan Sénégal émergent à travers l’agriculture. Et nous avons fait dans ce cadre, d’énormes efforts qui ont eu des effets escomptés, puisqu’aujourd’hui nous produisons 30% de la production nationale de la filière pomme de terre». A ce titre, signale le porte-parole des producteurs de Kayar, Mbaye Ndoye, «pour donner corps à la vision du président de la République contenue dans le Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (Pracas), dans le cadre du volet agricole du Pse, les producteurs de Kayar ont réceptionné 30 containers de 25 tonnes l’unité de semences de pomme de terre lors de la saison 2016-2017. Et pour la présente campagne 2017-2018, nous avons réceptionné 50 containers de la même dimension en semence de pomme de terre, soit au total de 1 250 tonnes de pomme de terre et un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de francs Cfa, si nous parvenons à vendre le Kg à 200 francs Cfa». Toutes raisons pour les producteurs de demander à l’Etat de les «protéger». Car, disent-ils, «nous contractons des dettes au niveau des structures bancaires, si nous ne vendons pas notre production, comment allons-nous faire pour les payer mais également pour vivre ?».
nfniang@lequotidien.sn