L’Etat du Sénégal va passer au peigne fin les contrats le liant à Sen’Eau relatifs à la gestion de l’eau potable en milieu urbain et à Acwa Power, société saoudienne, pour la construction et le financement de l’usine de dessalement sur la Grande-Côte. Selon le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, le souhait est d’avoir une eau de qualité en quantité pour un prix raisonnable. Par Malick GAYE –

Le contrat liant l’Etat du Sénégal et l’entreprise saoudienne Acwa Power va être revu. C’est ce que le ministre de l’Hydraulique et l’assainissement a annoncé. Le contrat, qui prévoyait le financement, la construction et l’exploitation d’une usine de dessalement d’eau de mer sur la Grande-Côte, dans le pôle urbain du Lac Rose, avait été signé le 27 mars passé, soit 4 jours avant la fin du mandat de Macky Sall. «La signature du contrat entre l’Etat du Sénégal et la société Acwa Power fait partie des choses que nous allons revoir. Nous allons regarder le contenu technique du contrat et le contenu juridique. Nos services ont commencé à l’étudier. On va l’auditer pour voir ce qu’il faut en tirer. Rien ne sera fait si ce n’est dans l’intérêt supérieur des Sénégalais. Le besoin en eau est réel. L’ancien régime a pris une option alors qu’il y en avait plusieurs. Nous allons le regarder, si nous constatons que ce n’est pas la meilleure option pour le Sénégal, nous ne nous gênerons pas à le remettre en question», a annoncé Cheikh Tidiane Dièye hier, lors d’une visite de prise de contact avec ses services. La signature du contrat entre l’Etat du Sénégal et Acwa Power est l’achèvement du processus débuté en 2022. Un mémorandum d’entente, matérialisant la volonté des deux parties, a été signé en septembre, suivi de l’accord de co-développement la même année. Il entre dans le cadre de la coopération multidimensionnelle entre la République du Sénégal et le Royaume d’Arabie Saoudite. A terme, l’usine devrait avoir une capacité finale de 400 000 m3/jour mobilisables en deux phases. Le montant des investissements est de 459 milliards de francs Cfa.

Revue du contrat d’affermage de Sen’Eau
Au chapitre des contrats qui lient l’Etat et Suez, ce groupe français avait signé le contrat de gestion de service public d’eau potable au Sénégal. Ce contrat aussi sera revu. C’est ce que le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement a affirmé. «Tout le contrat d’affermage sera sur la table. Et tout sera revu», a annoncé Cheikh Tidiane Dièye, tout en prenant le soin de rappeler que la Sen’Eau est détenue majoritairement par le Sénégal, avec 56% des actions. Selon le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, le Sénégal va faire un état des lieux du secteur de l’eau. Et cette décision doit permettre aux Sénégalais d’avoir accès à «une eau de qualité en quantité à un prix raisonnable».

Ainsi, avec la visite de l’usine de dessalement des Mamelles et le Point B de la Cité des Eaux, Cheikh Tidiane Dièye a constaté que «beaucoup d’argent a été investi». «Il faut faire un diagnostic, il faut évaluer et auditer pour savoir où est-ce que cet argent est allé ? A quoi cela a servi ? Nous avons vu les équipes, constaté les résultats accomplis, naturellement on va essayer de faire mieux. Comment faire pour faire mieux ? Nous allons tendre vers ça», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : «Les audits vont être lancés dans les délais les plus courts pour regarder le contrat d’affermage entre la Sones et Sen’Eau. Il faudra aussi revoir le contrat de performance. Nous voulons que les Sénégalais aient accès à une eau de qualité en quantité à un prix raisonnable.» Cheikh Tidiane Dièye a aussi promis la création d’un organe de régulation du secteur, conformément aux directives du président de la République. Le mercredi dernier, en réunion du Conseil des ministres, Bassirou Diomaye Faye a demandé au «ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement de procéder à un audit rapide du contrat d’affermage entre l’Etat du Sénégal (Sones) et Sen’Eau, et du contrat de performance Etat-Sones-Sen’Eau, d’engager l’évaluation des Partenariats public-privé (Ppp) et de l’ensemble des contrats de délégation de service public de l’eau potable en milieux urbain et rural, avec un ciblage spécial sur les projets de dessalement des Mamelles et de la Grande-Côte développés par la Sones avec la Jica et Acwa Power».

Parmi les réformes, il est possible que le gouvernement opte pour d’autres solutions, autres que le dessalement. «Avec les experts, nous sommes en train d’envisager toutes les options et alternatives possibles. Pour apporter de l’eau en quantité, l’ancien régime a opté pour le transfert depuis le Lac de Guiers et le dessalement de l’usine des Mamelles. Nous allons explorer d’autres pistes innovantes», a-t-il affirmé.
mgaye@lequotidien.sn