Délibéré de l’affaire Ndiaga Diouf : Barth’ fixé le 16 février
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Fin des plaidoiries dans l’affaire Ndiaga Diouf. Barthélemy Dias, présumé meurtrier, connaîtra le verdict le 16 février prochain. Ce fut un procès aux relents politiques feutrés. Il y a eu aussi échanges de tirs entre avocats et le Parquet.
Prenant en dernier la parole, les avocats de la défense n’ont pas été tendres avec le Parquet qui a requis 10 ans ferme contre leur client. Ils restent convaincus que c’est un procès aux «relents politiques» et dont le procureur en est «le bras armé» de l’Etat. «On ne peut pas manipuler le Tribunal. Il ne dépend pas du président de la République ni du ministère de la Justice ni de Ousmane Tanor qui est ami du Président, le patron de la Justice», assène Me El Hadji Diouf, qui parle de «procès de la honte et de la manipulation». «De qui se moque-t-on ?», ajoute-t-il, s’adressant au procureur qui disait qu’il connaît la personne qui a acheté l’arme de Barthélemy Dias au Brésil, mais qu’il tient à protéger. «Le réquisitoire n’est pas sérieux. C’est faux de dire que l’arme a été achetée au Brésil. Parlez-nous des preuves au lieu de qualifier notre client d’arrogant, celui qui ne respecte pas les autorités», rétorque Me Diouf qui pense que son client est condamné «sur la base de la lâcheté». Selon toujours l’avocat, «le pouvoir a vacillé et tremblé à l’époque et il fallait liquider Barthélemy Dias, le meneur des jeunes engagés». Son confrère El Modou Guèye d’indiquer que cette affaire «a été diligentée après les désaccords entre Barthélemy et Tanor Dieng», soulignant que «la justice ne doit pas être le bras armé du pouvoir». Abondant dans le même sens, Me Ousseynou Faye, un des avocats de la partie civile, trouve aussi qu’il y a une «instrumentalisation de la justice». «Il y a des pères de famille qui sont là au nom de l’ordre public. J’invite le Tribunal à ne pas être le dindon de la farce. C’est parce que Barthélemy s’occupe de ses affaires et qu’il n’est pas dans les grâces du prince que ce dernier a levé le coude sur son dossier qu’il avait fini de fermer pour le traduire devant la justice», a-t-il dit. Me Demba Ciré Bathily se désole qu’on veuille en faire un «procès politique». «L’objectif visé, c’est d’empêcher un adversaire politique de prendre part aux Législatives. Nous avons un dossier qui obéit à la météo politique. Et pour cela, on est obligé de passer par la justice», dénonce-t-il.
«Le procureur doit être traduit devant la justice»
Pour Me Aïssata Tall Sall qui a conclu les plaidoiries, «il y avait une volonté manifeste de liquider Barthélemy Dias». L’avocate et membre du Parti socialiste comme son client cite les déclarations de Ousmane Ngom, alors ministre de l’Intérieur, qui disait que l’acte posé par Dias-fils ne peut pas être qualifié de légitime défense, mais aussi Souleymane Ndéné Ndiaye, Premier ministre d’alors, qui avait soutenu en son temps que Ndiaga Diouf a été atteint au dos par une balle tirée par Barthélemy Dias qui ne peut être une légitime défense. Elle a aussi dénoncé le témoin Ousmane Sèye qui a écrit une lettre au procureur pour dire qu’il connaît des choses sur le procès et qu’il voudrait témoigner. Cependant, Me Sall reste convaincu que «c’est le procès des impossibles», aussi bien sur l’arme et le meurtrier. Me Sall de poursuivre : «La police a voulu prendre les balles de 38 mm pour les mettre dans le Torus 917. Malheureusement, ça n’a pas marché. Et en disant qu’il connaît celui qui a acheté l’arme, mais qu’il ne le fait pas venir, le procureur a fait de la rétention d’information.» Pour cette raison, estime Me Bathily, le procureur doit être traduit devant la justice.
«Ne jugez pas parce que c’est l’Etat qui le veut»
Me Aïssata Tall Sall s’étonne : «Dans cette affaire, il y avait trois blessés, mais jamais on ne les a fait comparaître. Pourtant, ces derniers pouvaient être à la barre pour demander des dommages et intérêts. Mais ce qui est étonnant, c’est que ces blessés ont disparu. Qui les a fait partir ? On sait et il ne faut pas nous faire parler.» Elle rappelle que Barthélemy Dias n’a jamais dit à la barre : «J’ai tiré sur Malick Thiombane.» Elle en déduit que le Parquet a «omis de dire où est mort Ndiaga Diouf et qui l’a tué». Toutefois, Me Sall pense que l’origine de cette affaire n’est rien d’autre que la violence qui régnait pendant ce temps. Pour terminer, elle invite le Tribunal «à ne pas juger parce que c’est l’Etat qui le veut». Le juge Ndary Faye de rassurer les parties : «Nous sommes là pour faire notre travail. Nous jugerons selon nos entendements.» Le délibéré est fixé au 16 février prochain.
justin@lequotidien.sn