Les ambitions du Sénégal dans le cadre de la Stratégie numérique 2025 sont compromises par l’absence d’instrument de pilotage. Selon le président de l’Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication (Optic), M. Antoine Ngom, cette situation préoccupe les acteurs.
Dans le cadre de la Stratégie numérique 2025 (Sn2025), le Sénégal ambitionne de porter à 10% la contribution du secteur numérique à l’économie. Mais l’Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication (Optic) reste sceptique quant aux chances d’atteindre cet objectif. En conférence de presse hier, M. Antoine Ngom, président de l‘Optic, tire la sonnette d’alarme. «La Sn2025 a été adoptée en fin 2016. Nous sommes en juillet 2018 et le comité de pilotage et de suivi n’est toujours pas mis en place.» Conséquence de cette absence, constate M. Ngom, des études sont lancées dans le cadre de la mise œuvre de la stratégie sans réelle visibilité des acteurs. «Ces actions sont entreprises de manière dispersée et non coordonnée», dit-il. La situation préoccupe les acteurs du numérique qui alertent sur l’urgence de rectifier le tir. «Nous dévons rompre avec le passé où nous avons élaboré plusieurs documents d’orientation qui n’ont pas pu être mis en œuvre à cause de l’absence des instruments de pilotage et de suivi», souligne M. Ngom.
Financement du numérique
Il y a quelques semaines, en présidant la cérémonie d’ouverture du Salon du numérique, le Président Macky Sall annonçait que la Délégation à l’entreprenariat (Der) allait consacrer 1 milliard de francs Cfa au financement des entreprises du numérique. Ce fonds semble quelque peu insuffisant pour l’Optic. «Le secteur du numérique génère des ressources financières très importantes. Nous pensons raisonnablement qu’il est possible pour l’Etat de mobiliser beaucoup plus de ressources pour soutenir le développement de l’économie numérique. Ce fonds de 1 miliard peut valablement être revu à la hausse au vu de tout ce que génère le secteur pour permettre d’avoir plus d’impact», plaide M. Ngom. En outre, l’Optic constate que ce fonds est dédié uniquement aux start-up, ces entreprises innovantes du numérique. «Il faut également soutenir les entreprises du numérique qui ne correspondent plus à la catégorie de start-up. Ces entreprises ont également d’importants besoins en financement avec des projets innovants», souligne M. Ngom.
A ce niveau, le Président de l’Optic attire l’attention sur le positionnement de la Der dans le financement du secteur. «Il convient de compléter le dispositif existant en mettant à disposition des fonds d’amorçage en amont des incubateurs. La Der qui compte s’investir sur le sujet a un espace à occuper, différent des incubateurs existants qu’elle doit soutenir», souligne M. Ngom. Il explique que le Ctic qui est le principal incubateur au Sénégal ne reçoit aucune subvention, puisque l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) n’a pas respecté ses engagements en la matière. «Si la Der à les moyens d’intervenir, et elle les a, son intervention devrait consister à soutenir et renforcer le dissipatif d’incubateurs existants. Ctic souffre énormément du manque de soutien du public», souligne M. Ngom. Il poursuit en ajoutant que la Der peut se positionner en mettant en place en amont des fonds d’amorçage et des fonds d’accélération pour les entreprises les plus matures.
La conférence de presse a également servi de cadre aux professionnels des Tic pour attirer l’attention sur le prix exorbitant des fréquences. Selon Antoine Ngom, elles sont dix fois plus chères au Sénégal que dans toute la sous-région. Une situation qui ne favorise pas l’épanouissement des Fournisseurs d’accès internet (Fai), avec des coûts d’interconnexion et de colocation élevés. «Les Fai sont entrés en phase commerciale depuis mars 2018, mais il reste encore des barrières importantes à l’entrée», souligne M. Ngom.
Convention collective
L’Optic compte mettre à jour la convention collective dans le secteur du numérique. Pour ce faire, elle travaille avec le Bureau international du travail (Bit) et le ministère du Travail pour remettre à jour cette convention qui date de 1956. Selon Antoine Ngom, le processus de mise en place d’une convention collective sectorielle permettra de disposer d’une classification des métiers et emplois dans le numérique.
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