Beaucoup d’acteurs culturels ont toujours considéré qu’en ma qualité d’officier paramilitaire, j’étais plutôt un intrus dans le domaine de la culture et de la littérature sénégalaise d’expression française. Le Pr. Hamidou Dia qui vient de tourner le dos à cette vie éphémère était mieux placé que tout le monde pour démentir ce préjugé sans fondement. En effet, j’ai connu ce jeune élève dans les années 60. Il faisait partie des dirigeants du Foyer artistique culturel et littéraire du Fleuve. Cette association réunissait un grand nombre d’élèves des lycées et collèges de Saint-Louis, la vieille ville française.
J’avais vite fait de remarquer ce jeune homme petit de taille, avec une grosse tête, mais une tête bien pleine, doublée d’une très forte personnalité.
Mon rôle principal dans ce club culturel consistait à participer à la production d’une émission hebdomadaire de la chaîne 3 de Radio Sénégal et qui était dénommée «Jeunesse et culture». Nous accomplissions cette mission en compagnie du Pr. Babacar Fall «Baker» et Ahmed Yoro Ndiaye, le vétérinaire à la belle plume, auteur de la merveilleuse nouvelle Diabonkessar le roi du blouf. Le Foyer artistique culturel et littéraire du Fleuve avait désigné Hamidou Dia, Tayfour Diop, devenu magistrat, et Madieyna Ndiaye, le généreux détecteur de talents littéraires, pour superviser l’émission à laquelle Hamidou Dia participait parfois à travers ses poèmes de haute facture qu’il lisait de sa voix juvénile.
Après ces années de jeunesse pleines de rêves dans les rues, les lycées, les collèges et maisons des jeunes de Saint-Louis, j’ai perdu de vue l’élève Hamidou Dia. Toutefois, je n’ai jamais perdu l’espoir de le revoir un jour dans les «rendez-vous du donner et du recevoir» que Léopold Sédar Senghor nous a légués.
En effet, trois décennies plus tard, j’ai retrouvé mon petit bonhomme à Kër Biraago Gu Bees, siège de l’Association des écrivains du Sénégal. Hamidou était avec Alioune Badara Bèye, Mbaye Gana Kébé, Mamadou Traoré Diop, Seyba L. Traoré, Sada Weindé Ndiaye, Elie Charles Moreau et Amadou Lamine Sall. Entre-temps, il avait obtenu un doctorat à l’Université Laval du Québec. Il était devenu un remarquable chroniqueur, un redoutable critique littéraire, titulaire d’un PhD en littérature française et un Dea en Sociologie.
Il avait profondément étudié Senghor et contribué à une meilleure compréhension de son œuvre et de ses messages à travers le monde. C’est donc avec juste raison que le Pr. Hamidou Dia a été élevé au rang de Citoyen d’honneur de Joal, ville natale de Léopold Sédar Senghor.
Le palmarès littéraire du Pr. Hamidou Dia est d’une richesse impressionnante : On y trouve des œuvres de haute facture : Les sanglots de l’espoir, Le serment, Kumbi Saleh ou les pâturages du ciel, Les remparts de la mémoire, Poètes d’Afrique et des Antilles, Poésie africaine et engagement, et j’en passe.
Nul ne saurait oublier les admirables documentaires consacrés à de grandes figures des arts et de la culture de notre pays telles que Ndiaga Mbaye, le maître de la parole, Kalidou Kassé, le tisserand de la toile, Aminata Sow Fall, la gardienne du temple, De Karim à Batouala… Je ne voudrais pas m’arrêter sans rappeler que le Pr. Hamidou Dia a reçu le prestigieux Prix du Jasmin d’argent de la poésie francophone. Il était également chevalier de l’Ordre national du Lion et Prix d’excellence de la meilleure thèse de l’Université Laval.
A l’occasion de son oraison funèbre, le Président Macky Sall a véritablement raison de nous rappeler que le Pr. Hamidou Dia était «un homme dépourvu de méchanceté». Le ministre Abdou Latif Coulibaly a également vu juste en qualifiant Hamidou Dia d’écrivain «fécond, talentueux, rigoureux et productif».
Le président Alioune Badara Bèye a bien raison d’affirmer que notre confrère Hamidou était «le relais infatigable entre la communauté des écrivains et le président de la République».
Hamidou a rejoint le royaume des morts. La République lui a rendu un hommage mérité. Le Fouta, par la voix pleine d’émotion du ministre Amadou Tidiane Wone, lui a adressé ses éloges et le Sénégal l’a gratifié de ses plus ferventes prières.
Pr. Hamidou Dia, la mort a emporté ton corps frêle et fragile, mais cette mort n’effacera jamais ton œuvre immortelle.
Hamidou cher frère ! Qu’Allah (Swt) soit satisfait de toi et te reçoive dans les jardins fleuris de Jannatul firdawsi !

Moumar GUEYE – Ecrivain
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