Restructuration du secteur de la pêche : Vers la mise en place de coopératives

Une restructuration du secteur de la pêche à travers la mise en place de coopératives : telle est l’ambition du gouvernement. En ce sens, un atelier de discussion a été initié par le ministère des Pêches, des infrastructures maritimes et portuaires.
Cette initiative fait suite à une instruction de la tutelle qui, après consultation des acteurs du secteur, a constaté un manque de représentation structurée. «Il est urgent que les acteurs puissent s’organiser, afin de disposer d’interlocuteurs clairs avec l’Administration. Aujourd’hui, les nouvelles politiques visent à responsabiliser davantage les acteurs privés et à faire en sorte que l’économie repose sur eux», explique Ismaïla Ndiaye, directeur des Pêches maritimes.
L’étude en cours vise à déterminer les modalités de mise en place des coopératives en s’inspirant du modèle agricole, reconnu pour son efficacité. «Le secteur de l’agriculture a une longue expérience en matière de coopératives. Nous nous sommes rapprochés de ce secteur, afin de mieux comprendre les mécanismes et bénéficier de son expertise», précise M. Ndiaye.
L’objectif principal est d’identifier le type de coopérative le plus approprié au secteur de la pêche. «Nous avons voulu inclure les acteurs à chaque étape de la réflexion. Ces trois jours de discussion nous ont permis d’affiner nos choix en tenant compte de leurs attentes», souligne le directeur des Pêches maritimes.
Ce modèle vise à remédier aux problèmes structurels du secteur, en cohérence avec la vision «Sénégal 2050». «L’idée est de créer un système où les pêcheurs sont les acteurs principaux de leur développement économique. C’est une priorité du gouvernement», ajoute-t-il.
La mise en place de coopératives s’inscrit dans la stratégie du ministère des Pêches axée sur la transparence et la gestion durable des ressources. «Depuis son arrivée, la ministre a mis un point d’honneur à publier les licences de pêche, à réévaluer les zones d’activités des bateaux et à corriger certaines irrégularités. Aujourd’hui, chaque catégorie de pêche doit respecter sa zone», explique M. Ndiaye.
Interpellé sur l’attribution des licences de pêche, il a rappelé qu’une décision stricte a été prise. «Tant que les études scientifiques ne confirmeront pas l’existence de stocks suffisants, aucune nouvelle licence ne sera délivrée», martèle le Dpm. Cette mesure, dit-il, vise à préserver les ressources halieutiques sur le long terme.
Le Sénégal continue aussi ses efforts pour lever le carton jaune de l’Union européenne (Ue), un héritage de l’ancien régime, dira le directeur des Pêches maritimes. «Une équipe de l’Ue a récemment effectué une mission de terrain et formulé des recommandations que nous mettons en œuvre pour accélérer ce processus», assure Ndiaye.
Sur la question de la Fiti (Fisheries transparency initiative), le ministère préconise également une approche pragmatique. «Elle veut s’engager uniquement sur des mesures qu’elle pourra respecter sur le long terme. Il ne s’agit pas de prendre des engagements hâtifs, mais de garantir une transparence durable.»
Pour Daouda Sène, du Bureau de suivi des organisations d’autopromotion du ministère de l’Agriculture, l’implication des acteurs est essentielle. «Les coopératives reposent sur des valeurs clés : autonomie, indépendance et responsabilité. Il est indispensable que les acteurs les intègrent pleinement pour assurer la viabilité de ces structures», a précisé M. Sène.
Selon lui, le rôle du ministère est d’accompagner et d’orienter, sans pour autant diriger les coopératives. «Nous devons garantir un cadre propice, mais ce sont les acteurs qui doivent porter cette dynamique», insiste-t-il.
Mouhamed Sylla, acteur du secteur de la pêche, salue cette initiative. Il a précisé que cette rencontre arrive à point nommé, car elle permet de réunir toutes les professions du secteur et de poser les bases d’une organisation solide.
Selon lui, les défis sont nombreux : gestion des ressources, formation, accès aux financements et influence politique. «Avec les coopératives, nous allons formaliser nos activités et offrir à l’Etat des interlocuteurs fiables pour développer le secteur. Ce séminaire marque une étape décisive vers une restructuration durable du secteur de la pêche. La combinaison de l’implication des acteurs et de l’accompagnement de l’Etat laisse entrevoir un avenir plus stable et prospère pour cette activité essentielle à l’économie nationale», a conclu Mouhamed Sylla.
Par Alioune Badara CISS(Correspondant) – abciss@lequotidien.sn