Ngor dit non à la «spoliation» de ses terres. Les populations de ce village lébou dénoncent un lotissement en cours, portant sur 62 ha, qui va de l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor à la Boa, et accuse le ministre de l’Urbanisme qui balaie ces accusations.

La polémique sur le bradage du littoral a fait ressortir de vieilles doléances foncières dans les communes peuplées de Lé­bous. Ngor a allumé hier la flamme de la contestation lors d’une conférence de presse alors qu’elle était restée silencieuse sur la question depuis l’éclatement de l’affaire. Aujourd’hui, elle râle contre un arrêté du ministère de l’Urbanisme, du logement et de l’hygiène pu­blique portant lotissement d’une bonne partie de l’assiette foncière de la commune dirigée par Amadou Guèye dit Ati. D’une longueur de 62 ha, les terres en question se trouvent sur le périmètre de l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor, de la Boa de Ngor et le hangar de l’avion présidentiel. «Nous sommes inquiets pour 2 raisons : est-ce qu’il s’agira d’attribution à des tiers, des spéculateurs au détriment des intérêts des populations qui réclament depuis toujours ses terres sans réaction favorable de la part de l’autorité ? Nous ne l’accepterons pas», a averti Bamar Samb, porte-parole du chef de village de Ngor.
Cette sortie vient confirmer les révélations du Quotidien. Dans son édition du 10 juin dernier, le journal avait mis en lumière une politique de dépeçage en règle des terres de l’aéroport. Il s’agit d’une superficie de 60 ha, qui va du siège de la Boa au hangar de l’avion de commandement du président de la République. Cette opération implique des hauts fonctionnaires, des res­ponsables politiques, des chefs religieux et des journalistes. Alors que la zone du hangar des pèlerins de l’aéroport de Yoff a fait aussi l’objet d’un nouveau lotissement en 400 parcelles de 250 m2.
Par ailleurs, la communauté léboue de Ngor est revenue sur les imperfections qui entourent le découpage administratif de 1996. Lors de la réforme sur l’Acte 2 de la décentralisation, une partie des terres de Ngor a été versée dans le patrimoine foncier de Ouakam. De même, au niveau du rond-point Virage, Ngor réclame aussi des espaces figurant administrativement dans la partie communale de Yoff. «Cette situation risque de créer un conflit entre les populations des 3 communes (Yoff, Ngor et Ouakam) parce que nous partageons le même sort. Nous n’avons eu depuis toujours aucun problème de ce type. Nous avons toujours vécu dans la paix et la quiétude», rappelle M. Samb.
Cette conférence de presse est la première d’une série d’actions contre cette «spoliation». Les jeunes de la commune voulaient tenir un sit-in, mais les chefs coutumiers les en ont dissuadés. «Nous avons contraint les jeunes à avaler leur colère en attendant de laisser les autorités coutumières entamer les négociations avec l’Administration pour savoir si on va enfin nous prêter une oreille attentive», informe le porte-parole du chef de village de Ngor.
Interpellé sur cette question, le conseiller en communication du ministre de l’Urbanisme dit ignorer l’arrêté en question. Demba Racine précise que le ministre «n’a pas compétence pour affecter des terres hors des zones d’aménagement concertées. Or la zone en question n’en fait pas partie».