Patrimoine – Pétition pour la sauvegarde du Cices : La Direction et le mouvement «Bakku» sur la même ligne

Le projet de «Cité des Affaires» au Centre international du commerce extérieur du Sénégal (Cices) avait suscité une levée de boucliers du mouvement «Bakku», inquiet pour la sauvegarde de l’architecture héritée de Senghor. Après une rencontre entre les porteurs de la pétition et le Directeur général du Cices, Justin Corréa, les deux parties semblent être d’accord : les bâtiments existants seront rénovés et intégrés dans le futur complexe.Par Ousmane SOW –
Des universitaires, architectes, artistes, poètes et écrivains, plus de 200 personnes dont l’architecte Malick Mbow, Massamba Lamsar Diop, président du Conseil de l’Ordre des architectes du Sénégal (Odas), et l’ancien directeur de la Biennale des arts de Dakar, professeur de philosophie de l’art et de la culture au Département de philosophie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Babacar Mbaye Diop, ont signé une pétition appelant à sauver le patrimoine architectural du Centre international du commerce extérieur du Sénégal (Cices), avec la création d’une «Cité des Arts et de la Culture». Pour ces signataires, il s’agit avant tout de protéger un patrimoine architectural unique. «Au début des années 1960, le pays, pour se débarrasser de l’architecture occidentale, a créé un nouveau style fondé sur le parallélisme asymétrique. Nous avons le devoir de sauver ce patrimoine», a rappelé le mouvement dans sa pétition.
Face à cette mobilisation, Justin Corréa, le Directeur général du Cices, a rencontré, jeudi 28 août, une délégation du mouvement, composée notamment de l’architecte Malick Mbow et du Pr Babacar Mbaye Diop. Etaient également présents le Secrétaire général du Cices, l’architecte du projet et un conseiller. Un compromis qui satisfait les initiateurs de la pétition a été trouvé. «Il (Justin Corréa) a d’abord salué l’engouement qu’il y a eu autour de la pétition et notre démarche. Léopold Sédar Senghor avait octroyé au Cices une superficie de 100 ha, aujourd’hui il ne reste que 19 ha. Mais Justin Corréa nous a assuré que l’architecture actuelle ne sera pas détruite. Au contraire, il va rénover tous les anciens bâtiments en harmonie avec une architecture moderne. Il tient à la sauvegarde de ce patrimoine et veut associer l’ensemble des porteurs d’idées. Ce qui nous a vraiment rassurés», a expliqué le Pr Babacar Mbaye Diop. Evidemment, cet échange avec le directeur du Cices a permis sans doute de lever les inquiétudes liées à la préservation de ce patrimoine architectural africain construit en 1974 et qui a été commandé par le premier Président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor. «Nous avons lancé cette pétition parce que nous avons entendu dire que les bâtiments seront détruits, et que des bâtiments modernes seront construits à la place. Ce n’était pas dans une mauvaise intention. Pour nous, il fallait alerter sur la destruction d’un monument référentiel en architecture», confie le Pr Babacar Mbaye Diop, rappelant que le Cices se caractérise par une série de formes «triangulaires et trapézoïdales» inscrites dans une composition architecturale inspirée par l’intérêt de Senghor pour le «parallélisme asymétrique», qui favorise la répétition de motifs similaires de manière «asymétrique», en lien avec les rythmes du jazz et les motifs présents dans l’art et l’architecture africains.
Cices, un témoin de l’histoire architecturale du pays
Selon Pr Babacar Mbaye Diop, le parc des expositions présente une variété de structures et de fonctions telles que des pavillons triangulaires en béton abritant des incubateurs de startups, des halls d’exposition régionaux à code couleur, ainsi qu’un impressionnant auditorium de plus de 1000 places. «C’est une architecture unique au monde et elle attire des visiteurs étrangers venant de partout. L’Etat doit protéger ce patrimoine architectural. La culture et le savoir restent profondément gravés dans l’histoire, l’Egypte et la Grèce en sont le témoignage», a martelé le directeur de l’Institut supérieur des arts et de la culture (Isac), Babacar Mbaye Diop.
Même son de cloche du côté de l’architecte Carole Diop, fondatrice d’Afrikadaa. Soucieuse de la préservation du patrimoine architectural, elle souligne que le Cices est un exemple d’architecture moderniste des années 1960, portée par la vision de Senghor pour donner une identité propre au Sénégal. «Les pavillons régionaux sont revêtus de matériaux et motifs spécifiques à chaque terroir : latérite, basalte, coquillages… C’est un témoin de l’histoire architecturale du pays. Le préserver est essentiel, surtout après la prédation foncière qui a réduit son site de 120 hectares à 30», explique-t-elle. A rappeler que le projet «Cité des Affaires», présenté par le Directeur général du Cices, est ambitieux. Il prévoit une tour de 60 étages, un parc d’attractions, des bureaux, des appartements, un musée, une salle de conférence de 500 personnes et un hôtel d’affaires.
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