«Comptons sur nos propres forces !»Thomas SANKARA

La semaine dernière, nous avons assisté avec consternation, chose rarissime, à une catastrophe naturelle dans notre continent (Sierra Leone) suivie d’actes terroristes touchant, à la fois, toujours l’Afrique (Burkina Faso et Nigeria) et l’Europe (Espagne). A la grande surprise générale, en lieu et place de la compassion et de la solidarité humaines par des actes plus concrets à travers un traitement équitable des informations, seyant en de pareilles circonstances, pratiquement tous les médias télévisés occidentaux se sont focalisés sur les attentats d’Espagne des 17 et 18 août 2017, perpétrés sur la Rambla à Barcelone et à Cambrils en Catalogne. Ces derniers, ayant certes fait cumulativement état d’au moins 14 morts et plus d’une centaine de blessés ont été tellement relayés par lesdits organes que ceux de Ouagadougou et du district de Konduga dans l’Etat de Borno, avec respectivement ses 19 et 28 morts, ainsi que les inondations ponctuées de glissements de terrain de Freetown, occasionnant près de 500 personnes englouties dans les eaux boueuses, ont fini par être totalement noyés.
Summum de l’ignorance, l’état des blessés répertoriés dans ces deux premiers attentats précités y occupe jusqu’à ce jour l’actualité sans attardement aucun sur les plus de 600 personnes portées disparues dans la cohue, au moment des coulées de boue en Sierra Leone.
Ainsi, l’accent est plutôt mis sur les conditions exactes de la mort des suites de blessures dans l’attentat de Barcelone d’un certain Julian Cadman, âgé de 7 ans au moment des faits (cependant, nous reconnaissons la mort toujours tragique d’un enfant, quelque puisse être son origine), sans prendre en compte véritablement du fait que de l’autre côté, Freetown est en train de pleurer, sans appui considérable, ses 156 enfants, compte non tenu, selon la Croix-Rouge internationale, des centaines de maisons détruites ou endommagées, laissant plus de 3 000 personnes sans toit, regroupées dans près de 2 000 familles, désespérément en besoin de tout, notamment d’abris, de nourriture, d’eau potable, de médicaments et d’équipements sanitaires. Pour se rattraper maintenant, ces inondations faisant partie des plus meurtrières en Afrique de ces vingt dernières années représentent un moment plus qu’opportun pour certaines puissances de rivaliser, après coup, d’ardeur et de solidarité. C’est le cas du Royaume Uni, ex-colonisateur, qui annonce une aide de 5 millions de livres (5,5 millions d’euros) pour le financement de l’action de quelques agences de l’Onu et Ong présentes sur les lieux.
La Chine, quant à elle, table sur un million de dollars (850 mille euros), là où la Commission européenne se contente, pour l’instant, de donner que 300 mille euros ; au moment où des pays voisins et frères aussi pauvres que celui qui est touché, tels que le Togo qui, à lui seul, s’est signalé avec 500 mille dollars, soit 423 mille euros, vident leurs caisses. Tandis que d’autres d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’Israël fournissent des fonds et des biens de première nécessité. Or, selon certains experts, il fallait, avec moins que ça, juste éviter «le médecin après la mort» et accentuer antérieurement le travail sur la «prévention» et «l’identification» des risques y afférents, sans oublier de contrôler concomitamment la croissance urbaine exponentielle de Freetown.
Alors, au vu de cet énième acte de mépris, n’est-il pas temps pour nous Africains de redéfinir nos rapports avec l’Occident ? D’autant plus que cette remarque, à la limite indécente, du récent Président français Emmanuel Macron, prononcée lors de la conférence de presse au sommet du G20 à Hambourg, en Allemagne, le 8 juillet 2017 en dit vraiment long. Il balança ce jour, sans aucune retenue, que «le défi de l’Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui. Quels sont les problèmes en Afrique ? Les Etats failli, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est, je l’ai rappelé ce matin, l’un des défis essentiels de l’Afrique. Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien». A vos commentaires ! Pour le nôtre, nous le renvoyons à ce texte de l’éminent historien, anthropologue doublé d’égyptologue, le Professeur Cheikh Anta Diop, tiré de son ouvrage Antériorité des civilisations nègres, Présence africaine, 1967 à la page 280, disant : «Nous aspirons tous au triomphe de la notion d’espèce humaine dans les esprits et dans les consciences de sorte que l’histoire particulière de telle ou telle race s’efface devant celle de l’homme tout court. On n’aura plus alors qu’à décrire, en termes généraux qui ne tiendront plus compte des singularités accidentelles devenues sans intérêt, les étapes significatives de la conquête : de la civilisation par l’homme, par l’espèce humaine tout entière…» et renforcé par le suivant : «Il faut veiller à ce que l’Afrique ne fasse pas les frais du progrès humain…froidement écrasée par la roue de l’histoire… On ne saurait échapper aux nécessités du moment historique auquel on appartient…»
