L’approche de la paix dans les mécanismes de gestion des conflits

Sortir de l’état de guerre, trouver des instances de résolutions pacifiques des différends internationaux et asseoir une légitimité acceptée de nouveaux cadres ont été, du début du XXème siècle à ce quasi milieu de XXIème siècle, des défis permanents que les Etats sont appelés à relever. Il s’agit, à partir de vides juridiques et institutionnels, de trouver une paix durable, dans un univers marqué par des divergences de toutes sortes, qui induit une course folle vers l’armement.
La conscience de la fragilité du système de la paix a posé les jalons d’un monde à bâtir autour du triptyque : paix, sécurité, développement.
Adossés à la menace existentielle sur les paradigmes de la gouvernance internationale, ces axes ont poussé à réfléchir sur les moyens pour l’Etat d’assurer ses propres bases de subsistance, qui dépendait en partie d’un environnement pacifié. Car les réflexions sur l’Etat plus sécuritaires, n’épuisaient pas la connaissance de celui-ci.
L’Etat garant de la sécurité collective
La conception de l’Etat comme organisation politique, serait née avec Machiavel, qui l’a employé pour la première fois au XVIème siècle, dans son ouvrage intitulé Le Prince1, le mot Etat désignait alors «une société politique organisée»2. Cependant, la naissance de l’Etat paraît liée à l’histoire de l’Europe, avec l’existence ailleurs, de «dynamiques culturelles porteuses d’un autre ordre politique»3. La naissance de l’Etat, dans une période marquée par des divergences, sans instances objectives pour les résoudre, a ouvert les nations au rapprochement les unes des autres, pour trouver des leviers de règlement des crises.
Entre conférences, signature de traités, renforcement de la coopération bilatérale, les agendas se tournent de plus en plus vers des cadres qui épousent les perspectives de paix aux plans national, régional, continental et international.
Le pari fait sur l’approfondissement de la coopération devait mener à l’installation de vecteurs de cette paix, sous forme d’engagement des Etats, à trouver des instances inclusives auxquelles l’adhésion devrait être motivée.
L’approfondissement de la coopération
L’idée de discuter de l’impérieuse nécessité d’approfondir la coopération a commencé à germer dès 1814-1815 lors du Congrès de Vienne, avec la décision «d’organiser les relations internationales»4. La création de la Société des nations (Sdn), sous forme de forum, au sortir de la Première guerre mondiale, a été la première réponse apportée à la naissance de plus en plus grandissante des conflits.
Même si la question de la réduction des tensions et des conflits peut être située plus loin dans les écrits de quelques philosophes5, c’est avec les effets négatifs sur la paix mondiale, générés par la 1ère et la 2ème guerres mondiales, que les acteurs internationaux ont commencé à réfléchir sur les meilleures voies pour mettre un terme aux conflits entre Etats, et ainsi trouver de véritables vecteurs de paix.
Les premiers leviers à être mis en place, après les deux guerres, ont été «les Organisations internationales à but technique»6. Devant les demandes pressantes de toutes les nations à trouver impérativement des solutions pour éviter les confrontations armées futures, elles ont connu «un grand succès, car, hors de toute préoccupation politique, elles correspondent à la nécessité de faire face au besoin d’administration au niveau international pour prendre en charge des services liés au développement des communautés et des échanges. Les pionnières vont prendre la forme des commissions fluviales internationales, puis surviendront les unions internationales»7.
Cette communauté d’acteurs, dans une démarche mutuelle, et partageant les mêmes aspirations à trouver des leviers pour garantir la paix, amorçait un tournant en matière de sécurité collective.
La sécurité collective : le tournant
L’ancêtre de toutes les Organisations internationales, à savoir la Commission centrale du Rhin, créée par la Convention de Mayence, était un mécanisme dont le but était de contribuer au règlement du problème de la navigation en Europe.
Avant la 2ème Guerre mondiale8, le monde comptait 14 Unions internationales9 dont l’Union postale universelle, créée en 1874, l’Union télégraphique universelle, en 1865, devenue en 1962 l’Union internationale des télécommunications10, entre autres11.
La naissance de ces mécanismes, surtout ceux de la première génération, dans une approche pluridisciplinaire de lutte pour la préservation de la paix, a été un tournant en matière de sécurité collective. Néanmoins, leur mise en place dans plusieurs domaines de la vie n’a pas éteint ou empêché la multiplication des foyers de conflits. A titre d’exemple, entre 1823 et 1914, c’est-à-dire avant l’éclatement de la 1ère Guerre mondiale, on comptait jusqu’à environ 13 conflits armés12.
De la Seconde guerre mondiale à 2014, plus de 14 foyers de tension ont été identifiés, nécessitant la mise en place d’opérations de maintien de la paix13, sans compter les crises nombreuses comme les deux guerres du Golfe, celles entre l’Iran et l’Irak, l’intervention américaine en Irak en 2001 suite aux attentats du World Trade Center, la guerre du Kossovo, celle entre la Russie et l’Ukraine, la Russie et la Géorgie, les Balkans ou encore la Somalie qui ont soit failli virer à l’affrontement armé, soit abouti effectivement à la confrontation entre pays.
Au plan africain, la naissance des mécanismes s’est fait d’un trait, eu égard au nombre important de foyers de tension notés sur le continent. La création de certains instruments remonte aux premières heures de l’indépendance avec, par exemple, la mise sur pied d’un Haut-commandement africain, sur la base de la Charte de Casablanca du 7 janvier 1961#. Il s’agit d’une instance qui regroupe des chefs d’Etats-majors des armées des Etats membres dans le but «d’assurer la défense commune de l’Afrique en cas d’agression contre toute partie du continent et de veiller à la sauvegarde de l’indépendance des Etats africains»#.
D’autres organes sont créés dans ce sillage dont une force interafricaine en 1978, une organisation africaine de défense# et de nombreux protocoles signés dans le but de prévenir les conflits et de les gérer de manière pacifique en cas de survenue.
C’est dans cette optique qu’il faut reconnaître que la mise en place d’une multitude de mécanismes n’a pas toujours été gage de sécurité et de paix entre nations. Dans certains cas, la présence de mécanismes n’a pas empêché la guerre de se dérouler. Comment le comprendre ?
Il conviendrait alors de se situer par rapport à la nature et l’essor des mécanismes.
René Massiga DIOUF,
Docteur en Science Politique et Journaliste à la RTS