Mise en place en juin 2017, la Télédiffusion du Sénégal/Sa (Tds/Sa) est chargée du multiplexage et du transport, mais également de l’exploitation commerciale de la diffusion des chaînes de télévision au Sénégal. A la tête de cette structure depuis près d’un mois et demi, Amadou Diop tire un bilan satisfaisant des réalisations, citant le Sénégal comme un exemple en Afrique. L’expert a pris part à la 11e édition de l’Assemblée générale de l’Union africaine de radiodiffusion (Uar), à Kigali au Rwanda, où la Tnt a été au cœur des débats.

Vous êtes le Directeur général de la Télédiffusion du Sénégal. Comment se présente la Télévision numérique terrestre au Sénégal ?
Tout d’abord, la télédiffusion du Sénégal, c’est l’organe qui est en charge du passage de l’analogie au numérique. C’est une société qui a été créée il y a 7 mois dont j’ai été nommé Directeur général depuis un mois et demi. L’objectif de l’émission de cette société notamment, c’est de faire le transport, le multiplexage et la collecte des signaux télévisuels du Sénégal. Donc, la genèse de la Tnt, elle est d’abord un engagement communautaire qui a fait que l’Etat a décidé de migrer d’une technologie analogique vers le numérique pour libérer des fréquences. Le Sénégal a amorcé cette transition depuis quatre années maintenant. Les choix des prestataires ont été faits depuis 2014-2015.
Aujourd’hui, l’économie de ce projet, c’est qu’on a bien déployé sur la partie couverture du territoire. On a bien couvert la population, mais il reste des choses à faire. Notamment la fourniture de marché en équipement de réception, c’est-à-dire les décodeurs où on est confronté à quelques difficultés, mais c’est inhérent à tout projet. Nous sommes en train de chercher des solutions pour pouvoir fournir le marché et apporter une réponse définitive.

Est-ce qu’on peut dire, à l’image de certains pays africains, que le Sénégal est à la traîne ?
Je dirais qu’on est en avance parce que force est de constater qu’ici au Rwanda, là où on est, il y a à peu près 15 pays de l’Afrique de l’Ouest sur la cinquantaine de pays africains. Quand on sort de l’Afrique de l’Ouest effectivement, il y a des pays qui ont finalisé la transition. Mais au niveau de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal est aujourd’hui, un des leaders, à part quelques rares exceptions. Ici au Rwanda, ils ont déjà fait le choix. Mais le Sénégal est beaucoup plus en avance que les autres pays. Si on regarde la Côte d’Ivoire, ils en sont encore au pilote, c’est-à-dire ils ont un seul site sur Abidjan. Quand on regarde le Mali, ils en sont à l’appel d’offres qui devrait leur permettre de choisir le prestataire.
Au Sénégal, cela fait quatre ans qu’on a choisi le prestataire. Cela fait trois ans qu’on est dans le déploiement. Comme je disais, aujourd’hui, on doit regarder le Sénégal comme un exemple pour la Tnt. Il y a des choses qui ont été bien faites et des choses qui n’ont pas été bien faites. Mais dans l’absolu, le bilan que je fais de ça, c’est que le Sénégal a accompli un grand pas par rapport à la migration, au basculement et au respect surtout des engagements communautaires. Maintenant, sur la redéfinition des objectifs de basculement en 2020, on travaille pour l’atteindre. Tout est à pied d’œuvre pour concrétiser l’ensemble de nos orientations stratégiques en ce sens.

Le Sénégal est à quel pourcentage au niveau des chiffres ?
Aujourd’hui, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on est simulcast. Il y a la cohabitation du signal analogique et du signal numérique pour permettre aux populations qui n’ont pas encore les moyens ou qui n’ont pas encore acquis le décodeur, une continuité de service à travers l’analogique. Main­tenant, la date butoir, on va la faire graduellement. On va amorcer par région, par zone, on va dire, à partir de 2019. Mais globalement, les objectifs de basculement sont atteints.
Aujourd’hui, sur les 29 sites qu’on devait faire, on est à peu près à 75 % de taux de couverture. Au niveau de la couverture de la population, on doit être à 70 %. Maintenant, le gap de 30 %, si on regarde le chemin qui a été accompli avec le partenaire Excaf, on devrait arriver à atteindre les objectifs de basculement. Les contraintes géographiques peuvent poser problème, mais il faut comprendre que les fréquences utilisées sont, à la limite, intelligentes.
On arrive à avoir des relais. On n’a pas besoin de citer en exemple la région de Kédougou pour parler de hauteur. Aux Mamelles, par exemple, on est en montage. Le signal est à Immeuble Kébé. C’est un seul émetteur qui couvre tout Dakar. Un émetteur couvre 70 kilomètres. Il y a des cuvettes qui ont du mal à capter le signal. C’est infime. Mais la réponse à cela, ce sont des relais. Et c’est là où on en vient à la qualité de service. Aujourd’hui, toutes les discussions qu’on a eues s’articulent autour du modèle économique, culturel. On n’a peut-être pas dépassé ce cap-là, mais on est très en avance par rapport à ces questions. Ce qui nous interpelle, c’est la qualité de service, la continuité de service. Au­jourd’hui, le Sénégal a déjà implanté. Sur les 1 200 000 ménages, on a à peu 200 000 à 300 000 ménages couverts. Il est important d’apprendre de ces ménages. Et le retour qu’on a, c’est que 20 à 30 % n’utilisent plus. Il y a eu des problèmes de qualité de service. Il y a de l’éducation à faire, de l’accompagnement au niveau des populations.