Occupation de la Maison des Nations Unies : LE PROJET TOUJOURS AUX NUES

Après avoir longtemps bandé les muscles sur la question de la Maison des Nations unies à Diamniadio, le gouvernement semble vouloir revenir à de meilleurs sentiments. Sans doute l’information des investissements prévus par l’Onu à Nairobi a dû les faire réfléchir.
Environ une semaine après la publication de l’article dans le journal Le Quotidien qui annonçait que le Système des Nations unies s’apprêtait à investir plus de 220 milliards de francs Cfa pour rénover et construire des locaux destinés à accueillir des sièges régionaux et nationaux de certains de ses organismes et agences, le ministère sénégalais des Affaires étrangères a fini par bouger.
Les services de Mme Yassine Fall annonçaient hier avoir «accueilli les négociations entre la République du Sénégal et les Nations unies autour du projet de la Maison des Nations unies à Diamniadio (Monud)». La ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, Mme Fall, avait à ses côtés Elimane Pouye, directeur de la Société de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’Etat, ainsi qu’un représentant de l’Agence judiciaire de l’Etat. Le côté onusien était représenté par Dr Garry Conille, ancien Premier ministre d’Haïti et haut-responsable des Nations unies, appuyé par Mme Aminata Maïga, Coordonnatrice résidente des Nations unies au Sénégal, ainsi que de hauts fonctionnaires internationaux.
Hébergement de certains organismes de l’Onu : Nairobi prend son envol
Elimane Pouye voulait démentir ce qu’il considérait comme des «rumeurs» faisant état de velléités de certains organismes des Nations unies de vouloir plier bagage de Dakar, pour des cieux plus propices à leurs activités. On peut alors se demander ce qu’il serait en train de «négocier» à l’heure actuelle. Nonobstant cela, le fait est que la question de l’occupation de la Maison de l’Onu est toujours en suspens, faute d’accord. Le gouvernement a voulu qu’une partie des locaux, inoccupée, soit remplie par des services de l’Etat, ce que l’Onu n’a pas accepté, préférant y voir des Ong qui ont les mêmes normes et procédures de sécurité. Faute d’accord, l’Etat du Sénégal a voulu faire payer un loyer aux Nations unies, pour ne pas avoir à supporter les charges locatives à payer au promoteur, Envol Immobilier, qui a passé contrat avec l’Etat. Les autorités sénégalaises estimaient qu’il n’était pas acceptable pour le gouvernement qu’un tel investissement, qui a coûté plusieurs milliards de Cfa, ne puisse rien rapporter au pays en termes de revenus. Il a sans doute fallu que les Nations Unies mettent en branle un «Plan B» pour que le gouvernement prenne la mesure de la perte que cela représenterait pour le pays.
Au-delà du contrat avec Envol Immobilier, Un Bot (Build Operate Transfer), qu’il faudrait honorer absolument, au risque de poursuites devant des juridictions internationales, le manque à gagner sera encore plus important quand les fonctionnaires internationaux commenceraient à plier bagage pour Nairobi ou pour d’autres métropoles. Et le calcul est assez facile à faire. Nombre d’écoles privées de luxe ne verront pas leurs élèves reprendre le chemin des classes, privant les établissements de revenus substantiels et leurs enseignants de salaires. Des fournisseurs et prestataires de services perdront une clientèle solvable et de qualité, et les services des Impôts verront leurs ressources diminuer. Nous ne parlons pas encore du personnel de maison, bonnes, chauffeurs, jardiniers, gardiens, vigiles et autres, qui devront vite se chercher d’autres patrons, même moins généreux parfois.
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Toutes ces pertes se chiffreront en vide pour les recettes fiscales, et parfois pour des charges pour les institutions de prévoyance sociale et les compagnies d’assurance. A ce moment, les autorités pourront se rendre compte des pertes et des gains de leurs décisions. Pour Nairobi en tout cas, les dirigeants de ce pays ont déjà choisi. On peut même se demander si Abidjan ne se positionnerait pas.
mgueye@lequotidien.sn