Le dégagisme qui complique la tâche du Vrp Diomaye

Le dégagisme ambiant, qui a fait son lit au Sénégal depuis quelques années, se heurte tragiquement à la réalité politique et économique du monde. Les dirigeants de notre pays ont beau avoir, par le passé, des volontés souverainistes, voire des dynamiques isolationnistes, ils finissent par se rendre à l’évidence qu’un pays comme le Sénégal ne peut évoluer et prospérer dans ce monde sans s’appuyer sur des partenariats dynamiques, des alliances stratégiques et, surtout, une coopération renforcée tant sur le plan économique, politique que sécuritaire. Les récents déplacements du Président Bassirou Diomaye Faye au Japon, à l’occasion de Ticad9, et sa visite officielle en France montrent une volonté de polir l’image du Sénégal, de faire montre d’ouverture et d’intéresser des puissances étrangères à notre pays. Tout donne à penser à une opération de charme avec des autorités qui ont fini par se rendre compte que le dégagisme n’est d’aucune aide et qu’il nuit plus qu’il ne garantit de quelques opportunités. Il n’aura pas ménagé d’efforts pour rencontrer des investisseurs, acteurs institutionnels et concitoyens de la diaspora pour rassurer. Toutefois, le passif d’une hostilité aux investissements étrangers qu’aura pu cumuler notre pays, ne facilite pas la tâche au Vrp Diomaye.
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C’est un Bassirou Diomaye Faye conciliant qui s’est présenté sur le perron de l’Elysée afin de recoller les pots qui ont pu être cassés dans le long partenariat franco-sénégalais. Ce partenariat aura souffert ces dernières années de tous les coups bas, de tous les sabotages et chahuts, menant sur la voie d’un non-retour avec une hostilité qui se sera traduite en violence. Il tendra la main à son homologue français pour aider à dénouer des situations comme les discussions en cours avec le Fonds monétaire international (Fmi) qui attend de statuer sur le cas du Sénégal lors de son prochain Conseil d’administration. Il aura également entrouvert la possibilité de collaborer de nouveau dans la défense et la sécurité. Son discours, lors de la rencontre avec les membres du Medef, aura insisté sur l’attrait que le Sénégal pourrait avoir pour eux, mais il aura péché en termes de contrition, d’amende honorable et d’offre de gage réel de sécurité des affaires et des biens.
Entre 2021 et 2024, les intérêts français au Sénégal ont rarement été autant la cible d’une colère populaire et d’un nationalisme à rabais qui est souvent une méchanceté grégaire ne reposant sur aucune idéologie sérieuse. Par une propagande simpliste et dans une logique manichéenne, tout ce qui est rattaché à l’ancien colonisateur aura été stigmatisé au point de laisser des dommages collatéraux énormes. Cela aura d’importants effets dans la coopération, d’autant plus que face à certaines contraintes, il n’est plus aussi facile pour notre pays d’appeler à un coup de pouce et une main forte. Après l’ingratitude et la trahison, il est souvent très difficile d’avoir une quelconque aise à solliciter ou demander toute forme d’aide. Que Bassirou Diomaye Faye, face aux urgences de l’heure, prenne son bâton de pèlerin pour aller chercher une paix avec les alliés de notre pays est une chose louable. Toutefois, il ne doit pas pour autant taire les causes à l’origine des tensions entre notre pays et certains de ses partenaires traditionnels.
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On aura laissé dans ce pays régner une caste de rentiers de la tension qui auront des mots comme souveraineté, indépendance et impérialisme comme projectiles à balancer à toute relation de coopération savamment cultivée par des efforts diplomatiques de plusieurs décennies. Ces agités et excités auront eu pignon sur rue pour tenir à tort et à travers des conférences de presse, pondre de vulgaires tribunes, inonder les réseaux sociaux et crier sur tous les plateaux pour appeler à une libération ne s’adossant sur aucun cheminement cohérent. Ils auront réussi à faire régner une peur dans l’opinion, en traitant de «collabo» toute personne ayant un raisonnement sensé. Une foule d’intellectuels aura été intimidée, préférant détourner le regard, laisser prospérer mensonges et grossièretés, au point que des saccages et casses auront été commis contre des enseignes de nations étrangères. Comment peut-on dire que le Sénégal est une terre qui se veut attractive pour le business, tout en ayant laissé émerger sous nos cieux des racailles au panafricanisme farfelu avoir un mot sur nos orientations diplomatiques ? Quelle confiance notre pays donne-t-il aux investisseurs si des entreprises étrangères ayant exécuté des prestations pour notre Etat peinent jusqu’à ce jour à percevoir leur dû ? Comment peut-on convier des foires et forums autour d’une croissance des investissements et des partenariats au moment où un discours violent contre les étrangers, d’où qu’il soit, prospère dans l’espace public ? L’hostilité à l’égard de simples boutiquiers ou tenants d’échoppes n’a rien de différent en termes de prestige perdu que les pamphlets outrageux contre la présence de certaines multinationales dans notre pays ! Il est drôle de voir Guy Marius Sagna jouer aux apprentis mystificateurs en théorisant un renouveau de coopération entre la France et le Sénégal, à la suite de l’audience entre le Président Macron et le Président Faye. Cela, avec toujours cette fausse fierté que la réalité des enjeux vide de toute raison d’être. Que le ridicule sait être une graisse dont le mal s’enduit !
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Le Président Bassirou Diomaye Faye a beau plaider pour un Sénégal nouveau, aimant d’investissements structurants avec une stabilité politique jalousement chérie, il ne convaincra pas grand monde sans avoir condamné tout le désordre qui a pu se produire dans ce pays lors de la séquence folle allant de 2021 à 2024. Il faudra que de sa toute haute position, il crève l’abcès, indexe des maux, diligente les remboursements d’acteurs économiques lésés par la grosse période de troubles et fasse un rappel à l’ordre sérieux aux tenants du dégagisme à tout-va qui, malheureusement, peuplent son camp. C’est ainsi que ce pays pourra se dire attractif et sûr pour des investisseurs étrangers. C’est ainsi également qu’il y aura une cohérence pour tout grand joueur à s’aventurer au Sénégal.
Dans les trois prochains mois, le Sénégal sera un carrefour d’entrepreneurs, d’hommes d’affaires, d’investisseurs, de représentants d’organisations internationales et de plateformes de coopération. De grandes rencontres sont à l’agenda dans des secteurs comme l’agriculture, l’énergie et le commerce. Le bal commencera dès lundi prochain avec l’Africa Food Systems Forum 2025, avec la présence de sept chefs d’Etat et près d’une trentaine de ministres de l’Agriculture. Tout ce beau monde suit ce qui se passe dans notre pays et s’informe, malgré toutes les intentions que peuvent manifester les plus hautes autorités. Une corrélation entre leurs ressentis de la réalité de l’ouverture de notre pays et l’efficacité des mécanismes en place pour faire des affaires sera assez déterminante dans beaucoup de choix de se lancer en affaires au Sénégal. Le Président Faye est un Vrp qui veut bien vendre son Sénégal, mais il faudra qu’il demande à toute la meute qui n’aura de cesse de chahuter ce pays, de faire amende honorable. A partir de là, tous les efforts pourront être déployés par tous pour miser sur notre attractivité.
Par Serigne Saliou DIAGNE – saliou.diagne@lequotidien.sn