Après l’audition des témoins, la Chambre criminelle a procédé à la confrontation des accusés : Coumba Niang, la 2e épouse de Mactar Diokhané, Ibrahima Diallo alias Abu Omar, Mactar Diokhané, imam Ndao, Décoll Ndiaye et Aliou Badara Sall. Invitée à éclaircir la lanterne de la chambre sur l’argent que lui avait remis son mari, Coumba Niang précise qu’il s’agissait d’une somme de 40 millions de francs. «Mactar m’a remis à peu près 40 millions avant son voyage au Nigeria. L’argent est resté avec moi pendant près de 10 mois. Ibrahima Diallo m’a appelée à trois reprises pour me demander cet argent. Comme Matar m’avait dit qu’il devait rembourser à des gens, je lui ai donné les 15 millions qu’il m’avait réclamé.»
Sur ce point, Ibrahima Diallo se doute d’avoir appelé en premier la dame, n’ayant pas son numéro. Mais il se souvient qu’à leur descente du bus, de retour du Nigeria, Mactar Diokhané lui avait promis de lui donner le reste de son billet retour. «Quand j’ai entendu qu’il a été arrêté, je suis parti réclamer ma part pour commencer mes activités commerciales. Une première fois, je lui ai demandé si Mactar ne lui avait rien dit. Elle m’a dit : ‘’non.’’ La deuxième fois, je lui ai demandé si Mactar ne nous avait pas mis en rapport. Ainsi, je lui ai dit de me donner la moitié de l’argent. Et quand elle me l’a remis, j‘ai donné 12 billets de 500 euros à Latyr Niang à la demande de Aboubacry Guèye. J’ai prêté 1 million à imam et lui ai confié le reste», a-t-il expliqué.
D’après le juge, ils étaient 10 à revenir du Nigeria. Et si Diallo réclame la somme de 15 millions, cela revient à dire que c’est le montant dont devait disposer chacun d’eux. Suite à cette remarque, Abu Omar souligne que lui seul a pris presque la moitié de l’argent de son propre chef, prétextant ne pas connaitre le montant exact que lui a remis Coumba. Qui confirme aussi les propos de imam Ndao à qui elle avait déclaré avoir remis à Ibrahima Diallo de l’argent. Pour sa gouverne, imam dit avoir remis l’argent versé par Abu Omar dans la grande enveloppe contenant l’argent à lui confié par ce dernier.
Boubacar Décoll Ndiaye et Mactar Diokhané ont été aussi confrontés. Décoll Ndiaye confie que Mactar Diokhané lui avait confirmé qu’il était aux côtés de Boko haram quand il l’a interpellé sur ce point. Mais il tenait à préciser que c’était le milieu de Boko haram. Car pour lui, il y a une confusion à relever. «Etre aux côtés de Boko haram ne veut pas dire combattre aux côtés de Boko haram. Lui-même a dit ici devant la barre qu’il était parti au secours des Sénégalais qui avaient des problèmes avec Shekau sur la détention des cartes d’identité», a-t-il rappelé. Mactar de s’engouffrer dans la même brèche : «Je ne fais pas partie de Boko haram, j’ai été dans le milieu de Boko haram pour exfiltrer des Sénégalais qui avaient des problèmes à Sambissa.»
Confronté aussi à Aliou Badara Sall, Diokhané confirme que celui-ci a pris part aux différentes réunions après les événements de Diourbel. Ce qu’il n’a pas contesté.
Interpellé enfin sur le message transcrit de Abu Youssouph menaçant le Sénégal et qui disait qu’il se rendrait au Mali puis à Agadez, Décoll Ndiaye prétend ne pas connaitre son interlocuteur. «J‘avais peur parce que des gens avec qui j’étais au Nigeria ont été arrêtés», s’est-il aussi défendu. Mais le paradoxe, lui rappelle le Parquet, c’est la dame Coumba Niang qui lui a remis 10 000 francs pour son transport en Mauritanie. Mais pour lui, elle ne voulait que l’aider à voyager, mais ne savait pas qu’elle détenait de l’argent. Pourtant, Mactar lui avait donné, après son retour du Nigeria, 100 000 francs, qu’il dit avoir utilisé pour des besoins familiaux.