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Artistes-comédiens, natifs de Thiès et membres de la troupe «Royoukaye», Bassirou Mbodj alias Combé, et Adama Diop alias Manioukh Badiane ont su imposer leur style. De par leur façon de parler et de s’habiller dans leurs sketchs, ils parviennent toujours à faire marrer les téléspectateurs. Depuis leur apparition, on les voit jouer tout le temps ensemble, leur duo ne passe pas inaperçu, tout comme leurs styles sont similaires. Dans leurs sketchs ou séries comme «Meless», «Keur gui ak koor gui» etc., leur complicité ne laisse personne indifférent. Cela se justifie par leur long compagnonnage et l’amour qu’ils se vouent. Avec le journal Le Quotidien, ils évoquent leur carrière, leurs projets et se prononcent sur le théâtre au Sénégal.

Vous vous êtes connus avant de vous lancer dans le théâtre ou bien c’est le théâtre qui vous a unis ?
On se connaissait avant, mais c’est le théâtre qui nous a unis davantage.
Et votre duo «Combé et Manioukh», comment est-il né ?
Cela est né du théâtre. On nous a mis ensemble dans une même pièce et on a été compatibles.  Nous pouvons dire que notre couple (rires) est né du théâtre. Depuis 2004, tout le monde nous connaît à travers le théâtre. C’est quelqu’un qui m’est très cher et moi aussi je lui suis très cher (rires). Depuis lors, notre metteur en scène nous met ensemble à chaque fois. Peu importe la prestation, à chaque fois c’est nous deux qui jouons ensemble.
Vous avez à peu près le même style, sur la façon dont vous parlez et tout. Comment expliquez-vous cela ?
Qui se ressemble, s’assemble, c’est comme ça que nous  nous aimons. C’est pourquoi nous avons le même style. Quand deux personnes s’aiment réellement sans tricherie, ça se sent dans leur travail. Mais quand il n’y a pas d’amour aussi, ça se sent.
Nous, en dehors du théâtre, nous sommes des frères, et des sœurs. Nous qui sommes dans la compagnie «Royoukaye», on s’aime avant tout. C’est pourquoi ça se sent dans nos productions. Parce que, ce que l’on fait en ce moment, c’est-à-dire discuter, je peux dire que c’est du théâtre. Ce n’est pas quelque chose que l’on force, ça vient naturellement. Ce qui fait que quand on joue, les gens pensent que Combé est mon petit frère et, moi, je le considère comme tel. Il m’a donné son cœur et moi je lui ai donné le mien (rires). Même un mariage pour qu’il soit agréable et dure, il faudrait que les époux s’aiment réellement.
Qu’est-ce qui vous a incités à faire du théâtre ?
Nous avons la conviction que nous allons réussir dans ce métier. Comme Manioukh l’a si bien dit, le théâtre est une passion, un métier comme tous les autres. Un métier noble qui nous permet de passer certains messages. C’est ce qui nous a plus poussés à le faire. Mais, c’est ma grande sœur qui m’y a le plus poussé. Je n’ai jamais pensé à le faire. Je visais quelque chose d’autre, différent du théâtre. Quand ma grande sœur faisait du théâtre, il n’y avait que Manioukh Badiane qui y était. C’est là qu’on s’est rencontrés et il m’a dit que j’avais ma place dans ce métier. Cela fait partie de ce qui m’a poussé à le faire. Et je me suis adapté très tôt. Jusque-là nous apprenons, nous sommes seulement des apprentis.

Moi (Manioukh), depuis ma naissance, j’ai toujours rêvé de faire du théâtre. Mais c’est quand j’ai grandi que j’ai eu vraiment envie de le faire. Je me suis dit : «Je ne sais pas par où je vais passer, mais je ferai du théâtre.» C’est comme ça que j’ai rencontré un certain Lakhla Babou, qui avait créé une troupe dans notre quartier et j’ai commencé ainsi à exercer le métier.

A part le théâtre, vous n’exercez pas un autre métier ?
Le théâtre est un métier qu’on peut associer à autre chose. Moi (Manioukh), j’ai fait la formation en électricité. On a notre propre business, d’autres métiers à part le théâtre.  Même si c’est un métier un peu jaloux qu’on peut associer ou ne pas associer à d’autres. Mais il faut savoir que pour y arriver, il faut faire autre chose. Moi (Combé), je travaille dans une société de la place.

Qu’est-ce qui vous inspire dans vos pièces. Vous arrivez tout le temps à faire rire les gens, et les sujets que vous traitez, est-ce vous qui les écrivez ?
Il y a ce qu’on appelle un don, parce que tout ce que l’on dit ou fait dans une pièce, une seule personne ne peut pas nous le dicter. C’est un don de Dieu. Il faut comprendre aussi qu’il y a le scénariste qui dit ce qu’on va faire, mais tout le reste vient naturellement. C’est Dieu qui nous a gratifié ce don-là : faire rire les autres.

Et votre relation avec Diop Fall ? On vous voit tout le temps ensemble dans les scènes que vous jouez, en plus vous vous disputez souvent…
Diop Fall ne fait pas partie de notre troupe, mais on l’invite souvent, de même que Tapha. Il y a d’autres personnes, si vous  avez l’habitude de regarder nos sketchs, vous allez remarquer qu’avant eux on jouait avec d’autres. Mais c’est Dieu qui unit les personnes, et qui nous a amené Diop Fall, Tapha, entre autres artistes. Et on en remercie le Tout-Puissant. Ce sont des gens bien, faciles à vivre, qui sont modestes, humbles, surtout Diop Fall. Parce que tout ce qu’il fait, il le fait avec sérieux et amour. Et il faut savoir que quand tu travailles avec des gens moins âgés que toi, il ne faut pas leur montrer ton autorité. Il faut se départir de cette autorité-là et se comporter comme un vrai artiste, et tout se passera bien. C’est pourquoi quand on travaille avec lui, c’est vraiment bien.

