Aux élections législatives, l’électeur est appelé à choisir au moins 5 bulletins avant d’aller dans l’isoloir. C’est la décision sortie hier de la rencontre entre la Cena et les listes candidates. Même si certains ont exprimé leur désaccord et avancé le Protocole additionnel de la Cedeao.

Doudou Ndir
Doudou Ndir, président Cena.

L’électeur n’est plus obligé de prendre les 47 bulletins au moment de faire son choix le jour des élections législatives. Il peut en prendre au moins 5 avant de se rendre dans l’isoloir. Cette inquiétude qui taraudait l’esprit des Sénégalais a été levée hier, lors d’une réunion de concertation entre les mandataires des partis politiques, coalitions de partis, entités indépendantes et la Commission électorale nationale autonome (Cena). «Au total, sur la proposition de la Cena, la majorité s’est prononcée favorablement. Je dois même dire qu’il s’agit d’une large majorité si on fait le décompte des opinions exprimées», a annoncé Doudou Ndir lors de la conférence de presse qui a sanctionné les débats. Le président de la Cena informe qu’«au moins, les 2/3 des représentants ont approuvé». Très en colère à sa sortie de la salle, Me El Hadji Diouf a pris le contre-pied de M. Ndir. «Il y a eu finalement un putsch qui a été organisé parce que vous le savez, lors de la première réunion, il y avait 21 qui étaient pour la proposition de la Cena. Et sur les 47, 25 étaient contre. Après, ils ont dit que ceux qui ont proposé de passer dans les isoloirs et ceux qui sont contre maintenant ça fait plus d’une majorité. Et la synthèse de la Cena qui, certainement a reçu des ordres et des instructions, dit que maintenant une large majorité s’est dégagée. C’est qui est faux», réfute la tête de liste de Leeral, suant à grosses gouttes.

Déthié Fall de Manko taxawu senegaal boude la réunion
La journée a été longue. L’attente devenue insupportable. Les choses sont allées de 10 heures à presque 18 heures, marquée par une pause, le temps d’effectuer la prière du vendredi et de mettre quelque chose sous la dent. Venu représenter la coalition Manko taxawu Senegal, le vice-président de Rewmi a très vite boudé la rencontre. La presse l’envahit pour savoir les raisons d’une telle attitude. «Ce que nous avons très clairement dit, c’est que nous sommes contre cette mascarade. On ne peut pas concevoir à 30 jours exactement de la tenue des élections législatives que la loi électorale soit modifiée en son article L78», fulmine Déthié Fall. Mandataire de Manko taxawu senegaal, il dit : «Prendre 5 listes sur 47 protège le secret de celui pour qui tu as voté, mais ne protège pas le secret de celui pour qui tu n’as pas voté.»

Polémique sur le respect du Protocole additionnel de la Cedeao
Après son départ à la pause, la tension est montée d’un cran. Ceux qui étaient pour cette proposition ont tenté à tout prix d’empêcher Me El Hadji Diouf et Cie d’exprimer leurs opinions. «Qu’on maintienne la loi, le statu quo, parce que six mois avant les élections, le Protocole additionnel de la Cedeao s’oppose à toute forme de modification de la loi électorale sauf en cas de consensus. Or il n’y a pas eu de consensus», plaide le député sortant. Face aux journalistes, Doudou Ndir a contredit l’avocat. «Il est bien possible que la loi soit modifiée. Il faut bien que les gens comprennent qu’une loi peut être modifiée en tenant compte de l’évolution des situations. L’évolution des situations telles que nous l’avons vécue était telle que la difficulté était évidente devant nous. Donc, nous étions dans le contexte d’une modification de la loi à condition, puisque nous sommes en matière électorale, de respecter un écueil. C’était le protocole additionnel de la Cedeao qui obligeait à ne pas procéder à des modifications dans les 6 mois qui précédent une élection», rectifie le président de l’organe de supervision des élections. M. Ndir de conclure : «Nous sommes dans les 6 mois. Nous pouvons néanmoins faire des propositions de modification de la loi à condition qu’il y ait un large consensus autour de cette question. Le résultat final et qu’en modifiant la loi avec le consensus de la classe politique, nous étions dans le respect du Protocole de la Cedeao.»
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