«Ne l’oublions pas, la mémoire défaillante est l’ennemie de la vérité»
Abdoulaye Diouf Sarr
Des enfants et adolescents de certains quartiers inondés de Touba ont perdu la vie. C’est le lourd bilan macabre enregistré à la suite des dernières pluies diluviennes enregistrées sur le territoire national. La capitale de notre pays voit certaines zones de la banlieue, encore, sous les eaux, notamment à Keur Massar et Diamaguène.
Loin de nous d’engager un quelconque exercice de dédouanement mais les faits sont que ces inondations se sont retrouvées dans toutes les parties du monde avec leur lot de victimes. Il est aussi utile d’évaluer et mesurer pour apprécier ce qu’il en était avant et aujourd’hui et procéder à des comparaisons. Nous ne sommes plus dans les saillies de faire tourner un disque rayé de cris d’orfraie, de vociférations et de chapelet de suggestions éculé. Il s’agira ici, d’encourager une dynamique, d’apporter une contribution positive pour faire, davantage, progresser les efforts consentis. En effet, avec le Président Macky Sall, l’exondation des populations exposées est en passe d’être un défi relevé.
Un plan décennal structurel
Face aux fortes pluviométries de ces dernières années, le gouvernement avait préconisé et mis en œuvre des mesures préventives, en vue d’une bonne gestion des inondations.
Des actions qui avaient débuté sur les prévisions de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim) qui parlait de «grandes probabilités de fortes pluviométries pour les hivernages de 2020, 2021 et des années suivantes». Les changements climatiques sont évoqués par nombre de spécialistes. Le problème des inondations se pose, ainsi, aujourd’hui aux autorités dans tous les pays du monde. Le gouvernement avait évalué le niveau de stock en motopompes, les motopompes à réparer et l’écart à combler. Il avait ainsi fait procéder au curage, décrottage des mares, et surtout la prise de mesures préventives dans les zones dépourvues de réseaux d’assainissement. Les résultats ont été plus que satisfaisants.
D’ailleurs, tous ceux qui ont participé à la gestion des inondations affirment, invariablement que les problèmes sont sur une bonne piste de résolution avec une planification étalée sur 10 ans. Il s’était, juste, agi de maintenir et de renforcer la solidarité entre les acteurs, de partager des informations exactes pour une prise en charge effective des populations. L’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), l’Agence de développement municipal (Adm), l’Agence pour la promotion des grands travaux (Apix), la Direction de la construction et des services de son ministère qui s’occupent des inondations ont produit des rapports techniques et financiers, en vue de l’exécution du Plan décennal de gestion des inondations (Pdgi).
Des populations qui logeaient dans des zones, naguère en proie aux inondations récurrentes sont, aujourd’hui, sorties de la hantise des eaux stagnantes. C’est ainsi que les quartiers de Dakar : Ouest-Foire, Grand-Yoff, Dalifort, les villes de Keur Massar, de Guédiawaye et de Pikine ressentent les bienfaits du Pdgi.
Aux Parcelles assainies de Dakar, les mosquées des unités 24 et 25 sont accessibles aux fidèles, contrairement aux années précédentes. Les ouvrages de pompage réalisés dans le plan décennal de lutte contre les inondations ont produit les effets escomptés.
Nietty Mbar, Djeddah Thia­roye Kao, Médina Gounass et Wakhinane étaient des quartiers dont les noms sont associés aux inondations de 2005 à 2013. Aujourd’hui les ouvrages ont atténué l’impact des pluies au grand bonheur des habitants qui peuvent se souvenir des calvaires vécus. A Dalifort, Forail, jadis sous les eaux, vit aujourd’hui à l’abri des inondations grâce à d’importants investissements dans l’assainissement. La Cité Belvédère voit ses résidents soulagés après des années de vie sous les flots durant l’hivernage. A Yoff et à Ouest-Foire, les inondations se conjuguent au passé.
De même, à l’intérieur du pays, des actions hardies sont réalisées notamment dans les villes de Nioro, Kaolack, Matam, Kaffrine, Touba et autres communes.
Les importants aménagements ont permis à nombre de ménages d’accéder, à nouveau, à leurs maisons respectives.
La forte réduction des inondations a pu être réalisée grâce à des infrastructures installées dans toutes les localités qui étaient affectées.
