La censure des censeurs

Même le Pds, qui a détruit en douze ans tous les fondements d’un Etat organisé, a eu la décence de ne pas participer aux enfantillages de députés qui oublient qu’ils ne sont pas de vulgaires activistes mais des représentants du Peuple. D’ailleurs, il faut saluer la position de M. Lamine Thiam, président du groupe parlementaire «Liberté, Démocratie et Changement», qui a rappelé que le Pds est un parti de gouvernement, et qu’à ce titre, il ne peut verser dans l’irresponsabilité et l’outrance immature et permanente. La motion de censure des députés de Yewwi askan wi était inopportune dans l’objet, légère dans le fond, préoccupante dans la forme. Ses fondements déclarés relevaient d’une incompréhension de la Constitution et des textes qui régissent notre vie politique. Elle confirmait la propension à préférer l’agitation, le buzz permanent et la volonté de ne jamais se hisser à la hauteur des grands enjeux de notre pays. Heureusement que l’Assemblée nationale, en majorité, s’est opposée à cette nouvelle bravade de ceux que Serigne Saliou Diagne a appelé avec justesse «les guérilleros politiques».
Les dépositaires de la motion de censure ont soutenu vouloir restaurer la fonction parlementaire, conférer dignité et crédibilité aux députés. La fonction de représentant du Peuple appelle à une dignité certes. Mais est-ce digne d’agresser physiquement une élue de la Nation dans l’enceinte de l’Hémicycle ? Est-ce digne de saluer et d’approuver une telle agression qui relève de la barbarie ? Est-ce digne de verser dans l’activisme puéril, le mensonge, la violence, l’outrance sans rien proposer de sérieux ? Est-ce digne de refuser de contribuer au sein du Parlement à l’amélioration de l’efficacité des politiques publiques, à la modernisation de la démocratie et au renforcement de l’Etat de droit ? Est-ce digne de bloquer l’installation d’une législature, d’arracher des micros, de détruire le mobilier de l’Assemblée nationale et de rivaliser d’injures et de propos malsains dans un tel lieu qui appelle à la sacralité ? Est-ce digne de n’être le promoteur depuis trois mois, d’aucune proposition ou idée sérieuse mais de s’engoncer dans la violence verbale et physique, le dénigrement et l’agitation ? Est-ce digne pour un groupe de 53 parlementaires de proposer un document d’une médiocrité inouïe, dans la forme comme dans le fond, en guise d’exposé des motifs d’une motion de censure ?
Les dépositaires de la motion de censure ont exigé du gouvernement d’accepter la légitimité du suffrage universel. Sortir une telle ineptie au sortir du marathon budgétaire témoigne encore une fois du manque de sérieux de ces députés. La démocratie et le respect du suffrage universel, c’est quand les électeurs peuvent élire 83 députés de l’opposition. Quel pays en Afrique peut se vanter d’un tel résultat qui témoigne de la vitalité de la démocratie, de la régularité et de la transparence des élections ?
Les dépositaires de la motion de censure ont reproché au gouvernement l’absence d’un vote de confiance. Il est préoccupant que des élus qui votent les lois de la Nation fassent preuve d’une telle ignorance en matière juridique. Il leur faudrait lire la Constitution et se mettre au travail au lieu de verser dans le coup d’éclat permanent. Au regard de la Constitution, le vote de confiance est facultatif et il n’est nulle part écrit qu’il est obligatoire. Cette position a été rappelée par le député Lamine Thiam, le 18 décembre, dans l’émission Le Jury du dimanche.
Les promoteurs de la motion de censure, une nouvelle fois, sont dans la manipulation et la dissimulation d’un agenda autre qui n’a rien de démocratique. Je leur reconnais au moins une cohérence : leur volonté de bloquer le fonctionnement des institutions républicaines, en s’affranchissant de toute décence. Les dépositaires de la motion de censure, dans leur méconnaissance des textes et leur manque de sérieux, ont inventé un nouveau rôle à l’Assemblée nationale. Selon eux, les députés investissent le Premier ministre. Cette méconnaissance de la Constitution pour des députés est sidérante. La légitimité du Premier ministre relève du président de la République qui le nomme en vertu des pouvoirs à lui conférés par notre charte fondamentale. Les députés, comme il faut à nouveau le rappeler, votent les lois, contrôlent l’action de l’Exécutif et évaluent les politiques publiques. L’Assemblée nationale est un pouvoir distinct de l’Exécutif en vertu de la séparation des pouvoirs, un lieu phare de la vie démocratique. Les électeurs ont accordé une grande confiance à l’opposition sénégalaise en lui octroyant la moitié des sièges au Parlement, afin qu’elle soit porteuse de transformation qualitative. C’est un privilège et un honneur de servir son pays dans une telle institution et en nombre si élevé. Les députés de Yewwi askan wi devraient enfin s’en montrer dignes.
Par Hamidou ANNE – hamidou.anne@lequotidien.sn