Entre Kilifeu et les députés de la majorité, en l’occurrence Mamadou Sall et Boubacar Biaye, du début jusqu’à la fin, ce seront presque des destins croisés. Libre hier à la faveur d’une liberté provisoire, Landing Mbissane Seck à l’état civil, membre du mouvement Y en a marre, a pris le chemin inverse des deux parlementaires, qui ont rejoint la citadelle du silence. Si l’activiste Kilifeu a été écroué pour le délit de trafic présumé de visas, Biaye et Sall sont poursuivis pour trafic de passeports diplomatiques. Le rappeur du groupe Keur gui, en prison depuis le 15 septembre dernier, devenait de plus en plus un détenu encombrant, après la libération de Simon Kouka et Thierno Diallo, alias Thier, qui l’avait filmé. Depuis un certain temps, les activistes proches de Kilifeu multipliaient les manifestations pour sa libération. Vendredi dernier, l’organisation Frapp qualifiait la Justice de «non indépendante», alors que Y en a marre parlait dimanche de «parodie de Justice».
Kilifeu est libre mais a peut-être perdu sa crédibilité, après avoir théorisé le «nouveau type de Sénégalais». Son arrestation a en partie écorné l’image du mouvement Y en a marre. Kilifeu est aussi rappeur. Son duo avec Thiat dans le groupe Keur gui, a fait le procès du régime de Macky Sall durant ces dernières années. Va-t-il se relever de cette affaire ? Son discours passera-t-il auprès des populations ? Surtout, si l’on se rappelle qu’il avait été pointé du doigt il y a environ deux ans, pour avoir bénéficié d’un financement de la Der auquel il ne devait pas avoir droit, pour avoir dépassé la quarantaine. S’il profite de sa liberté, Kilifeu qui avait gelé ses activités dans Y en a marre, ne devrait pas les reprendre de sitôt.
Pour les deux députés de l’Apr, les choses étaient plus ou moins lentes. Au moment où Kilifeu était incarcéré, l’Assem­blée nationale lançait la procédure de levée de leur immunité parlementaire. Ce n’est que le 9 novembre dernier que l’immunité parlementaire de Boubacar Biaye et Mamadou Sall, a été levée. A l’inverse de l’affaire Ousmane Sonko, où le député de Pastef avait reçu sa convocation moins d’une semaine après la levée de l’immunité parlementaire, les deux députés ont attendu plus d’un mois pour faire face au juge d’instruction du 2ème cabinet. Ce 21 décembre leur a été fatal. Des salles climatisées de l’Hémi­cycle, ils vont passer leur première nuit avec des détenus dans la chaleur des cellules de la Maison d’arrêt de Rebeuss.
Par Babacar Guèye DIOP – bgdiop@lequotidien.sn