Les organisations de défense des droits de l’Homme continuent toujours de dénoncer l’usage excessif de la force dans le maintien de l’ordre. Dans le rapport 2020-2021 d’Amnesty international, cette violation des droits humains a été encore dénoncée. Outre le recours excessif à la force, le rapport a relevé les menaces à la liberté d’expression et de réunion, les mauvaises conditions de détention et les problèmes fonciers dont sont victimes les communautés rurales.

Les mots sont durs comme toujours : recours excessif à la force, menaces sur la liberté d’expression et de réunion, mauvaises conditions de détention, des expulsions forcées. Telles sont entre autres les violations des droits humains au Sénégal relevées par Amnesty international dans son dernier rapport publié hier. D’après cette organisation des droits de l’Homme, «les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive dans le maintien de l’ordre public». Amnesty rappelle dans son document qu’en «janvier, un homme est décédé en garde à vue dans la ville de Fatick après avoir été, semble-t-il, battu par la police». Selon les auteurs du rapport, «les conclusions de son autopsie, selon lesquelles il serait mort de «causes naturelles», ont suscité de violentes manifestations». Autre fait considéré par l’organisation comme une force excessive du maintien de l’ordre, c’est l’usage par les gendarmes de «gaz lacrymogène lors d’une conférence de presse tenue par des jeunes de Cap Skiring pour dénoncer le manque d’eau potable dans leur localité». Lors de cette manifestation, l’organisation souligne qu’au «moins deux participants, un homme et une femme, ont été grièvement blessés». Des faits similaires ont été constatés en juin quand «quatre personnes qui manifestaient contre la démolition en 2013 de leurs logements, situés à Gadaye dans la banlieue de Dakar, la capitale, ont été blessées lorsque la police a dispersé leur rassemblement avec violence». L’arrestation de Assane Diouf en juin pour avoir critiqué le Gouvernement n’a pas échappé à Amnesty. Il en est de même aussi du saccage des locaux du journal Les Echos en août par des membres du «Dahiratoul Moustarchidine wal Moustarchidati après la publication d’un article avançant que le chef de cette organisation religieuse avait contracté le Covid-19». L’agression de la journaliste Adja Ndiaye de Dakar Actu en septembre par des policiers lors d’un reportage a aussi été regrettée par l’organisation.
Les conditions dans les centres de détention au Sénégal ont été aussi scrutées par Amnesty international. Le constat est toujours le même avec des centres surpeuplés. Selon cette organisation, «le coronavirus n’a fait qu’aggraver les risques sanitaires pour les personnes incarcérées». Amnesty révèle dans son rapport que «deux détenus sont morts de cette maladie à la prison de Thiès, ce qui a déclenché des grèves de la faim parmi la population carcérale». En outre, le rapport fait état d’au «moins six personnes décédées, apparemment en raison de mauvaises conditions de détention, alors qu’elles se trouvaient en garde à vue ou qu’elles étaient détenues dans les prisons de Thiès et de Diourbel».
Les problèmes fonciers auxquels sont confrontées les populations rurales ont été aussi relevés dans le rapport. D’après Amnesty, «les communautés rurales de la région de Thiès luttaient toujours contre les menaces d’expulsions forcées liées aux projets d’entreprises agricoles et pétrochimiques empiétant sur leurs terres». L’organisation donne l’exemple de la communauté agricole de Ndingler, près de la ville de Mbour, qui «a perdu 0,75 kilomètre carré de terres collectives au profit d’un projet agro-industriel». Toutefois, Amnesty rappelle qu’en «en juillet, les autorités ont négocié une trêve dans ce différend» ayant permis «aux agriculteurs et aux agricultrices d’accéder à leurs terres mais de façon limitée». Autre exemple, c’est celui de la population du village de Tobène qui «a accusé une entreprise pétrochimique de polluer ses terres agricoles et a contesté la décision de l’Etat d’allouer six hectares supplémentaires de terres agricoles à cette société». Selon le rapport, la population «a protesté contre l’indemnisation de neuf millions de francs Cfa (16 110 dollars des Etats-Unis) proposée par l’entreprise». C’est ainsi qu’en août, «des manifestations ont tourné à la violence et la gendarmerie a arrêté 22 habitants, dont le militant Ardo Gningue, qui a déclaré avoir subi des actes de torture et d’autres mauvais traitements lors de sa détention à Tivaouane».