Le programme décennal a mobilisé 70 millions de dollars soit 35 milliards de francs Cfa visant à améliorer le drainage des eaux pluviales dans les quartiers. Le financement était acquis par l’Etat du Sénégal avec la contribution de la Banque mondiale.
La cité Tawfekh, une solution face aux zones non aedificandi
Des populations qui étaient dans des zones non aedificandi ont bénéficié d’un relogement dans des conditions extrêmement favorables.
Dans une première phase, les clés de 2800 maisons ont, ainsi, été distribuées à des sinistrés, naguère désemparés. C’est la cité dénommée Tawfekh dans la banlieue de Dakar. La cité a été bien viabilisée et dotée d’un système d’assainissement et d’évacuation des eaux. Les populations bénéficiaires rencontrées peinent à trouver les mots pour remercier le président de la République, Macky Sall, pour cette cité propre, assainie où il fait bon vivre.
La politique des bassins de rétention dangereuse et trop conjoncturelle a finalement laissé la place à des aménagements d’évacuation des eaux de pluie. Des enfants et même des adultes avaient eu à se noyer dans ces bassins de rétention. L’aspect assainissement, pris en compte, facilite l’abandon des bassins de stockage qui constituaient une solution conjoncturelle.
Désormais, il faut qu’on prenne en compte ce problème de la planification.
Il y a même des quartiers résidentiels qui, par faute de planification, connaissent des fosses septiques. Ceci n’est pas normal. En injectant plus de 100 milliards de F Cfa dans le domaine de l’assainissement depuis 2012, l’Etat a toujours voulu corriger ces impairs.
L’Etat s’emploie à embellir la ville avec la réalisation d’espaces verts et d’aménagements de places publiques comme la Place de la Nation. Les ronds-points sont pavés et fleuris et cessent d’être des lacs d’eaux de pluie ou dépôts d’ordures.
Cette amélioration de l’environnement urbain est une exigence dans une grande ville multifonctionnelle comme Dakar qui a aussi vocation de servir de plateforme à l’industrialisation du pays.
Des mesures conjoncturelles inévitables
A la lumière de la vérité, nous voyons moins ces films galvaudés de ministres tirés à quatre épingles, plastronnés devant des populations sinistrées, désemparées, dépossédées, désarçonnées gisant dans des abris mouillés. C’est aussi le moment de remettre certaines choses à l’endroit. Quand des populations sont en difficulté, il urge d’appliquer une approche franche, robuste scientifiquement valable.
Concernant l’aspect physique des crues pluviales, il est de bon ton d’en appeler à l’arrêt du folklore et se tourner vers des mesures hardies et volontaristes. Avec les inondations, des cassandres nous pompent l’air alors qu’on leur demande d’aider les populations à pomper l’eau. Même si c’est conjoncturel, cette occasion de solidarité et d’humanisme d’aide à des sinistrés a été ratée.
Des jeunes se sont permis de barrer les voies routières à Dakar au moment où en Allemagne, Turquie, Belgique et autres pays frappés par des inondations, des personnes s’engagent en bénévoles, certains offrent de la restauration, d’autres se mettent en tenue pour mettre la main à… l’eau. Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie de mesures de pilotage non durables, mais plutôt un appel à être ce que nos ancêtres nous ont légué comme valeurs de générosité, d’esprit positif, d’entraide et de vécu communautaire. Nous n’ignorons pas que même si les motopompes et autres camions hydro-cureurs ont eu à soulager certains impactés par les inondations, ces interventions restent très précaires et ses solutions plutôt conjoncturelles. Ces citernes prennent de la nappe et reversent finalement à la nappe.
Ce sont ces éléments de contexte qui ont poussé le Président Macky Sall à forger le plan décennal qui a, aujourd’hui, donné des résultats plus que satisfaisants.
Seulement l’absence de civisme est un facteur rédhibitoire malheureux. Des ouvrages, notamment de Promoville, sont sabotés dans certains quartiers, des canaux de drainage d’eaux fluviales sont détériorés par des liquides usés déversés par des individus peu imbus de valeurs citoyennes. A Keur Massar, des actes délictuels de barrages de dispositifs d’évacuation avec des pneus et autres briques. C’est pourquoi, quels que soient les investissements dans des réalisations structurelles contre les inondations sans le civisme de citoyens patriotes et responsables se posant en vigiles de protection des ouvrages, du reste, couteux pour le contribuable.
