Un jeune est mort dans l’après-midi d’hier à Yeumbeul. Cheikh Diop, 14 ans, aurait reçu une balle à la tête et a rendu l’âme sur le coup. Ce jeune mécanicien, selon les témoignages, faisait partie de la foule immense qui s’était ruée vers la station d’essence Total. C’est au cours des échanges de pierres et de grenades lacrymogènes qu’il a été atteint. Jusque dans la soirée, le corps couvert d’un drap blanc gisait encore sur le sol, en attendant l’arrivée des sapeurs-pompiers. Ces derniers ont eu du mal à être sur place parce que bloqués par les violences. La police de Yeum­beul, qui tentait de faire revenir l’ordre, est au banc des accusés. Cette même atmos­phère de violence a régné dans toute la banlieue. Entre Guédiawaye et Pikine, des jeunes armés de pierres ont fait le tour pour brûler et saccager tout ce qui était sur leur passage.

Le Tribunal de Guédiawaye-Pikine saccagé
Tout a commencé vers 11h avec des groupes de jeunes qui se sont rendus dans les établissements scolaires privés et publics pour sortir les élèves. La première cible a été le Tribunal départemental de Pikine-Guédiawaye qui a changé de visage en quelques minutes après avoir reçu une pluie de pierres. Des vitres brisées, le panneau d’enseigne saccagé, les usagers réfugiés dans l’enceinte du bâtiment. Puis, c’est le «Marché Zing» de Pikine qui recevra ces hôtes spéciaux. Mais ce sera peine perdue car les commerçants s’étaient déjà préparés à d’éventuelles manifestations. Armés de gourdins et autres armes blanches, les jeunes n’ont pas épargné des édifices privés. Au rond-point de Canada, ils font face aux Forces de l’ordre. La voiture de la police se renverse, les jeunes la chargent de cailloux. Sur ce, les éléments du commissaire, Mandjibou Lèye, abandonnent le véhicule et disparaissent dans la nature. Pendant ce temps, les jeunes se forment en groupe et marquent une pause pour se faire photographier avec le véhicule abandonné.

Aliou Sall et les autres responsables de l’Apr se bunkérisent
Les responsables de la mouvance présidentielle dans la banlieue ont dû se bunkériser dans des endroits top secrets. Certains que nous avons cherché à joindre ont préféré ne pas se prononcer sur la situation. «Je suis quelque part avec ma famille, pour ma sécurité. On se donne rendez-vous très prochainement», lance l’un d’entre eux. Le domicile de Aliou Sall, maire de Guédiawaye, qui se trouve à la cité Shs, non loin de chez le défunt khalife des Tidianes, Sérigne Mansour Sy, a échappé à la furie des jeunes qui y ont balancé des pierres. Avec des slogans : «Aliou Sall sounou 400 mille !» Mais, selon des confidences, le frère du chef de l’Etat avait déjà quitté le domicile avec sa famille pour un endroit inconnu. Quelques minutes plus tard, c’est une voiture du Commissariat central qui débarque. A son bord, des éléments de la police pour sécuriser la grande villa de Aliou Sall. Les jeunes font alors cap sur la mairie de ville où ils ont à nouveau fait face aux Forces de l’ordre qui les chargent de grenades lacrymogènes. A Sahm Notaire, un bus Ddd est caillassé. Si certains voulaient le brûler, d’autres, par contre, s’y sont opposés. A Guédiawaye, les jeunes s’attaquent aux travaux du Brt, les panneaux, grillages, tous ont été brûlés. Ces manifestations d’hier ont changé le visage des départements de Pikine et Guédiawaye.