Pr Daouda Ndiaye : «Le consentement éclairé des populations est indispensable»

Pr Ndiaye, il y a des personnes qui sont réticentes à l’idée de se faire vacciner. Qu’en pensez-vous ?
Si certains disent qu’ils ne vont pas être vaccinés, c’est peut-être parce qu’ils doutent de l’efficacité des vaccins et d’éventuels effets secondaires, car toute sorte d’information circule présentement sur ces vaccins anti Covid-19, sur l’efficacité et l’innocuité des vaccins contre la Covid-19. Et cela n’est pas spécifique au Sénégal. Ailleurs dans le monde aussi, les gens continuent à s’interroger. C’est la raison pour laquelle il faudrait une campagne de communication claire et que cela soit fait de façon inclusive en informant tous les acteurs du système médical sans exception, mais également les leaders et relais communautaires. Donc si le ministère décide d’adopter la Stratégie vaccinale, il va falloir clarifier un certain nombre de questions et lever les craintes soulevées. Cela permettrait de lever les zones d’ombre entourant les vaccins.
Que faire pour les convaincre ?
Par exemple certains posent le problème de la rapidité de l’effectivité de ces vaccins du Covid-19, comparativement au processus de validation des vaccins antérieurs en termes de durée avec les étapes et phases 1, 2, 3, et 4 qui étaient d’habitude plus longues. En clair, un vaccin répond à un processus, une procédure de développement claire et rassurante qui garantit son efficacité et son innocuité, un ensemble de processus de validation et d’homologation. Il y a toujours, entre autres, les phases d’expérimentation à l’animal sensible, la phase d’essai clinique, de l’étude de l’efficacité et de tolérance chez l’homme avec une cible bien choisie, d’abord sous forme d’une étude pilote, avant d’élargir l’échantillonnage ; le tout, avec un consentement libre et éclairé des participants.
Je pense que pour convaincre l’écrasante majorité de la population, il faudra que le ministère informe sur l’ensemble des documents, données et résultats, sur l’efficacité et l’innocuité qui ont accompagné le développement des vaccins de la phase initiale de préparation jusqu’à celle de validation, sans oublier les conditions de conservation et d’utilisation. L’autre aspect est qu’il y a probablement plusieurs souches circulantes, et il y a plusieurs facteurs influençant l’efficacité d’un vaccin. Et ces facteurs peuvent varier d’un pays à un autre, d’un continent à un autre. Mais cela ne veut pas dire que cette rapidité constatée dans la conception de ces vaccins est une mauvaise chose. Cependant, il faut garantir que toutes ces étapes se sont déroulées normalement et que cela soit prouvé. Cela mettrait tout le monde à l’aise. Je pense qu’il est important que le ministère de la Santé élabore une communication pointue pour expliquer le processus qui a conduit à la mise au point du vaccin.
Quand tout cela sera clair pour tout le monde, le choix sera plus aisé, car il ne faudrait pas oublier que le consentement éclairé des populations est indispensable dans tout processus de mise œuvre d’une nouvelle stratégie faisant recours à des médicaments ou des vaccins. Les vaccins ayant aidé dans la lutte contre les pandémies, il est important de faire en sorte que tout soit clair pour leur acceptation, et ainsi les choses devraient être faciles.
Selon la Stratégie vaccinale annoncée par le ministère de la Santé, les personnels de santé, les personnes vivant avec des comorbidités entre autres seront les premiers à être vaccinés…
Une vaccination permet d’arrêter la chaîne de transmission, donc de lutter contre la morbidité et la mortalité liées à la maladie. Pour cela, il faut en priorité cibler les personnes qui seraient les plus explosées et qui non seulement sont les plus susceptibles à faire la maladie, mais demeurent les plus grands porteurs asymptomatiques encore appelés réservoirs. Et dans ce groupe, il y a le personnel médical qui reçoit les malades. Et si le personnel soignant tombe malade, qui va prendre en charge médicalement les populations ? Il y a un autre lot appelé groupe vulnérable qui certes peut ne pas être très exposé, mais sensible, plus vulnérable et capable de développer les formes graves et où on note le plus grand nombre de décès comparé à la population générale exposée. Et dans le cadre du Covid-19, il ressort des données obtenues que ce groupe vulnérable concerne les personnes âgées et celles vivant avec une comorbidité. Tout cela expliquerait pourquoi le personnel soignant et les personnes âgées, celles vivant avec une comorbidité sont les premières cibles d’une vaccination.