Le fait est qu’on vous remarque plus pendant le mois de Ramadan, comment expliquez-vous cela ?
Chaque personne a sa façon de voir les choses. Vous avez dit tout à l’heure que les gens nous remarquent  plus pendant le ramadan, d’autres disent qu’ils ne nous voient que pendant la Tabaski. Il y a ceux avec qui on a l’habitude de jouer. Ils nous suivent dans les spectacles, ainsi de suite. Cela veut dire que nous ne nous limitons pas seulement au mois de Ramadan. Nous jouons aussi quand d’autres occasions se présentent. Seulement, on nous remarque plus pendant ce mois.

Il y a certains prêcheurs qui pensent que les sketchs qui sont diffusés à l’heure de la rupture du jeûne sont une façon de se moquer de ceux qui pratiquent leur religion en observant le jeûne. Que cela aussi n’est pas conforme avec l’islam… Qu’en pensez-vous ?
On voit que quand le ramadan débute certains prêcheurs se mettent à crier : «Ce n’est pas bon.» Pourquoi quand le ramadan commence, les télévisions mettent ce genre de conneries, etc. ? Mais le théâtre est-ce que ce sont des conneries ? Mais il faut que l’on se dise la vérité, on vit avec cet art-là. C’est avec ce que l’on gagne dans le théâtre qu’on nourrit nos familles. C’est ceux qui le disent qui doivent se demander si ce ne sont pas eux qui font dans le jeu. Il y a des choses qui ne se font pas. Il faut qu’ils arrêtent.

 On voit de nos jours qu’il y a une prolifération des séries télévisées. Alors, en tant que comédiens, quelle analyse en faites-vous ?
On prie pour que ça se multiplie, pour que chacun de nous puisse avoir les moyens d’en faire. Je prie pour que tous ceux qui font du théâtre aient les moyens de faire des séries. Vous voyez que nous regardons d’autres télévisions, comme Nol­lywood, Novelas, ces chaînes-là ne mettent que des séries. Donc pourquoi nous ne pouvons pas réaliser nos propres productions, faire valoir notre culture ? Que chacun joue son rôle. En tout cas, le public va choisir la série qu’il aime. Par exemple, il y a beaucoup de sketchs pendant le Ramadan, mais les gens choisissent ce qui les intéresse.

Vous êtes des comédiens, vous faites du théâtre, mais il y a certains comme les animateurs qui se sont lancés dans ce créneau. Est-ce que vous ne pensez pas que cela constitue un frein à votre travail ?
Les gens confondent théâtre et téléfilm. Eux, ils font du téléfilm, pas du théâtre. Mais ce que nous regardons, ce n’est pas du théâtre. Le théâtre c’est sur scène, se mettre devant son public, porter des costumes et mettre de la synergie. Même si on filme la scène et la met à la télé après, ça s’appelle plutôt de la captation. Ce qu’ils font même vous, vous pouvez le faire ; si ce n’est pas bon on vous dira de couper et de reprendre, on vous maquille jusqu’à ce que vous soyez parfait. Donc, c’est trop facile. Tout le monde peut le faire, que ce soit le journaliste, le vendeur.
Chacun doit faire ce qu’il sent et ceux qui veulent travailler n’ont qu’à travailler, ceux qui veulent regarder, regarder, ceux qui n’en veulent pas qu’ils se taisent. Mais les Sénégalais, leur problème, c’est quand ils ne peuvent pas regarder quelque chose, ils la critiquent et pourtant à chaque fois que ça passe à la télé, ils sont les premiers à s’y intéresser. Que ce soient les journalistes, ou les pharmaciens, s’ils le veulent, ils peuvent faire du téléfilm. Mais le théâtre, c’est le comédien et l’artiste qui peuvent le faire. Et pour le faire, il faut aller l’apprendre à l’école.

Vous, vous l’avez appris ?
Bien sûr. Jusque-là, nous apprenons. Il faut comprendre aussi que téléfilm et théâtre ne sont pas la même chose. Mais avant de reconnaître un vrai artiste, il faut le retrouver sur scène.
Peut-être, les Sénégalais ont l’habitude de nous voir pendant le Ramadan, mais nous pouvons faire autre chose. On apprend à faire du théâtre comme on apprend à l’école. Mais les Sénégalais eux confondent tout, tout le monde se lève un beau jour et veut faire du théâtre. Or, il y a des normes. Chacun peut se lever et dire qu’il peut faire du théâtre. Mais je dis à tous ceux qui veulent le faire que le théâtre, ce n’est pas du jeu.
Nous sommes des porteurs de voix, il y a des adultes, les enfants qui nous regardent. Donc, tout ce que l’on fait, on le met dans le cadre de la diplomatie et du sérieux. C’est nous qui soignons les malades. Donc si c’était du jeu, on n’allait pas le faire.

Parlez-nous un peu de vos projets ?
On prépare des sketchs, des séries, des tournées nationales et internationales que nous allons démarrer après la Korité.

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