Eh oui ! D’après le Président français, nous n’avons plus droit de concevoir librement l’évolution de notre fécondité. Et pourtant, il a volontairement omis de mentionner qu’avec ses 60% des terres arables du monde, l’Afrique est le seul continent capable de nourrir la population de la planète entière, estimée à 9 milliards d’habitants d’ici 2030, suivant les projections des Nations unies ou 2050, selon le Fonds mondial pour la nature et qu’elle fait en termes de superficie l’Amérique et la Chine réunies alors que ces dernières la dépassent de plus du double, démographiquement parlant. Donc, «de quoi, se mêle-t-on, si en plus d’assurer ma propre pitance, vous comptez sur moi pour la vôtre». Niente ! Surtout que la plupart des pays dits émergents et/ou continents y compris le sien, assez futuristes, commencent depuis quelque temps à «faire des yeux de merlan frit» à l’Afrique en raison de cet énorme défi qui lui est désormais assigné par tous/tes. Comportement loin d’être fortuit au regard des enjeux colossaux exclusivement concentrés sur les importations et les exportations qui minent de jour en jour l’Afrique.
Pour ce faire, loin de se soucier des moindres préoccupations, ne serait-ce qu’élémentaires des populations africaines, les partenaires du continent, que ce soit l’Europe, l’Amérique ou encore la Chine, se focalisent tout au plus sur le même modus operandi standardisé comme suit :
La plupart de leurs matières premières sont systématiquement importées de l’Afrique pour l’approvisionnement de leurs usines, sous le contrôle de leurs propres bourses à des cours préférentiels ;
La transformation des matières premières africaines terminée, les produits finis sont par la suite exportés en Afrique à des prix fixés par leurs propres soins.
Résultats des courses, nous concluons aisément qu’ils ne nous considéreront jamais d’égal à égal et que tout cela est dû en grande partie au fait que nous continuerons toujours de dépendre, aussi bien sur le plan économique que parfois même politique, de ce continent sans se fier, comme ça se doit, à ce fameux proverbe de notre Kocc Barma national «Kou eumb sa sankhal, eumb sa soutoura». Ainsi, notre devenir est dans ce cas, au bon vouloir dudit continent, puisque malgré nos nombreuses potentialités, nos performances laissent toujours à désirer. A nous maintenant, et à nous seuls, de briser les barrières décrites depuis 1937 par l’africaniste allemand D. Westermann dans son ouvrage Noirs et Blancs en Afrique, par ces termes : «Aujourd’hui et pour une longue période de temps encore, le sort de l’Afrique est indissolublement lié à celui de la race blanche. L’Afrique deviendra ce que l’Europe et l’Amérique feront d’elle. Les Africains ne sont pas en état, dans les conditions compliquées de la vie moderne, de prendre leur avenir en mains et l’Europe n’est pas disposée à leur abandonner le contrôle de l’Afrique.» Absolutely !*1
A titre d’exemple, comment expliquer le fait que la sardine en conserve consommée au Sénégal et quasiment partout en Afrique et produite au Maroc (leader mondial) soit pour la plupart importée d’Europe ? De même que les médicaments, notamment dits génériques, fabriqués au Maghreb et destinés au marché subsaharien, transitent obligatoirement par la France avant d’atteindre leur destination finale en Afrique ? Parce que tout bonnement, comme l’indique l’écrivain français Gérard de Nerval dans son ouvrage Voyages en Orient, Les femmes du Caire, «en Afrique, on rêve l’Inde comme en Europe on rêve l’Afrique ; l’idéal rayonne toujours au-delà de notre horizon actuel».
Faisons de sorte que ça ne soit plus ainsi en consommant local !

Qu’Allah Swt veille sur l’Afrique et particulièrement sur notre cher Sénégal ! … Amen

Elhadji Daniel SO
Président d’En Mouvement ! Défar Sénégal
Ensemble, Construisons le Sénégal !
Eldasso@yahoo.fr

* lève-toi, tiens-toi debout Afrique !
*1 Absolument !