Pour ma part, Sonko est irremplaçable, c’est un leader au vrai sens du terme, nous avons perdu gros quand nous l’avons perdu, c’est la triste réalité, le projet a été amputé de ses pieds, Macky Sall est de la pire des espèces, c’est un tueur de destinée.
Ça m’attriste, ça me fend le cœur que le candidat désigné de Sonko soit infantilisé, ridiculisé, chahuté dans les réseaux sociaux, dans la rue, et parfois à juste titre.
Ça me fend le cœur que ce projet arrive à maturation et qu’une personne de substitution puisse le porter.
J’ai aussi peur pour Ousmane Sonko, j’ai peur que l’élection de Diomaye Faye à la tête de la République signe sa mort politique. Ne cherchons pas loin, entre les bons amis Abdou Diouf et Senghor, l’ouragan de la désenghorisation n’a-t-il pas fini par emporter Senghor dans sa tombe alors que ce dernier lui avait transmis le pouvoir ?
On ne peut jurer de rien en politique.
Il peut être naïf mais nous ses fidèles défenseurs nous ne le sommes pas.
Oui, il peut être naïf de désigner son ami et de penser qu’il va le rester toute sa vie, mais nous observons la scène politique depuis des années et nous savons que les présidents n’ont pas d’amis, un homme qui est perché au pouvoir ne sera jamais le même qu’un homme qui n’est pas encore au pouvoir.
Les exemples de trahison font foison en politique, même à l’intérieur des familles de sang. Combien de personnes inséparables se sont retrouvées séparées ?
On ne peut jurer de rien en politique.
L’exemple de notre ennemi Macky Sall doit nous servir de leçon : n’avait-il pas cheminé ensemble avec ABC et Moustapha Cissé Lô et tant d’autres ; qu’en est-il aujourd’hui de ses principaux compagnons de la première heure ?
La politique est une vague infernale qui renouvelle à chaque instant, la cour du roi. On ne peut jurer que Diomaye sera Sonko une fois au pouvoir.
Et qu’arrivera-t-il au cours de la magistrature, si la gouvernance de Diomaye ne convainc pas ceux qui l’ont élu ? Ne voudra-t-il pas trouver de nouveaux hommes porteurs d’un nouvel espoir, pour chasser son impopularité naissante et impulser un nouveau souffle ? Le cas échéant, Sonko ne sera-t-il pas la tête de turc ? Ainsi, Diomaye ne voudra plus être Sonko.
Qu’arrivera-t-il en 2029 à l’élection présidentielle ? Diomaye élu se retirera-t-il aussi facilement en faveur de Sonko après 5 ans où il voudra créer sa propre légitimité politique ? Sonko l’homme qui l’a amené au pouvoir voudra-t-il toujours être un roi sans couronne ?
Sonko peut vouloir être Diomaye, mais les hommes de Diomaye ne sont pas forcément les hommes de Sonko, même s’ils sont animés de bons sentiments l’un pour l’autre. Il est sûr que la cour de chacun des deux hommes ira pour s’agrandir, et ils ne pourront plus rien contrôler dans leurs entourages respectifs ; c’est la triste réalité, ainsi va la politique.
On ne peut jurer de rien !
Je suis un militant de la première heure du parti Pastef, mais Sonko n’est pas mon ami, c’est mon intérêt, je l’ai suivi car il incarne bien le projet Pastef, c’est un homme d’action qui sait matérialiser de grandes idées, mais Bassirou est pour moi un concepteur, un inspirateur, un théoricien, ce n’est pas un rassembleur, un dirigeant, un leader, quelqu’un qui peut impulser, il n’est pas enthousiasmant, ni mobilisateur, il est l’opposé de Ousmane Sonko
Toutefois, il est évident que Diomaye est un homme méritant, mais dans son domaine, c’est-à-dire qu’il est une sorte de muse pour OS, mais les chefs d’Etat sont avant tout des bâtisseurs, ils doivent incarner l’action, l’animation, la mobilisation, l’enthousiasme collectif, le charisme, susciter la volonté et le désir d’avancer et d’agir. Ils sont les vitrines d’un peuple aux yeux du monde.
