Membre de la «Force spéciale» décédé à Principal : François Mancabou, une mort en questions
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Arrêté le 17 juin dernier dans le cadre de l’enquête de la «Force spéciale», François Mancabou est décédé dans la nuit du mercredi à l’hôpital Principal de Dakar. Sa mort soulève beaucoup de questions.Par Justin GOMIS –
C’est une succession fâcheuse de nouvelles. Pape Mamadou Seck est dans la nature et le décès de François Mancabou crée la polémique et la suspicion. Arrêté par la Sûreté urbaine le 17 juin dans le cadre de l’enquête sur la «Force spéciale», il est mort dans la nuit du mercredi au jeudi à l’hôpital Principal de Dakar. Il serait décédé de manière accidentelle, selon l’avis du médecin. Il avait échappé au mandat de dépôt comme les autres membres de la «Force spéciale» à cause de son hospitalisation à Principal depuis le 23 juin dernier, car «il avait été blessé lors de sa garde à vue». Les autorités judiciaires attendaient son rétablissement pour l’écrouer comme les autres envoyés en prison le 29 juin dernier. Ce ne sera plus possible.
Aujourd’hui, cette mort soulève des interrogations et une vague de réactions. Dans une lettre publique publiée mercredi, Me Patrick Kabou ne cachait pas son inquiétude. Alors qu’il était en vie. «Je voudrais juste préciser que nous défendons des personnes accusées de terrorisme au Sénégal. Cette précision me paraît importante car me parler de «Force spéciale» ou autre relève d’une fiction, ou d’une unité d’élite de l’Armée nationale. Désolé de décevoir certains, mais comme avocat, je parle de choses réelles pas de séries sur Netflix. La télé c’est bien mais à un moment, la réalité s’impose. Quelqu’un du nom de François Mancabou a été arrêté le 17 juin 2022 en bonne santé et a atterri au bloc opératoire.» Son client est décédé quelques heures après la publication de son communiqué. Me Ousseynou Gaye, qui fait partie de son pool d’avocats, annonce la saisine de la Cour pénale internationale (Cpi), du Tribunal judiciaire de Paris compétent en matière de torture dans l’espace Schengen, de la Cour africaine des droits de l’Homme et la Cour de justice de Cedeao et une plainte pour torture auprès du Juge d’instruction du premier cabinet du Tribunal de grande instance de Dakar avec constitution de partie civile. Selon Me Ousseynou Gaye, le décès de Mancabou ne surprend pas. D’après l’avocat, celui qui est considéré comme membre de la «Force spéciale» a subi des sévices corporels qui ont fait qu’il était difficile qu’il survive. La raison ? «Il a juste refusé d’apposer sa signature sur le procès-verbal d’enquête dans lequel on avait une audition différente de ce qui est dit. Il a refusé. On l’a torturé à mort. Ces tortures-là sont la conséquence et la cause efficiente de son décès. Il n’y a pas de doute là-dessus», a souligné Me Gaye. Selon des membres de sa famille, il était dans le coma depuis quatre jours.
Ouverture d’une enquête
Dans un communiqué conjoint, la Lsdh, Amnesty Sénégal et la Raddho, «très préoccupées» par ce décès dans des «circonstances non encore élucidées» par les autorités judiciaires, demandent des comptes. Elles rappellent qu’il a été transféré à l’hôpital Principal de Dakar le 23 juin 2022 dans un état de santé préoccupant. «Il aurait déclaré à ses proches avoir subi des actes de torture et de mauvais traitements. Sa famille et ses avocats avaient demandé l’assistance du médecin de famille mais les autorités policières et médicales ont opposé de nombreux obstacles à cette demande. Il faut préciser que la victime n’a pas été inculpée ni placée sous mandat de dépôt et a rendu l’âme en étant encore entre les mains des autorités
policières», rappellent les trois organisations.
La Raddho, la Lsdh et Amnesty international Sénégal rappellent «aux autorités sénégalaises que la Convention des Nations unies contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, fait obligation aux Etats-parties d’ouvrir sans délai une enquête indépendante et impartiale en cas d’allégation de torture». Par conséquent, elles exigent l’ouverture d’une «enquête indépendante» pour faire la lumière sur les réelles circonstances du décès de François Mancabou et «demandent au procureur de la République d’ordonner rapidement l’autopsie».
Ancien militaire, François Mancabou, âgé de 51ans, fils de Joan Bernardo Mancabou, le roi des Mankagnes, s’était reconverti en garde de corps, notamment pour des personnalités politiques depuis plusieurs années. Il a été cueilli chez lui à Ouest-Foire le 17 juin 2022 par la Sûreté urbaine de Dakar, dans le cadre de l’enquête sur l’affaire dite «Force spéciale».
justin@lequotidien.sn
1 Comments
De nouveaux leaders indépendantistes sont entrain de naître au Sénégal les autorités doivent faire attention.