Mwassi Festival au Congo-Brazzaville : Les femmes cinéastes et les films du continent en lumière

C’est la première édition de ce festival itinérant dédié aux cinémas d’Afrique. Sa fondatrice, Pierre-Manau Ngoula, a grandi au Congo-Brazzaville. Tout au long de ses études de cinéma, elle a ressenti un manque : où sont donc les femmes du 7e art ? Selon l’Unesco, les femmes représentent environ 10% de l’industrie du cinéma en Afrique centrale et de l’Ouest. Alors, décidée à changer les choses, Pierre-Manau Ngoula lance le Mwassi Festival, entre visibilité et accessibilité. «L’objectif premier est de mettre en avant les femmes cinéastes, mais aussi de mettre en valeur toutes les productions faites sur le continent. Et, moi, j’ai toujours été très offusquée de voir comment le ticket d’entrée pouvait coûter aussi cher au Congo. Pour moi, la valorisation d’un cinéma qui est encore embryonnaire, ne peut pas passer par des entrées aussi onéreuses. Donc, l’idée de Mwassi, c’est aussi d’aller au plus près de la population et de faire des projections dans l’espace public», souligne-t-elle.
«Créer des espèces de masterclass pour apporter une part de formation»
Mettre en valeur le cinéma féminin, mais pas que : avec son festival, Pierre-Manau Ngoula veut transmettre son amour du 7e art avec des projections en plein air, mais aussi des ateliers-découvertes. «On n’a pas d’école de cinéma au Congo.
Et les écoles de cinéma en Afrique se comptent sur les doigts d’une main. L’idée, c’est vraiment de créer des espèces de masterclass pour apporter une part de formation. On a par exemple un atelier sur le jeu d’acteur qui sera animé par une comédienne congolaise, Germaine Ololo, l’atelier documentaire qui sera animé par la réalisatrice française Valérie Osouf et l’atelier esthétique et critiques de film animé par moi-même», rappelle-t-elle. Pour cette première édition, le Mwassi Festival aura lieu dans divers lieux de Brazzaville, avec des projections au Centre d’art contemporain, sur la place publique près du bar de La Sorbonne, ou encore sur le terrain de sport Angola libre, en plein cœur de Bacongo.
Armel Luyzo, réalisatrice et productrice : «Je me suis retrouvée sans figures de femmes autour de moi»
«Au Congo, l’art, de manière générale, et le cinéma, en particulier, sont considérés comme un métier de gens qui n’ont pas réussi du tout. Déjà, en tant que femme, on pense qu’on est destinée à être éduquée et mariée. Mais quand on essaie de tourner un peu de l’autre côté, on vous appelle rebelle, parce qu’une femme ne devrait pas faire de l’art, une femme ne devrait pas être debout devant les gens pour filmer ou raconter des histoires. Donc, c’est vraiment compliqué, les difficultés sur la représentativité des femmes. Dans les cursus scolaires, on n’a pas des branches de cinéma, de production audiovisuelle. Donc, la plupart des femmes ou des jeunes se concentrent sur le fait d’être autodidacte et de créer des initiatives comme des ateliers. Moi, par exemple, en tant que femme noire, j’étais quasiment la seule dans ma promotion. Je me suis retrouvée dans un domaine où je n’avais pas vraiment de figures de femmes autour de moi. Il y avait beaucoup plus d’hommes.»
Rfi