Le Président de la Tunisie s’est encore distingué. Kaïs Saïed a remplacé hier le Conseil supérieur de la magistrature, qu’il avait supprimé le 5 février, par un organe temporaire. Il a interdit à tous les magistrats de faire grève et s’est arrogé le pouvoir de limoger tout magistrat qui «manque à ses devoirs personnels».Par Malick GAYE

– Un nouveau coup porté à l’indépendance de la Justice ! La dernière décision du Président de la Tunisie y ressemble fort. Kaïs Saïed, qui avait supprimé le Conseil supérieur de la magistrature le 5 février passé, l’a remplacé hier par le Conseil supérieur temporaire de la magistrature. Hormis le changement de nom, Kaïs Saïed étend son pouvoir sur le système judiciaire. Désormais, il a interdit à tous les magistrats de faire grève et s’est arrogé le pouvoir de limoger tout magistrat, qui «manque à ses devoirs personnels».
Le décret, instituant un nouveau «Conseil supérieur temporaire de la magistrature» en partie nommé par le Président, lui donne également le pouvoir de révoquer «tout juge qui manque à ses devoirs professionnels».
En outre, «il est interdit aux magistrats de tous grades de faire grève ou de tenir toute action collective organisée, qui pourrait perturber ou retarder le fonctionnement normal des tribunaux», selon le texte. Hier, de nombreux magistrats ont manifesté dans les rues du pays pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’indépendance de la Justice.
Cette décision a des relents politiques. C’est la conséquence de la guerre entre Kaïs Saïed et le parti islamo-conservateur Ennahdha. Plusieurs anciens cadres d’Ennahdha comme Nouredinne Bhiri, ex-ministre de la Justice, sont toujours en prison. Il est soupçonné de «terrorisme». Pour Kaïs Saïed, «la magistrature est une fonction et non pas un pouvoir et que tous les juges sont soumis à la loi».
En juillet, le Président tunisien a suspendu le Parlement et limogé le Premier ministre, déclarant qu’il gouvernerait par décret durant la préparation d’une nouvelle Constitution qui, selon lui, serait soumise à un référendum cet été.
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