Du côté de l’opposition, on n’approuve pas le verdict rendu par la Cour suprême et portant sur le pourvoi de l’Agent judiciaire de l’Etat. Le porte-parole de l’ex-parti Pastef, El Malick Ndiaye, estime que le Premier président de la Cour suprême n’a pas pris ses responsabilités. Alors que Me El Hadj Amadou Sall de Benno pense que pour la haute juridiction, le 1er juge (Sabassy Faye de Ziguinchor) n’a pas appliqué le Droit. Par Amadou MBODJI –

Le Secrétaire national à la communication de l’ex-parti Pastef, El Malick Ndiaye, affiche son amertume. Un sentiment que M. Ndiaye justifie par la décision de la Cour suprême de renvoyer l’affaire relative au recours introduit par l’Agent judiciaire de l’Etat (Aje) concernant la réintégration de Ousmane Sonko dans les listes électorales au Tribunal d’instance hors classe de Dakar.

«L’Avocat général, Ousmane Diagne, a donné raison au président Ousmane Sonko. Le juge Ciré Aly Ba n’a pas pris ses responsabilités et, d’ailleurs, sa collègue Aïssatou Diallo Ba s’est retirée et leur forfaiture s’est opérée sans elle. Quelle honte !», mentionne El Malick Ndiaye.

Au même moment, son camarade de parti, Amadou Ba, se dit scandalisé par la décision de la haute juridiction. «Du jamais vu. Impossible de renvoyer devant une autre juridiction. On n’est ni en matière civile ni en matière criminelle. Le renvoi vers une autre juridiction n’est ni prévu par le Code électoral ni par la loi organique», se désole Amadou Ba sur sa page Facebook.

«Je rappelle qu’on est en matière administrative et en recours de plein contentieux. Du coup, en renvoyant au Tribunal d’instance de Dakar, en violation de sa propre jurisprudence dans l’affaire Karim Wade, la Cour suprême obligerait un nouveau pourvoi devant elle après la décision du Tribunal d’instance», tient-il à souligner.

Malick Gackou, leader du Grand parti (Gp), a estimé que «la décision de la Cour suprême demandant de rejuger la réintégration du président Ousmane Sonko dans les listes électorales est un précédent dangereux pour une justice équitable, l’Etat de Droit et pour une République debout». Il a défendu cette position à travers un communiqué dans lequel il évoque la prochaine élection présidentielle.

«Nul ne peut organiser une élection transparente et inclusive sans la participation du président Ousmane Sonko, telle que réclamée par le Peuple sénégalais. Ce faisant, nous devons rester mobilisés et déterminés jusqu’à la victoire de la démocratie et de la cohésion nationale, qui passe par le respect de l’Etat de Droit», a-t-il soutenu.

Membre de la Conférence des leaders de Yewwi askan wi (Yaw), Aïda Mbodji de lancer une alerte. «Notre rencontre n’est autre qu’une occasion pour alerter et prévenir sur la gravité de la situation. On ne doit pas accepter que le Président Macky Sall soit la clé de voûte des institutions. Il a persécuté partout Ousmane Sonko. Je suis dans une situation d’alerte et de veille. Je n’imagine pas que la Cour suprême contredise le juge Sabassy Faye», clame l’ancienne ministre de la Femme sous l’ère Wade.

Me El Hadj Amadou Sall

«Pour la Cour suprême, le Droit n’a pas été appliqué par le 1er juge»
Pour Me El Hadj Amadou Sall, membre de la Coalition Benno bokk yaakaar (Bby), la décision du juge de Ziguinchor n’existe plus. «La Cour suprême, qui est la juridiction la plus haute de ce pays, a cassé et annulé la décision rendue par le Tribunal d’instance de Ziguinchor. Laquelle décision avait ordonné la réinscription de Ousmane Sonko sur les listes électorales. Aujourd’hui, au moment où je vous parle, comme on dit dans notre jargon, la décision du juge Sabassy Faye est rasée. Elle n’existe plus», a commenté l’ancien ministre de la Justice, Me El Hadj Amadou Sall, sur Iradio, repris par Senego.

L’avocat indique que «c’est la première décision prise par la Cour suprême». Dans la deuxième, souligne-t-il, «la Cour suprême a estimé qu’elle ne va pas examiner le fond», en ne se prononçant que sur le Droit. Ainsi, souligne l’ancien Garde des sceaux, la Cour suprême a jugé que «le Droit n’a pas été appliqué par le premier juge, en cassant», avant «de renvoyer devant une autre juridiction» pour un nouveau jugement.

«La Cour suprême a renvoyé le dossier de la demande de réintégration de Ousmane Sonko dans les listes électorales devant le Tribunal d’instance de Dakar», tranche Me Sall.

Après le prochain jugement, un seul recours sera possible pour les différentes parties, dit-t-il.
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