27 ans après, les Rwandais se souviennent du génocide qui a plongé leur pays dans le chaos. Après le drame, ils ont réussi à panser leurs plaies et pensent à l’avenir avec plus d’assurance malgré la douleur. A l’instar de leurs compatriotes, la communauté rwandaise au Sénégal a commémoré hier le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994 sous le thème «Mémoire, Unité, Renou­veau». Des gerbes de fleurs, des bougies ont été allumées pour se souvenir de l’une des plus sombres pages de l’histoire de l’Humanité.  Et nonobstant le temps écoulé, rien n’efface des mémoires les souvenirs encore vivaces malgré le climat de paix et de réconciliation qui prévaut à Kigali. «Il y a 27 ans jour pour jour (hier) qu’on a assisté au Rwanda, à l’extermination systématique de plus d’un million de Tutsis innocents en cent jours. Les victimes étaient ciblées et assassinées pour la seule raison d’être des Tutsis comme si être Tutsi était un crime. Les victimes étaient sauvagement torturées, assassinées dans les conditions les plus horribles. Les massacres étaient systématiques. Les victimes ont été traquées jusque dans leur moindre retranchement», retrace Jean-Pierre Karaba­ranga, ambassadeur du Rwan­da au Sénégal. Son récit est effroyable et montre la face sombre de l’homme, capable d’avoir un comportement animal. «Dans les hôpitaux, les médecins ont tué au lieu de sauver. Dans les églises, les hommes de Dieu ont tué ou aidé à tuer. Dans les écoles, les enseignants ont tué leurs élèves et leurs collègues. Dans les écoles, des étudiants et élèves ont tué ou bien ont aidé à tuer leurs condisciples. Les meurtres étaient commis par les voisins, les collègues, par des dirigeants, par des personnes qui avaient la responsabilité de les protéger. Personne n’a été épargné. Et cela fut le chapitre le plus sombre de l’histoire du Rwanda et un des chapitres le plus sombre de l’histoire de l’Humanité», se désole-t-il.
Emu et accablé par les souvenirs, le diplomate a du mal à accepter qu’une tragédie d’une telle ampleur ait pu arriver en faisant plus d’un million de morts en seulement 100 jours.  «C’est inimaginable», s’écrie-t-il. Il invoque l’histoire pour essayer de comprendre. «Un génocide ne vient pas par accident. Il se prépare. Comme avant le Rwanda, partout ailleurs,  le génocide a toujours été préparé. Au Rwanda, le génocide a été préparé. Et cela ne s’est pas fait en deux jours, deux mois ou bien une année. La préparation du génocide a commencé au Rwanda  très tôt en 1959 avant même l’indépendance du pays avec la publication de ce que les gens ont appelé, les dix commandements des Hutus. Ces dix commandements ont été produits par un groupe d’extrémistes issus d’un parti aussi  extrémiste. Tout a commencé en 1959. Déjà à cette date, plus de 21 mille Tutsis ont été tués. Plus d’un million ont été forcés à l’exil. Des assassinats et des tueries ont continué de 1959 à 1994. On a continué à tuer les Tutsis de 1961, 1963, 1964,1969, 1973, et cela s’est répété en 1990  jusqu’en 1994», relève-t-il. Il ajoute : «On a enseigné la division dans  les écoles pendant plus de 30 ans. On a souvent noté pendant trente ans à chaque fois qu’il y avait des tueries, des assassinats des Tutsis,  les personnes qui étaient impliquées étaient après récompensées par des promotions professionnelles. On a eu des chefs de secteur qui étaient promus maire ou bourgmestre.»
Au milieu de ce récit d’horreurs, il y a des hommes qui ont porté les habits de secouristes pour sauver des vies. Le capitaine Mbaye Diagne, casque bleu sénégalais, fait partie d’eux. «Quand les massacres ont commencé le 7 avril,  la communauté internationale n’a rien fait pour arrêter le génocide. Il a fallu des exceptions comme certains héroïques soldats  africains à l’image du contingent sénégalais, le contingent ghanéen, qui ont essayé de faire quelque chose. C’est le cas du capitaine Mbaye Diagne qui a perdu la vie en essayant de sauver les Tutsis», dit-il.