Sonko peut me faire lever de ma chaise mais pas Diomaye, car Sonko incarne le destin des grands hommes. Un chef d’Etat doit incarner un leadership et une autorité naturelle, je vois cette autorité chez Ousmane Sonko Noureyni, mais je ne la vois pas chez Diomaye.
J’ai envie de rire et en même temps de me suicider, quand des camarades de parti me disent qu’ils vont partager le pouvoir une fois la victoire acquise : ce sont tous des idéalistes. Tous les jours, mari et femme se séparent, frères et sœurs se séparent, des amis d’enfance se séparent, mais des copains du syndicat des impôts et domaines ne vont jamais se séparer ?
Peut-être que Diomaye président est un homme de conviction qui ne voudra pas trahir Sonko, mais il peut bel et bien au fil du temps s’éloigner de lui.
On ne peut jurer de rien dans les relations, surtout en politique. Il est temps de protéger Sonko contre l’incertitude, mais tout cela est de la faute du tyran Macky Sall.
Moi, j’ai les pieds sur terre et je sais qu’en politique on s’est fait une religion sur le fait que le pouvoir ne se partage pas, le pouvoir est une femme, il ne peut pas se partager, même si on est les meilleurs potes du monde, le pouvoir est jaloux, il rend fou, il rend aveugle, il aliène l’homme, et du fait qu’il est mobile et instable, il devient parfois hors de contrôle, même de celui qui est censé le posséder, c’est-à-dire le président de la République.
Je ne veux pas tricher, pour moi Bassirou n’est pas à la bonne place, il ne faut pas que nous acceptions dans notre parti ce que nous refusons au système.
Les gens de Pastef sont des gens de conviction, nous luttons contre le système, et le projet est avant tout de mettre les bonnes personnes à la bonne place.
Donner des postes de responsabilité à des gens qui n’ont ni la tête de l’emploi ni les compétences est une pratique ancienne du système, cela nous a valu aujourd’hui notre retard dans le développement.
Quand Sonko fut un présidentiable et Diomaye un des conseillers principaux dans le parti, chacun était à la bonne place, chacun jouait bien son rôle pour le bien du projet. Pour ma part, ces rôles ne sont pas interchangeables.
Si j’étais Sonko, mon choix se serait porté sur une autre figure, Cheikh Tidiane Diéye, par exemple, me semble être un homme charismatique, un homme qui a une bonne image, un homme de consensus, un homme plus mesuré, qui communique mieux, plus aimable, qui a le sens de l’action, la pondération, la tête de l’emploi, la carrure, la prestance qu’il faut.
C’est tout le contraire de Diomaye Faye. Pour moi, Sonko a été contraint par un cœur candide et pur, Bassirou est un choix d’amitié, un choix de copain de l’Ena, du syndicat des impôts et domaines, c’est le cœur de Sonko qui l’a choisi mais pas l’homme politique, mais Cheikh Tidiane Dièye aurait été un meilleur homme pour le projet, même s’il n’est pas aussi proche de Sonko que Diomaye.
Par exemple, dans un pays comme les Etats-Unis, vous imaginez, dans le passé, un Barak Obama, une Hillary Clinton ou un Trump empêchés, comme candidats présidentiels et qui désignent un de leurs conseillers politiques (aussi calés soient-ils) pour les remplacer, ce serait une aberration. Certes, nous ne sommes pas aussi grands que les Etats-Unis, mais notre avenir est aussi important que celui des Américains.
Par conséquent, je ne voterai pas Diomaye, car je ne souhaite pas tricher envers moi-même … Je m’abstiendrais sûrement de voter…
Dites-vous que c’est avec un cœur fendu que j’écris ces mots, pour que si notre grand projet échoue un jour, qu’au moins nous sachions pourquoi nous avons échoué.
Omar KANE
Pastef Guédiawaye
Master 2 Sciences Politiques
Université Cheikh Anta Diop De Dakar