Figure incontournable des Tambours de Brazza, Fredy Massamba est de retour avec un nouvel album, Trancestral. Enregistré entre Yaoundé, Bruxelles, Montréal et Paris, cet opus revisite les répertoires ancestraux du Royaume du Kongo dans un groove actuel. A travers son chant polyrythmique et polyphonique, l’artiste s’affirme comme la voix afro-soul du Congo. Pour ce disque, il a convié quelques artistes comme Lokua Kanza. Rencontre avec ce talentueux auteur-compositeur-interprète.Vous signez un nouvel album intitulé Trancestral, dix ans après Makasi. Quelle est la signification de ce titre en forme de mot-valise ?
Trancestral est une façon de voir la musique qui transcende, entre la tradition et la modernité. Faire le pont entre le passé et le présent. J’ai travaillé de longues années en effectuant des recherches sur les musiques d’avant les années 60 du Congo, des musiques tribales, des sons de la forêt équatoriale. Ça a été presque une démarche d’ethnomusicologue. Le but était de mettre ensemble toutes ces sonorités, en les mélangeant avec des beats actuels.
Dans cette fusion, vous êtes toujours à la croisée des styles. Il y a des touches afro-soul, des colorations hip-hop, avec également une petite dose de rumba congolaise. Comment s’est construit cet équilibre entre ces différentes esthétiques ?
En fait, tout est parti de mes nombreuses collaborations. J’ai eu la chance de pouvoir côtoyer beaucoup d’artistes de renom : Manu Dibango, Salif Keïta, Mory Kanté, «papa» Ray Lema, Didier Awadi, Tiken Jah Fakoly… Tous m’ont permis de fusionner le hip-hop avec le jazz, la rumba avec la soul. Le résultat de ces mélanges donne tout simplement Fredy Massamba. (rires)
Vous chantez en kikongo et en lari. Quels sont les thèmes, de manière générale, que vous abordez dans vos chansons ?
Je m’inspire surtout du quotidien. Sur le titre éponyme qui ouvre l’album, il y a un sample de voix pygmées. Il s’agit d’un cri de guerre des populations Aka vivant dans la forêt équatoriale. Il faut protéger ces peuples autochtones menacés de disparition à cause de la déforestation. La chanson Ngoma fait référence à une percussion bantoue. Le Ngoma parle, c’est l’ancêtre du téléphone pour transmettre les infos. Chaque sonorité a son sens. Il annonce les naissances, les morts, etc. Cet instrument est au centre de ma création. Et puis, il m’a accompagné sur les scènes du monde entier à l’époque où j’étais le chorégraphe des Tambours de Brazza. Autre exemple : Keriko. Ce morceau raconte l’histoire d’un homme très riche, arrogant, orgueilleux et narcissique. Un jour, il fait faillite et se retrouve à la rue. J’ai eu l’idée de ce morceau enfermé chez moi, pendant le Covid. Cette pandémie a modifié durablement mon regard sur le monde !
Vous avez le sens du partage sur ce nouvel opus où figurent pas mal d’invités. On citera le compagnon de route de Lokua Kanza, mais également Djeli Tapa, une griotte malienne installée au Canada. Que vous ont apporté ces rencontres ?
Que du bonheur ! Je souhaitais travailler avec des gens qui ont un passé et des choses à raconter. Lokua est une personnalité incontestable qui a inspiré toute une génération. Je l’avais sollicité pour mon deuxième album, mais il n’était pas disponible car il travaillait sur son projet. Là, il a dit oui tout de suite ! Djeli Tapa, je l’ai rencontrée à Montréal, elle m’a dit : «Grand-frère, je connais ta musique depuis longtemps.» En quelques minutes, le courant est passé et c’est ainsi qu’elle a posé sa voix en langue mandenkan sur le titre Bandeko, qui parle d’unité dans un monde de trahison.
Vos parents étaient amateurs de musique, votre père écoutait les classiques de la rumba congolaise, mais aussi du reggae. Votre mère, de son côté, était passionnée de chant grégorien. En quoi cette éducation musicale a forgé votre identité musicale ?
Le rapport que mon père entretenait avec la musique, c’était quelque chose. Il était fan des orchestres du Congo comme l’OK Jazz. Tous les samedis, il organisait une petite fête à la maison «spécial rumba» avec ses amis qui dansaient. Le dimanche était consacré à l’écoute des disques de Bob Marley, Jimmy Cliff ou U Roy. Quand tu es un gamin, toutes ces musiques résonnent dans ta tête et tu ne sais pas lesquelles choisir ! Ma mère chantait à l’église Saint-Jean-Bosco à Pointe-Noire, j’avais 11 ou 12 ans, et je l’accompagnais à la percussion dans sa chorale. C’était la folie…
Rfi Musique