Panel – Réflexion sur un genre cinématographique : Le court métrage en débat
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Le court métrage comme lieu d’expérimentation, d’apprentissage et de formation. Les trois réalisateurs Mo Harawe de la Somalie, Marie Clémentine Dusabejambo du Rwanda et Salam Zampaligré du Burkina Faso ont revisité les spécificités du genre au cours d’un panel hier.Par Mame Woury THIOUBOU – (Envoyée spéciale à Ouagadougou)
– Trois cinéastes, trois pays et trois regards. «Le court métrage : espace de liberté et d’émergence de nouveaux talents», c’est autour de ce thème que Mo Harawe, réalisateur somalien en compétition pour l’Etalon d’or du long métrage fiction avec The village next to paradise, Marie-Clémentine Dusabejambo et Salam Zampaligré ont débattu ce lundi à la mairie de Ouagadougou. Pour ces cinéastes, court métrage rime avec liberté. «C’est un genre dans lequel on a le temps d’expérimenter sa liberté. Il n’y a pas de restriction, sauf le temps. Et on doit réfléchir à la manière de traiter son sujet. C’est sur ce terrain que vous pouvez expérimenter et aller au-delà des normes», estime le réalisateur somalien, auteur de 4 courts métrages. Selon lui, ce genre rend fort et résilient face à la difficulté du long, notamment la distribution ou le financement. Il est également formateur du point de vue du réalisateur burkinabè, Salam Zampaligré. Revenant sur son expérience, il estime que le court métrage est une école. «Le court permet d’apprendre. Animateur de cinéclub, je connaissais pas mal de choses sur les théories du cinéma. Mais devant faire un film pour entrer à la Femis, je me suis demandé comment je fais ce film, où je dépose ma caméra.» «Dans un court métrage, chaque seconde compte. Et quand on débute, on a souvent un budget restreint», ajoute Marie Clémentine.
Le Somalien Mo Harawe a inscrit son nom dans les livres du cinéma africain en remportant, en 2023, le Poulain d’or du court métrage. Pourtant, il est né dans un pays en guerre et où le cinéma n’a pas vraiment eu une histoire. «Le défi, ce n’est pas de faire des films, mais que les populations puissent regarder ces films. Le contexte fait que les gens sont plus portés vers la littérature et les poèmes. En Somalie, le poète est au top dans la création et le cinéaste en bas», résume le réalisateur dont le compatriote, Khadar Ahmed, a remporté la récompense suprême lors du Fespaco 2021, signe de la naissance d’un mouvement profond et salvateur qui permet de porter à l’écran des histoires singulières d’un pays en souffrance.
Genre à part entière, le court métrage est aussi un espace d’apprentissage, d’expérimentation et de formation. Autodidacte et appartenant à la génération post-génocide, la Rwandaise Marie Clémentine estime que dans son pays, «le court a été une passerelle». Dans ce Rwanda d’après-génocide, des collectifs de jeunes s’étaient créés. Et c’est en rejoignant un de ces collectifs que la réalisatrice commence sa carrière cinématographique. «Après le génocide, les cinéastes n’avaient pas l’expérience de parler d’eux-mêmes. Et le défi, c’était de se comprendre soi-même et de comprendre ce qu’on était en train de raconter. Il fallait de la liberté et de la créativité.» Liberté, mais aussi responsabilité face aux générations futures dans le contexte de ce pays en reconstruction.
Le court, un passage obligé ?
Aujourd’hui, difficile pour un réalisateur de ne pas passer par la case court métrage avant de s’attaquer à un long. Beaucoup de cinéastes ont dû se prêter à cet exercice. Angèle Diabang, désirant développer l’adaptation d’Une si longue lettre en long métrage, malgré la réalisation de plusieurs documentaires, a d’abord réalisé Ma coépouse bien aimée, «pour voir comment diriger des acteurs et maîtriser un plateau». Même cas de figure pour Ramata-Toulaye Sy. Avant d’aller vers la réalisation de Banel et Adama, c’est avec Astel que la jeune réalisatrice expérimente ses choix esthétiques et ses dispositifs. Mais pour le réalisateur somalien, cette façon de voir est le résultat de l’influence du capitalisme. «Ceux qui posent cette question sont dans une perspective capitaliste», dit-il. En effet, l’accès sélectif à des fonds de financement rend quasi obligatoire pour les réalisateurs le fait de présenter la preuve qu’ils maîtrisent leur sujet. «Je pense que c’est un passage obligatoire», souligne Salam Zampaligré.
Hors des circuits de distribution
Malgré ses spécificités, le court métrage reste quelque peu en marge, en termes de financement comme de distribution. Obligé de tourner son économie vers la télévision, le court métrage est souvent absent dans les salles de cinéma, déplore le réalisateur burkinabè. «Le premier canal de distribution des courts métrages, ce sont les festivals. C’est un genre marginalisé, et économiquement, il n’existe même dans les télévisions qu’après un succès en festival.» Cette marginalisation est perceptible également dans les guichets de financements, tournés vers la production d’abord.
Entrée en lice de Demba
C’est ce lundi que le film de Mamadou Dia, Demba, est entré en lice dans la compétition officielle des longs métrages fiction de cette 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). La toute première projection a été remarquablement suivie par une foule nombreuse au Ciné Burkina. Une deuxième projection est prévue aujourd’hui à 20h 30 au Canal Olympia Yennenga de Ouaga 2000. Traitant de la maladie mentale à travers l’histoire de Demba, le film est une plongée dans la vie d’un homme qui a perdu sa femme et qui souffre de dépression.
mamewoury@lequotidien.sn