Des solutions structurelles salvatrices
Les mesures structurelles ont consisté, pour les autorités, surtout pour les pouvoirs publics de prendre des décisions tranchées. En effet, il s’avère qu’on ne pouvait plus continuer à mettre de l’argent dans ce puits sans fond que sont les inondations.
Des solutions pérennes ont placé durablement un grand nombre de populations au sec. Le schéma directeur de l’assainissement de la banlieue de Pikine, Guédiawaye et Rufisque est, désormais, articulé à une action concertée n’impliquant pas uniquement des spécialistes mais aussi des acteurs comme les responsables des collectivités territoriales ayant une certaine expérience dans la gestion des inondations. En effet les documents et plans produits par des ingénieurs, de techniciens et autres cadres ne suffisent plus. Les maires et autres acteurs communautaires expérimentés ont plus de prise à la réalité sur le terrain et peuvent contribuer à la lutte structurelle contre les inondations. Sinon, certaines prises de décisions peuvent conduire à des conséquences fâcheuses, coûteuses et inefficaces.
Au Sénégal et particulièrement à Dakar, les inondations n’étaient que la résultante d’un manque criard de vision des responsables au plus haut sommet de l’Etat, et donc une manifestation d’un chaos urbain qui s’observait à travers la prise en charge des questions liées à l’environnement, à la mobilité urbaine, aux risques industriels et autres.
Il suffit de revisiter les photographies aériennes et les cartes datant des années cinquante et même soixante pour se rendre compte qu’entre l’eau et les Dakarois, s’il y a un fautif, c’est moins le premier acteur que celui des résidents de la capitale.
La région de Dakar constitue une zone déprimée, dunaire. L’altitude moyenne est de l’ordre de 10 à 30 mètres avec un chapelet de zones déprimées, inter dunaires (Niayes, fonds de vallées, marigots, etc.), qui ne dépassent guère le niveau de la mer.
Cependant, tout porte à croire que depuis un certain nombre d’années, ce qui semblait être un équilibre a été rompu. Le coupable est vite trouvé : le front urbain. A la faveur de la création de Pikine au début des années cinquante et des années de sécheresse qui se sont succédé durant les années soixante-dix et quatre-vingt, et, cerise sur le gâteau, de l’accentuation de l’exode rural, les marigots et autres zones inondables qui se sont asséchés, ont été phagocytés par ce front urbain qui n’a pas encore fini d’étaler ses tentacules. D’ailleurs, l’une des idées de base du Plan directeur d’urbanisme établi par Ecochard en 1967, était de bloquer volontairement l’urbanisation à l’Est de Pikine régulier pour organiser l’extension de l’agglomération à partir de deux pôles. Il s’agit de Dakar-Plateau et de Pikine. Dans la réalité, l’urbanisation prévue s’est réalisée lentement ou reste à faire, tandis que l’urbanisation spontanée a entraîné une forte poussée vers l’Est non planifié. Après avoir comblé ces zones inondables, pour la plupart du temps avec des ordures et autres gravats et obstrué les voies d’eau par le bâti, le résultat est là, préoccupant. L’eau qui est revenue par la magie d’un cycle plus humide ne peut qu’occuper son espace naturel. C’est pourquoi, le Président Macky Sall a compris qu’il faut une solution radicale face à un problème multidimensionnel.
Au lieu de dépenser beaucoup d’argent pour pomper des nappes, il faut penser à revivifier le réseau hydrographique et le système d’écoulement. Il faut un vaste mouvement de restructuration des zones inondables : identifier des zones exondées, les viabiliser en respectant les plans respectifs d’aménagement du territoire, directeur d’assainissement, d’environnement, d’habitat, d’agricole, d’hygiène, etc.
Pour conclure, il est à constater que nous avons perdu beaucoup de temps avant 2012.
Aujourd’hui, les nouvelles autorités semblent prendre le cap du réalisme et forger des paradigmes de rupture en vue d’une gouvernance axée sur les besoins réels des populations. Le règlement de la question des inondations s’est inscrit dans une dynamique fort positive et que Dieu nous accorde de la pluie pour le bien de la production agricole et pastorale.
Bara DIOP
Master en Aménagement du Territoire