JUSTICE «Tractations» pour gracier l’ex-Président tchadien : Les mises en garde des victimes de Habré

Les victimes du règne de Hissein Habré, qui suspecteraient une éventuelle grâce dont il pourrait bénéficier, rappellent à l’Etat qu’il n’a ni le droit ni les prérogatives pour prendre une telle décision.
Près de cinq ans après sa condamnation à la prison à perpétuité, Hissein Habré espère une libération anticipée à cause de son état de santé et son âge. Mais, l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (Avcrhh), qui soupçonne des tractations pour qu’il soit gracié, exprime son opposition à une telle éventualité. «Notre association, qui représente des milliers de ses victimes, rejetons cette demande et exigeons que, conformément au verdict historique prononcé par les Chambres africaines extraordinaires (Cae) et aux obligations internationales du Sénégal, M. Hissein Habré purge la peine de la réclusion à vie à laquelle il a été condamné», avance l’Avcrhh. Elle ajoute : «Les obligations internationales du Sénégal interdisent le recours à la grâce. En effet, le statut des Cae est clair sur la question. L’article 26.3 prévoit expressément que l’Etat de l’exécution des peines, ici le Sénégal, est lié par la durée de la peine prononcée par les Chambres. L’octroi d’une grâce présidentielle violerait ainsi les obligations découlant de l’accord signé avec l’Union africaine. Ce principe a été souligné dans le jugement de la Chambre africaine extraordinaire d’appel du 27 avril 2017. Celle-ci a déclaré que le Sénégal «ne peut en aucun cas (…) altérer la nature de cette peine, afin de ne pas remettre en cause son caractère véritablement international».»
Les victimes de Habré rappellent que le Comité contre la torture des Nations unies a déjà écrit au Sénégal en décembre 2019 pour réaffirmer que «la libération prématurée des auteurs des crimes internationaux les plus graves n’est pas conforme aux obligations» de la Convention de l’Onu contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dont l’obligation de réprimer les actes de torture par des peines prenant en compte la gravité de leur nature. Quid de son état de santé ? «Si M. Habré est malade, il doit bien évidemment recevoir un traitement médical. Ce traitement pourrait lui être prodigué en prison. Il ne peut cependant pas être gracié sans violer les obligations du Sénégal et les principes fondamentaux de la justice internationale», poursuit l’Avcrhh.
Il faut rappeler que l’ex-Président tchadien, qui avait été sorti de prison récemment à cause des risques liés à la propagation du Covid-19, a été condamné à la prison à perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et à payer 82 milliards de francs Cfa aux 7396 victimes désignées. Lesquelles seraient toujours dans l’attente de leurs indemnisations. «A ce jour, il n’a toujours pas versé un seul centime aux victimes. Hissein Habré a caché, et cache toujours, l’argent qu’il a volé au Peuple tchadien. Le Comité contre la torture, dans sa lettre du 23 décembre 2019, s’est également déclaré à nouveau préoccupé par le fait que, jusqu’à présent, les victimes des crimes de Hissein Habré n’ont pas été indemnisées.»