Il y a exactement un an, au détour de la présentation du rapport d4Africa Pulse par la Banque Mondiale, la croissance économique du Sénégal était projetée à 4,8% en fin 2022, pour rebondir à 8,0% en 2023, avant de se raffermir à 10,5% en 2024, pour reprendre exactement le contenu de ce document.

Africa Pulse est un document phare publié par la  Banque mondiale et le Fonds monétaire international durant leur Assemblée générale annuelle du printemps, c’est un rapport analytique  sur les  perspectives économiques du continent. Chaque édition consacre également un chapitre à des enjeux cruciaux de développement.

Les chocs exogènes et endogènes qui traversent le continent et accentuent sa vulnérabilité, la lente reprise des économies d’Europe et d’Amérique du Nord au sortir de la pandémie du Covid-19 dans un contexte de hausse des taux d’intérêt de la Banque centrale américaine, la crise énergétique, conséquence de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ont forcé le Fmi à prendre le contrepied d’Africa Pulse. Les prévisions sur la croissance en 2023 sont corrigées à la baisse.

– Ainsi, en Afrique au Sud du Sahara, l’activité économique devrait ralentir pour atteindre 3,8% cette année, du fait  notamment d’une variété de risques sans précédent comme l’insécurité alimentaire, le taux de change pour les importations et la dette, toujours  selon le rapport sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne  que le Fmi à présenté à Dakar le jeudi 27 octobre 2022.

Le coup de froid est durement ressenti, avec le budget 2023 du Sénégal  qui tablait sur une croissance de 10%, c’est la sincérité de nos budgets et les prévisions de recettes générées par la croissance ou  l’expansion de nos économies  qui sont remises en cause.  Selon Luc Eyraud, économiste en chef pour l’Afrique au Sud du Sahara du Fonds monétaire international (Fmi), le continent,  toujours dépendant  des matières premières non transformées, est sur la corde raide. Dans un monde en récession économique, les pays de la zone Uemoa connaîtront 3,6% de croissance en moyenne, le Sénégal, riche de ses hydrocarbures, s’en sortirait plutôt mieux -pour ne pas dire miraculeusement- si nous atteignons 5% de croissance de notre Pib, soit  500 points de base de moins  par rapport au 10% de croissance projetée, estimation sur laquelle le budget solutions de 2023 a été établi.

Le jeu de yo-yo des institutions de Bretton Woods  sur les perspectives à moyen et long termes de nos économies n’a que trop duré, nous n’avons plus de lisibilité sur les affaires du continent  et bien sûr l’Afrique en souffre, surtout pour les pays en quête d’investissements directs étrangers pour les projets d’envergure. Sur quel modèle statistique ou économétrique travaille le Fmi pour mesurer, calibrer ou jauger nos économies.

Dans le court terme, il sera difficile d’attirer l’investissement et les financements privés pour transformer l’économie du continent et renforcer ainsi sa résilience. La croissance reste faible sur le continent,  alors que  l’Afrique subsaharienne seule  concentre 60% de l’extrême pauvreté mondiale, avec 390 millions de personnes, soit plus que les  populations du Nigeria et de l’Ethiopie. La détresse alimentaire et les défis climatiques sont venus s’y ajouter pendant que nos Etats n’ont plus  de marge de manœuvre budgétaire : le continent connaît un niveau d’endettement global proche de 60% de son Pib, le seuil le plus élevé depuis le début du siècle, selon le Fmi.

 L’Afrique et le reste du monde continueront de subir les pressions inflationnistes  plus persistantes que prévu. L’inflation mondiale devrait culminer à 9,5% cette année, avant de redescendre à 4,1% d’ici 2024. Les  denrées alimentaires et les prix de l’énergie seront très affectés. Selon encore le  Fmi, la croissance mondiale devrait se stabiliser à 3,2% pour  2022, tout en abaissant -trois fois de révision successive au cours d’une même année- celle attendue pour 2023 à 2,7%, soit 0,2 point de moins que la précédente révision au mois de juillet. Bretton Woods se perd dans ses prévisions et la fiabilité de ses données économiques et financières en souffre.

L’arrimage du continent à l’économie mondiale sans boussole ni gouvernail contrarie tous les efforts déployés pour sortir les populations de la pauvreté, d’où l’urgence d’une gouvernance mondiale plus soucieuse de la situation inédite  du continent africain qui subit de plein fouet l’atonie et la morosité économiques sur fond de crise et chocs de toutes sortes. Le Sénégal doit absolument miser sur ses revenus en hydrocarbures pour accélérer sa transformation économique, c’est ça le leitmotiv.

Moustapha DIAKHATE
Expert et Consultant en Infrastructures
 Ex-Cons Spécial Pm