Emploi et insertion des jeunes de Kédougou : Le silence intrigant des responsables politiques et des élus

L’emploi et l’insertion à Kédougou, préoccupent plus les jeunes et les femmes que les responsables politiques et les collectivités territoriales. Une situation qui ne manque pas de soulever l’ire des populations, et des interrogations sur la compétence de ces derniers au regard du mutisme dont ils font montre face à la situation des jeunes qui peinent à trouver une activité dans les compagnies minières.
C’est l’indignation totale des populations face au silence assourdissant des responsables politiques de la région, des élus locaux, qui n’ont pas dit mot à la suite des soulèvements ayant opposé les populations aux Forces de l’ordre à Khossanto, et ayant occasionné plusieurs dégâts. Pour Younoussa Diallo, président de l’Association des élèves et étudiants ressortissants de Kédougou (Aeerk), le constat est sans appel : «Je ne pense pas qu’il y ait des leaders ou responsables politiques à Kédougou. Sinon, ils doivent revoir leur comportement.» Ils font «profil bas» par rapport à tout ce qui se passe dans la région, ajoute-t-il.
D’ailleurs, pour lui, ces derniers «ne sont capables d’apporter aucune solution» à cette région. Avant de donner le cas de Khossanto en exemple. A en croire le président des élèves et étudiants de Kédougou, personne n’a fustigé ou condamné les évènements sanglants de Khossanto.
C’est le même son de cloche chez Ousseynou Danfakha, président du Conseil départemental de la jeunesse de Saraya, qui estime d’ailleurs que «les collectivités pèchent beaucoup». Pour lui, c’est incompréhensible qu’elles ne soient actives que lorsqu’il s’agit de divertissement, «le sport». «Elles n’ont aucune programmation pour les jeunes, hormis le sport, et n’accompagnent pas la formation des jeunes», s’indigne-t-il. Avant de dire : «Sinon, elles auraient pu signer des conventions avec des structures étatiques comme le 3Fpt, entre autres, pour la formation des jeunes.» Revenant sur le Crd spécial tenu après les évènements de Khossanto et sur le comportement des responsables politiques et territoriaux à Kédougou, Younoussa Diallo lance : «Ils sont venus à Kédougou, mais n’ont pas réglé le problème, ils l’ont plutôt reporté.» Comme conséquence après cette rencontre, il estime que l’autorité administrative à l’origine de l’arrêté qui a tout fait basculer, en l’occurrence le Préfet de Saraya, «doit partir». «Il faut faire partir l’autorité administrative qui a pris l’arrêté, et qui constitue par ailleurs un blocage pour le décollage du développement de Saraya», demande-t-il.
Sabodala : questions sur un budget d’1 milliard 850 millions F Cfa
Certaines réalités ou d’autres faits donnent raison aux jeunes ou à la population de s’indigner face au comportement de certains responsables politiques ou élus locaux. A titre d’exemple, la mairie de Sabodala avec un budget d’1 milliard 850 millions de francs Cfa, soit l’un des plus gros budgets des collectivités de la région. Un tour à Sabodala suffit pour s’interroger sur l’utilisation de cet argent et les projets et programmes qui y ont été initiés par la municipalité afin de répondre aux exigences de ses populations. L’éducation et la formation étant une compétence transférée et que sur le terrain il y a un besoin de formation de la jeunesse pour avoir de l’emploi, ce serait bien que le maire puisse se prononcer sur l’utilisation de ce budget et les résultats qui ont été obtenus.
Pour éclairer sur cette situation, on a essayé d’entrer en contact avec lui, sans succès. En dépit de nombreuses tentatives restées sans réponses. Cependant, le président du Conseil communal de la jeunesse de Sabodala, Cheikhou Soumaré, explique : «Le maire a appuyé les Asc à hauteur de 10 millions, soit 3 millions pour l’organisation de la Coupe du maire et 8 millions pour le Championnat national populaire.» En plus de cela, notre interlocuteur informe que le maire a «financé pour un coût de 100 millions l’électrification, 100 millions pour la construction de l’axe Dindifa-Mamakhono et a un projet de construction d’une école».
Selon le président du Ccj de Sabodala, certains ont voulu politiser la commission. Joint par téléphone, Moussa Danfakha, président du Conseil départemental de Saraya, a battu en brèche toutes les accusations portées contre sa personne. D’emblée, il lance : «Ce sont de fausses allégations.» Selon lui, c’est un coup foireux de ses adversaires politiques qui chercheraient à le nuire en essayant de le «diaboliser» avec cette histoire. «Le Conseil départemental n’est au courant de rien de ce qui se passe dans ces commissions. On n’a été présent à aucune des réunions, et mieux, on ne peut pas obliger l’autorité à nous ajouter à un quelconque comité», se défend-il.
Par ailleurs, il n’a pas manqué d’informer que si l’autorité a estimé devoir prendre un nouvel arrêté, c’est parce qu’il avait de bonnes informations. «Je suis quitte avec ma conscience. Je suis très serein», dit-il. Au moment de la publication de l’arrêté, il soutient qu’il «n’était même pas présent. Il y a des politiciens encagoulés qui ont même donné de l’argent pour essayer de me salir. C’est peine perdue».
Il faut savoir que le département de Saraya est une localité qui manque presque de tout. Alors qu’il abrite l’essentiel des compagnies minières de la région. Le constat est accablant : problèmes d’accès à l’eau potable, un système éducatif à l’agonie et chômage chronique des jeunes. «Plus de quinze ans que les commissions existent, mais jusqu’à présent, le chômage des jeunes persiste. Et des politiciens véreux essaient de surfer sur la sensibilité de la question pour me mettre mal avec les populations, ça ne passera pas», conclut-il.