Non à une intervention militaire en Gambie telle que souhaitée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). C’est la position de la coalition contre la guerre en Gambie (Ccgg). Ce front mis en place, hier, par Me El Hadji Diouf et ses amis, appelle les uns et les autres à attendre le verdict de la Cour suprême gambienne, qui doit statuer sur le recours de Yahya Jammeh ce 10 Janvier.

A quelques jours de la fin de l’ultimatum lancé par la Cedeao à Yahya Jammeh, des Sénégalais se mobilisent pour protester contre une éventuelle intervention militaire en Gambie. Hier, l’avocat Me El Hadji Diouf, l’artiste-musicien Ouza Diallo, ami personnel de Jammeh et d’autres, ont mis en place la Coalition contre la guerre en Gambie (Ccgg). Non à la guerre dans cette enclave logée dans le ventre du Sénégal. Telle est la position de la Ccgg, qui prend ainsi le contrepied d’une partie de la communauté internationale «prête» à déloger de force le dictateur gambien en cas de refus de céder son fauteuil à son tombeur Adama Barrow.
Hier mercredi, en conférence de presse, les membres de la coalition ont interpellé les acteurs de la crise sur les conséquences d’une intervention chez nos voisins. Pour Me El Hadji Diouf, «ni le Sénégal, ni la Cedeao n’ont le droit de faire la guerre à un pays souverain». A cinq jours de la sortie très attendue des membres de la Cour suprême qui doivent statuer sur le recours du candidat malheureux à l’élection présidentielle du premier décembre dernier, l’avocat appelle les uns et les autres au calme. Il a exhorté le camp d’Adama Barrow comme celui de Jammeh à attendre le verdict de la justice sur la question. En plus, il a demandé aux protagonistes le respect de la décision qui sortira du recours introduit au lendemain du reniement de la victime de Barrow de ne plus reconnaître les résultats issus des urnes.
Pour sa part, Boubacar Bâ, président de l’Association nationale des familles des victimes du bateau le Joola a tenu à préciser à l’endroit de l’opinion les conséquences d’une guerre en Gambie. Il dit : «La conséquence directe, si demain on attaque la Gambie, tout de suite la conséquence immédiate, elle est quoi ? Les bateaux Aline Sitoe ne vont plus naviguer pour aller à Ziguinchor, Air Sénégal ne pourra plus transgresser l’espace aérien gambien pour aller à Ziguinchor». Et d’ajouter : «Beaucoup de nos compatriotes ont quitté la Gambie  pour se refugier en Casamance et dans le nord du Sénégal.  C’est une sorte de terreur qui ne dit pas son nom. Il y a des gens tapis dans l’ombre qui cherchent par tous les moyens à influencer Macky Sall  pour aller s’attaquer à la Gambie.» révèle t-il.
Au cours du face à face avec les journalistes, Ouza Diallo,  ami fidèle de l’homme du 22 Juillet 1994, a réajusté sa veste et précisé : «Je ne suis pas là en tant qu’ami de Yahya Jammeh. Aujourd’hui, je suis un homme impartial. Et le front mis sur pied n’est pour personne. Il n’est ni pour Yahya, ni pour Macky, ni pour la Cedeao. Nous sommes pour la paix, pour le peuple souverain de la Gambie. Si la paix pour la Gambie doit passer par ma mort qu’on me tue.», dit-il.
Récemment, à la tribune de l’Assemblée nationale, Mankeur Ndiaye, ministre sénégalais des Affaires étrangères avait rappelé qu’à partir du 18 Janvier à minuit, l’enfant de Kinilaï ne serait plus le Président de la Gambie. Par ailleurs, il a réitéré la position ferme du Sénégal qui demande au perdant d’opérer une passation pacifique du pouvoir et dans les délais.  La Cedeao qui avait dépêché une délégation dirigée par la Présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf pour négocier le départ de Jammeh, continue de mettre la pression sur le vaincu de la présidentielle. Aujourd’hui plusieurs questions se posent. La Cedeao mettra-t-elle sa menace à exécution après expiration de son ultimatum ? Jammeh acceptera-t-il un recours qui lui sera défavorable ? Dans quelques jours, ces questions trouveront forcément réponses.
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