Faire du rap sénégalais un produit bancable, surtout pour le marché international. Sen art vision à mis les petits plats dans les grands. Une scène digne des Rolling stones, une organisation à la pointe de la modernité, 23 talentueux artistes, un public déchaîné et une dose extérieure de politique, tout était réuni pour faire de la première édition du Taaru rap galsen (Trg), un événement inoubliablePar Malick GAYE –

Taaru rap galsen ! L’appellation tout simplement réussit à fédérer un mouvement qui n’a que trop longtemps attendu son heure. 30 ans pour dire vrai. Pour cette première édition du Trg, il est certain désormais que pour titiller les étoiles, la nouvelle génération devra faire le double de ce qu’on attend. Et le public semble l’avoir compris. Fata qui, jadis, était en avance sur son temps, fera le constat. Premier sur les 23 artistes sélectionnés sur le volet pour exposer la beauté du rap galsen, le précurseur du rap mbalax va certainement constater que ses 30 glorieuses sont derrière lui. «Bassirou tu viens de gâcher mon spectacle. En attendant de trouver une solution au problème, envoie Nguinté bi pour que je m’amuse avec les mecs.» Fataliste, il se contente d’interpréter et de quitter la scène qui a fini de sanctionner le professionnalisme des organisateurs. Pendant ce temps, les jeunes, massés derrière l’entrée, attendent l’annonce de Ash the best pour garnir les rangs en vue de regarder le talentueux natif de Kaolack.  Comme un passage de témoin, cet intermède est symbolique. Fata, qui a tant donné de sa personne pour lancer ce mouvement à l’international, est à la limite prié de faire de la place. C’est tout le sens de ce spectacle. Responsabiliser les jeunes qui s’appuient sur l’expérience des anciens pour faire flotter le drapeau de la musique sénégalaise partout dans le monde. C’est ce que Baye Sooley et Docta, les deux directeurs artistiques, ont réussi à traduire dans la programmation. Le seul hic, c’est la scission constatée sur les réseaux sociaux. En effet, le président de la République a reçu, quelques heures avant le spectacle, 25 acteurs du mouvement pour leur annoncer la bonne nouvelle. Le Fonds de développement des cultures urbaines (Fdcu) va devenir le Fonds de développement des cultures urbaines et des industries créatives (Fdcuic).
Naturellement l’enveloppe qui va avec s’est grossie en passant de 600 millions Cfa à 1 milliard en 2023. Cette annonce intervient quelques jours après l’annulation du Show of the year, un événement phare de l’agenda du rap galsen. Pour certains, Macky Sall a voulu saborder l’unité qui fait la particularité de ce mouvement. «Notre rap est un et indivisible. Nous pouvons nous entretuer, nous détester, mais jamais on ne va accepter la division. Sortez-nous de vos querelles politiques», a hurlé Pape Sidy Fall demandant à tout l’auditoire d’allumer les téléphones en direction du ciel. Passé cet impair, la musique reprend ses droits. Xuman, opposant farouche du 3ème mandat, se fait un point d’honneur de rappeler sa position dans un morceau dont lui seul a le secret. Des jeunes talents qui vont sortir grandis de ce show, Akbess y aura une bonne place. Techniquement adroit, musicalement très moderne, le jeune thiessois a séduit son monde.
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