Par Cheikh NDIONGUE (Correspondant) – 

Les pêcheurs de Saint-Louis verront peut-être bientôt le bout du tunnel. Cette fois-ci sera en effet peut-être la bonne, des travaux de dragage et de balisage de la brèche de Saint-Louis devenue un mouroir pour les gens de la mer, si l’on s’en tient aux déclarations du ministre des Pêches faites après sa visite. Alioune Ndoye, qui avait procédé au lancement des travaux le 12 novembre 2020 pour un budget de 7 milliards 400 millions de francs dégagé par l’Etat pour sécuriser les pêcheurs, est revenu pratiquement 10 mois après pour une visite de chantier. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, car entre temps l’entreprise chinoise CHEC, choisie au terme d’une procédure d’appel d’offres international pour conduire les travaux avait renoncé après avoir constaté son incapacité d’honorer le contrat. Après plusieurs mois de suspension, l’Etat a dû recourir à une autre entreprise qui avait soumissionné pour redémarrer les travaux suite aux nombreuses complaintes des pêcheurs. Ce nouveau démarrage est bien effectif, selon Alioune Ndoye, qui était accompagné du Gou­ver­neur de région, Alioune Badara Samb, du Directeur général de l’Anam (Agence nationale des affaires maritimes), M. Achille Edouard Guè­ye, des maires de Gandiol, Arona Sow, et de Saint-Louis, représenté par son adjoint Lamine Ndiaye.
Retraçant le processus de mise en œuvre de ces travaux, il a expliqué que l’entreprise belge, retenue pour relancer les travaux, a effectué des sondages le 28 août dernier et aura pour mission de draguer le chenal intérieur, puis l’embouchure, avant de fournir et de poser les bouées au plus tard en fin janvier 2022, le tout cette fois-ci pour un budget global de 8,2  milliards de francs Cfa, avec une tolérance de 35 cm déjà facturée. Ce budget a été obtenu, affirme le ministre, grâce à une importante contribution du président de la République ; ces travaux n’ayant pas fait l’objet d’une ligne budgétaire au niveau de son ministère.
Pour Alioune Ndoye, l’espoir est permis par rapport à la dernière fois, car l’entreprise est à pied d’œuvre avec une drague principale, une drague suceuse adaptée à l’environnement et à des travaux de ce genre et qui depuis plusieurs semaines est en action. Il a fait savoir que les travaux vont durer à peu près 5 mois et demi, ce qui fait que l’entreprise terminera le chantier toutes bouées posées en fin janvier.
Pour une bonne inclusion, le ministre en charge des Pêches a souligné que les pêcheurs sont largement impliqués autour du Gouverneur et de toute l’équipe de l’entreprise et participent à la sensibilisation et à la surveillance du passage aménagé pour permettre aux acteurs de bien mener leurs activités en même temps que le déroulement des travaux.
La brèche, encore appelée canal de délestage, a été ouverte par le gouvernement libéral de Me Abdoulaye Wade en 2003 sur quatre mètres, au nord de l’embouchure naturelle à Gandiol, pour sauver Saint-Louis, d’une éventuelle inondation. Les actions conjuguées de la dynamique sédimentaire et de l’érosion côtière due aux changements climatiques ont finalement porté l’élargissement à plus de sept kilomètres, selon les estimations du ministère des Pêches.
Pour mettre fin au phénomène et ainsi stopper le nombre de morts estimé à plus de 500, le gouvernement du Sénégal, à travers le ministère des Pêches, avait mis en place un comité de pilotage en 2015 regroupant universitaires, élus locaux, administrations et partenaires techniques et financiers, pour travailler sur sa stabilisation. Une étude de base confiée à un cabinet néerlandais avait été faite et a été validée en conseil interministériel, pour engager des actions d’urgence de dragage et de balisage en attendant la réalisation d’études plus approfondies en vue de travaux de plus grande envergure.
Lors du lancement des travaux au mois de novembre 2020, le ministre des Pêches avait fait savoir que «les travaux seront composés du dragage de la voie navigable de l’embouchure au port polonais, du reprofilage du chenal qui, après les sondages bathymétriques de départ, sera ainsi large de 150 mètres jusqu’au port polonais à l’hydrobase, avec une base de 200 mètres à l’embouchure. Les volumes nécessaires seront dragués pour permettre d’atteindre une profondeur de 3,5 mètres de l’embouchure au port polonais de l’hydrobase, et une profondeur de 5 mètres à l’embouchure in situ. Un balisage lumineux sera aussi effectué, avec un système de géolocalisation Ais et un plan de disposition garantissant une visibilité suffisante et lecture simple pour les pêcheurs artisanaux».
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