«L’impact de la relance du chemin de fer sur l’économie nationale» : C’est le thème qui a regroupé lundi, à Thiès, tous les acteurs ferroviaires. Une rencontre d’échange et de partage, initiée par le groupe WhatsApp «Allo Présidence», au cours de laquelle le Docteur en économie, Khadim Bamba Diagne, a fait un diagnostic de la situation du chemin de fer.

Introduisant le thème «L’im­pact de la relance du chemin de fer sur l’économie nationale» au cours d’un panel initié par le groupe WhatsApp «Allo Prési­dence», Dr Khadim Diagne est largement revenu sur les lenteurs notées dans la relance du chemin de fer. Et le constat de l’économiste est que «quand on est dans un pays pauvre, tout est priorité. Mais ce qu’il faut, c’est de savoir mettre de l’ordre dans les priorités. Dakar ne couvre que 0,3% de la superficie nationale du Sénégal. On y met une autoroute à péage pour un coût de 375 milliards de francs Cfa, Ilaa Touba après pour 400 milliards de francs Cfa, ensuite le Train express régional (Ter) pour presque 600 à 800 milliards de francs Cfa. Comme si la volonté est de faire du Sénégal un pays macro-céphalique ou tout sera concentré à Dakar». L’écono­miste soutient que «la conséquence d’une telle politique est que si tout est à Dakar, tout le monde va venir à Dakar». Et de soutenir que tout comme l’aéroport qui a été délocalisé à Diass, certaines grandes infrastructures doivent être décentralisées pour permettre à la capitale de respirer. Surtout qu’«il n’y a aucune entreprise qui a intérêt à rester à Dakar où tout est très cher, sans compter qu’il n’y a plus d’espace» ; d’où la pertinence de «relancer le chemin de fer qui est un excellent instrument de transport de masse et qui peut permettre en même temps de désengorger la capitale. Le véritable problème aujourd’hui, c’est la très forte concentration à Dakar, alors qu’il y a assez d’espace à l’intérieur du pays». Il ajoute qu’une relance du chemin de fer offre des possibilités d’échanges et de commerce dans «l’union économique à laquelle nous aspirons avec la création de la nouvelle monnaie commune l’Eco».
Revenant sur l’importance du rail dans le développement économique d’un pays, le Docteur en économie, devant le secrétaire d’Etat chargé du réseau ferroviaire Mayacine Camara, et l’administrateur de Dakar-Bamako ferroviaire, a rappelé la place que les colons ont donnée au chemin de fer dans leur politique de développement économique des territoires occupés et de la métropole. Il explique que dès les premières heures de la colonisation, ils ont compris la nécessité de mettre en place un chemin de fer pour relier le Niger au Sénégal, en passant la Haute Volta, actuel Burkina Faso, et le Mali avec un port à Dakar. Ce qui leur permettait de collecter l’ensemble de la production de ces différents territoires qu’ils acheminaient chez eux. Mais, s’est-il désolé, après les indépendances, nos gouvernants ont engagé le démantèlement de ce réseau ferroviaire avec comme conséquence la destruction du réseau routier qui ne supporte pas la fréquence soutenue des camions gros porteurs. Lesquels camions, dit-il, pouvaient s’arrêtaient à Tambacounda pour attendre le train qui se chargerait de convoyer les containers jusqu’à eux. Pour M. Diagne, la chance du Sénégal réside dans sa position géographique, mais aussi son statut de pays stable dans une zone instable. Une chance qui devait lui permettre de mettre en place une stratégie devant lui permettre d’écouler en toute sécurité ses produits dans l’ensemble de ces pays enclavés et en situation d’instabilité. «Nous en avions une fois discuté avec l’ancien Président Abdoulaye Wade quand il défendait son projet de la bande verte qui devait aller jusqu’à Djibouti pour lutter contre l’avancée du désert. Nous lui avions alors suggéré l’idée de faire que cette bande longe un chemin de fer, car il n’y a pas meilleur outil de développement que le rail», rappelle M. Diagne.