C’était sa destination finale vu les contours de son arrestation et la sortie très peu diplomatique du patron de la Chancellerie : le journaliste Adama Gaye, cueilli chez lui lundi par des éléments de la Division des investigations criminelles (Dic), a été placé sous mandat dépôt hier. Il a passé sa première nuit hier en prison loin des réseaux sociaux dont il est accro. Ses post sur Facebook l’ont perdu et sont à l’origine de son inculpation pour publication d’écrits contraires aux bonnes mœurs et offense au chef de l’Etat. Son inculpation fait suite, selon Me Koureichi Ba, à sa sortie du cabinet de Samba Sall où il n’a pas pu éviter l’inculpation de son client, au réquisitoire pris avant-hier par le procureur de la République, à savoir le délit chef d’offense au chef de l’Etat sur la base l’article 254 du Code pénal et de l’Article 80 qui parle des actes et manœuvres de nature à troubler l’ordre public. «C’est le dossier classique dans lequel on met l’atteinte à la sûreté de l’Etat», dit-il. Amer. Selon Me Ba, «on a abandonné l’article 256, c’est-à-dire les charges relatives aux écrits contraires aux bonnes mœurs, et dans la foulée on s’est arrangé pour que les mêmes écrits constitutifs d’atteinte aux bonnes mœurs soient aujourd’hui les actes et manœuvres dont parle l’article 80». A l’en croire, «c’est par un subtil mélange qu’on a réussi à le retenir pour l’offense au chef de l’Etat». Ce qui amène l’avocat à préciser que c‘est l’article 139 qui stipule «que dans le cadre de ces infractions comprises entre les articles 56 et 100 du Code pénal qui vise le délit contre la chose publique et l’article 255 qui vise le délit de diffusion de fausses nouvelles où le mandat de dépôt est obligatoire». Et quand le procureur le requiert «l’article 139 dans son alinéa 2 précise que même si vous demandez la liberté provisoire votre demande est irrecevable», explique-t-il.
Selon les informations de la robe noire, le Doyen des juges va prendre ses 45 jours de congé dès aujourd’hui. «C’est un péril, même s’il prend moins», fait-il savoir. Il ajoute pour exprimer son dépit  : «cela montre que durant ce tout ce temps, Adama Gaye n’a pas de chance de retrouver la liberté. A cet effet, nous allons saisir qui de droit par des correspondances pour les informer de la gravité de la situation», informe-t-il avant d’ajouter «qu’il va saisir la Chambre d’accusation pour demander la liberté provisoire» pour Adama Gaye. Me Khoureichi Ba compte poser aussi d’autres actes. «Nous allons aussi attaquer le réquisitoire et nous allons surtout poursuivre la déclaration totalement inappropriée et irresponsable du Garde des sceaux», promet-il.

D’après lui, le ministre de la Justice a déjà condamné le journaliste. «Il dit qu’il est à la base de sa condamnation. Il confond déjà son rôle de tutelle et d’acteur de la justice. Il assume que c’est lui qui a tout piloté depuis la saisine du procureur jusqu’à son arrestation et éventuellement jusqu’à son jugement mais nous ne ferons pas la fine fleur de le croire parce qu’en matière d’offense au chef de l’Etat on doit avoir un triomphe beaucoup plus modeste», déplore-t-il. «Ce sont des dossiers montés pour neutraliser ceux qui dérangent», pense-t-il.

Cette inculpation va davantage enrager les défenseurs des droits de l’Homme passablement agacés par l’affaire Guy Marius Sagna envoyé aussi en prison depuis quelques jours. A l’image du patron d’Amnesty Sénégal, qui n’avait pas caché son amertume. «Au Sénégal, en 2019, une personne peut encore être arrêtée et jetée en prison pour ‘diffusion d’écrits contraires aux bonnes mœurs’. En réalité tout prétexte est bon pour réduire au silence ceux qui critiquent le régime de Macky Sall. Libérez Adama Gaye !», avait tweeté Seydi Gassama d’Amnesty dès l’interpellation du journaliste. Il faut rappeler que M. Adama Gaye a écrit sur le réseau social des dires supposés virulents à l’encontre du président de la République, Macky Sall. Ce qui lui a valu cette arrestation pour le délit présumé d’offense au chef de l’Etat.