Dakar, future capitale de l’agriculture mondiale

Forum africain sur les systèmes agroalimentaires
Du 31 août au 5 septembre 2025, Dakar accueillera plus de 6000 participants venus des cinq continents, devenant ainsi la capitale mondiale de l’agriculture. Ce rendez-vous, qui honore le Sénégal, invite à une réflexion citoyenne et universelle sur les défis agricoles et alimentaires de notre temps.
Nourrir sans détruire : un impératif planétaire
Le défi majeur du XXIe siècle est de nourrir l’humanité sans détruire la planète, en développant des systèmes agroalimentaires territorialisés et résilients. L’agriculture doit, par conséquent, conjuguer rendement, durabilité, justice sociale, enrichissement de la biodiversité et amélioration des conditions de vie des populations. Car il s’agit de répondre aux besoins du présent tout en léguant un patrimoine viable aux générations futures.
La formule «produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons» garde sa valeur symbolique. Mais aucune Nation, aussi riche ou agricole soit-elle, n’a pu l’appliquer totalement. A titre d’illustration, les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, l’Australie, la Chine et la Russie restent dépendants des importations de café, culture qui ne prospère qu’en climat tropical. Cet idéal demeure donc inspirant, mais la réalité rappelle les limites de l’autarcie.
La mondialisation agricole est irréversible et ne saurait être effacée par des politiques de repli. En revanche, une politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, fondée sur une souveraineté assumée, peut renforcer la résilience des pays africains face aux crises. Produire davantage ne suffit pas : il faut intégrer production, transformation, distribution, consommation, recherche et gouvernance dans une optique de développement des chaînes de valeur.
La jeunesse africaine, moteur de transformation
Le thème du forum, «La jeunesse africaine, fer de lance de la collaboration, de l’innovation et de la transformation des systèmes agroalimentaires», est porteur d’avenir. Connectée, maîtrisant l’Intelligence artificielle et le numérique, et ouverte sur le monde, la jeunesse africaine incarne un atout décisif. Loin d’être une contrainte, elle représente une opportunité stratégique. Encore faut-il qu’elle soit pleinement informée, solidement formée, rigoureusement encadrée et efficacement soutenue, afin que son énergie atteigne le sommet de la performance et ouvre la voie à une agriculture nouvelle.
Les leviers de la souveraineté alimentaire
Construire des systèmes agroalimentaires efficaces, efficients, durables, résilients et inclusifs impose une vision globale, adaptée aux réalités locales. Pas de modèle universel : chaque solution doit être pensée comme un «sur-mesure».
Une souveraineté alimentaire assumée repose sur plusieurs leviers : sécuriser l’approvisionnement des produits de base, réduire graduellement les importations grâce à la science et à l’innovation, promouvoir la transformation locale, relancer les exportations et préserver les écosystèmes.
La gouvernance et le cadre politique sont déterminants. Les politiques alimentaires doivent orienter les politiques agricoles, dans une cohérence allant du niveau national au continental. L’Afrique, riche de 60% des terres arables du monde non encore exploitées, détient une responsabilité historique et une rente de situation géographique unique. Elle doit renforcer sa recherche, aujourd’hui limitée à 57 chercheurs par million d’habitants. Et promouvoir un dialogue multi-acteurs ouvrant la voie à un véritable actionnariat rural, expression ultime d’un partenariat équitable. Par ailleurs, les subventions, ciblées et inclusives, doivent soutenir les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap.
Produire, transformer et consommer autrement
La production doit être guidée par la demande et intégrée dans une gestion durable des ressources agricoles et halieutiques. L’équilibre entre autosuffisance et diversification, l’agroécologie comme principe stratégique et la levée des obstacles à la transformation locale constituent les bases d’un secteur agricole performant.
Consolider les exploitations familiales, restaurer la fertilité des sols, maîtriser l’eau et sécuriser la gouvernance foncière sont des priorités pour maximiser les rendements tout en préservant la durabilité.
Au-delà de la production, il faut transformer les habitudes de consommation, promouvoir l’entrepreneuriat et faciliter l’accès au crédit, avec des politiques de discrimination positive en faveur des jeunes et des femmes. Cette approche garantit que la transformation profite à l’ensemble de la société.
Recherche et formation, piliers de la modernisation
La recherche agricole doit être renforcée et valorisée par un conseil agricole rénové. Une politique d’innovation intégrant productivité, qualité sanitaire, qualité phytosanitaire, qualité organoleptique, résilience climatique et diversification est essentielle.
La formation aux métiers de l’agriculture, de l’amont à l’aval, doit identifier les opportunités d’emploi, accroître la valeur ajoutée, renforcer la compétitivité et massifier l’emploi rural.
Conclusion
Nourrir l’humanité sans détruire la planète n’est pas un slogan, mais une exigence collective. En accueillant le Forum africain sur les systèmes agroalimentaires, Dakar doit être le point de départ d’un nouveau pacte agricole et alimentaire mondial, fondé sur la jeunesse, l’innovation et la cohérence des politiques.
Que Dieu bénisse l’agriculture africaine !
Dr Papa Abdoulaye SECK
Ancien ministre de l’Agriculture